MANIÈRE DE COPIER FIDÈLEMENT LES TARLEAUX ANCIENS
Une bonne copie doit être une sorte de fac-similé matériellement exécuté d’après les mêmes procédés suivis par le maître et avec des matières colorantes équivalentes à celles du modèle.
Il sera toujours préférable de copier sur un panneau de bois un tableau dont l’original sera sur bois; car la contexture du subjectile en bois ne donnera pas le même aspect à la peinture que la contexture d’un subjectile en toile; si cependant on ne peut aisément trouver dans le pays où l’on est, un panneau analogue à celui du modèle, on emploiera alors une toile du grain le plus fin. Le bon sens indique, en effet, que la première chose à faire avant d’entreprendre une copie est de considérer la qualité matérielle de la toile du panneau, de bols ou de métal sur quoi l’original a été fait, afin de se procurer, s’il est possible, un subjectile semblable. Il faut ensuite deviner les procédés d’exécution de l’auteur.
Une des grandes difficultés de la copie des tableaux anciens qui ont, par l’effet du temps, poussé au sombre, est de bien saisir les contours qui, dans les draperies de teintes foncées, se noient la plupart du temps dans l’obscurité d’une façon trèsdifficile à saisir. Le décalque sur le modèle n’est pas toujours permis ou possible, et s’il est possible sur un tableau qui n’est que de moyenne dimension. Voici comment on peut opérer : comme le papier végétal n’est pas toujours suffisamment transparent pour permettre de lire le contour de la peinture à l’huile, on taillera un morceau de craie finement (en observajit que la pointe ne contienne pas do morceau pierreux), puis sur l’original même, et avec une légèreté suffisante pour no pas rayer le vernis, on passera au blanc tous les contours principaux qui deviendront visibles sous le papier végétal et per-
meUronl, dès lors, de compléter très-exactement le contour général.
Voici encore un autre moyen encore plus inoffensif pour le tableau : on posera sur le modèle une feuille de verre trèsmince sur laquelle on peindra avec du blanc d’argent et un peu d’huile grasse et le plus \isiblement et finement possible avec un pinceau à filer tout le contour général du sujet; ce tracé, une fois sec, sera posé sur un fond de papier noir qui permettra de saisir également bien et de tracer, sur un papier végétal, l’ensemble des contours dont on a besoin ; ce décalque, passé à la mine de plomb, pourra alors être transporté sur toile ou sur panneau, en plaçant entre la toile et le papier végétal du papier frotté de rouge et en promenant un poinçon d’ivoire sur le trait de mine de plomb du papier végétal; le trait laissera son empreinte en rouge sur la toile et l’on pourra commencer à peindre.
La chambre claire est aussi un bon moyen de relever le trait fidèle d’un tableau, mais elle donne toujours un dessin assez petit qu’il faut ensuite grandir au carreau pour l’établir dans la dimension du modèle. Peu de personnes sont d’ailleurs en état de se servir de ce très-utile appareil. Le véritable mérite est, d’ailleurs, de savoir dessiner à vue d’œil bien exactement.
Deviner à l’inspection du modèle les procédés employés par son auteur, tel est le problème difficile qui se pose interrogativement en présence de tout tableau original ! Il faut avoir déjà pratiqué par soi-même bien des peintures originales ou copies pour être en état de résoudre, tant bien que mal, une partie de la question ; car l’art des plus grands maîtres se cache en luimême si souvent, qu’il est bien difficile de découvrir, où et comment, il déguise ses moyens.
Comme il y a une infinité de synonymes de pensée dans fart de s’exprimer, il faut rechercher les synonymies variées des mélanges de couleurs, chercher les approximations les plus voisines par une succession de tâtonnements et d’essais; on ferait de même en dessin pour épurer un trait dans une figure dont on aurait cherché d’abord le mouvement par des traits doublés ou triplés à la Daumier (le caricaturiste si expressive-
ment vrai), en cherchant parmi ces multiples traits indicateurs du mouvement le trait véritablement exact, choisi avec sagacité et sentiment parmi les balbutiements du croquis spirituel, spontané et rapide comme la pensée.