THÉORIE UNIVERSELLE DE LA COULEUR
Si on possédait trois substances colorantes pures fournissant le bleu, le rouge et le jaune parfaitement égaux en intensité lumineuse à l’état presqu’éblouissant, en les appliquant sur un disque tournant divisé en trois secteurs parfaitement égaux, et remplis chacun par une de ces trois couleurs, la rotation de ce disque produirait la recomposition de la lumière, c’està-dire du blanc comme le prisme à décomposé la lumière
blanche en rouge, (orangé), jaune, (vert), bleu et (violet). On peut, avec le jouet qu’on nomme la toupie colorimiste, obtenir, avec un disque où l’on a peint du rouge, du jaune et du bleu et qu’on place sur le plateau de la toupie, le mélange d’une sorte sorte de blanc un peu grisâtre, qu’on voit résulter et apparaître dès la rotation immédiate de la toupie.
Il sera intéressant d’expérimenter à l’aide de cette même toupie, en ajoutant sur plusieurs disques dans chaque couleur mère une quantité égale de blanc, pour obtenir ce qu’on appelle une gamme plus claire. On expérimentera aussi sur un autre disque, en ajoutant aux trois mêmes couleurs une égale quantité de noir pour avoir une gamme plus foncée, c’est-à-dire des tons rompus.
La réalisation complète d’une palette des trois couleurs indécomposables qu’on éclaircirait avec du blanc et qu’on rendrait foncées avec du noir, simplifierait énormément les' travaux du peintre. Malheureusement, on ne possède pas de couleurs éclatantes accordées sur un diapason élevé : le carmin de garance est moins élevé que l’outremer; le jaune n’atteint pas l’énergie du cobalt; les peintres doivent donc bien se garder de considérer les couleurs du commerce comme des types de couleurs élémentaires; autrefois, ils soignaient eux-mêmes les manipulations des couleurs; aujourd’hui, la vapeur fait toute la besogne, et ils ont d’ailleurs la regrettable habitude de ne pas simplifier assez leur palette.
La toupie ci-dessus peut leur être d’un grand enseignement. Nous leur conseillons de pratiquer avec son secours sur des petits disques en carton qu’ils imprimeront eux-mêmes, des études de mélanges de couleurs, deux à deux, trois à trois, etc. Ils seront fort émerveillés des enseignements qui ressortiront de ce jeu artistique. Des disques recouverts avec des lames en paillon rouge, jaune, bleu, violet, combinés diversement et fixés sur du carton, puis mis en mouvement par la rotation de la toupie, donneront naissance à des couleurs irisées changeantes, à vue d’œil et chatoyantes au soleil, qui feront rêver aux éblouissantes nacrures des ailes des papillons, etc., etc.
MANIIKL DK PKINTUKK.
Les couleurs usuellement fabriquées ne possèdent pas un blanc, comme dans l’optique, le blanc qui résulterait de la recomposition du rayon solaire de la lumière blanche.
En voici la liste générale chimiquement définie :
Le blanc de plomb (sous-carbonate de plomb).
Le blanc dit d’argent (même substance, plus épurée par le lavage).
Le blanc de Bougival.
Le blanc de céruse (mélange de blanc de plomb et de craie).
Jaune de Naples (antimoine et plomb). Il varie de nuance selon les procédés des fabricants, et verdit sous le couteau d’acier.
Jaunes de chrome (de très-brillante apparence, gâtent tout .par les mélanges qu’ils font noircir).
Jaune indien, très-utile au paysagiste (foisonne, — extrait d’un arbuste).
Laque jaune de gaude (transparente, assez solide).
Les argiles ferrugineuses fournissent des ocres très-solides : ocre jaune; id de ru (ruisseau) plus foncé; terre d’Italie, terre de Sienne naturelle, id calcinée; rouge ; brun très-chaud, dit terre de Sienne brûlée; jaune orange et rouge de Mars; brun rouge; le cinabre ou vermillon, sulfure de mercure, le rouge le plus éclatant qu’on falsifie très-facilement par le minium (oxyde de plomb). On découvre la fraude en le grillant dans un creuset, on trouve des globules de plomb réduit s’il y a du minium.
Les laques rouges sont des décoctions de cochenille entrant dans la composition des carmins. La laque de garance provient de la racine de cette plante.
Les laques sont transparentes et peu vigoureuses; cependant, la laque de Venise brûlée donne un ton obscur d’une grande profondeur. Les huit laques Robert sont trèsbelles et très-estimées. Viennent ensuite les bleus de cobalt, d’outremer et le bleu de Prusse, l’indigo minéral qui a plus d’alun que le bleu de Prusse.
L’indigo est la plus solide de toutes les couleurs végétales, elle noircit avec le temps, employée à l’huile.
Dans la peinture à fresque et l’émail, on ne l’emploie pas. Mais bien l’azur du verre en poudre que fournit le régule de cobalt. On tire aussi ce verre du soufre ou mine de cobalt calciné.
La cendre bleue est une terre naturelle chargée de chaux de cuivre, n’ayant d’emploi qu’en détrempe. Elle est la peste des tableaux.
Plusieurs verts sont d’une solidité douteuse : la terre verte, la terre de Vérone, le vert Véronèse, le vert malachite, trèsbon, le vert de Schele, le vert de vessie, le vert émeraude, le bitume ou momie brun transparent ne séchant jamais (d’un emploi détestable), terre de Cassel peu solide; les noirs tous solides.
Il y en a de très-couvrantes ou opaques, de plus ou moins ' brillantes et lumineuses, et de transparentes et bonnes à employer par glacis seulement.
On nomme glacis la couche de couleur mince appliquée comme un voile sur une préparation de pâte d’une autre couleur. Les peintres vénitiens ont employé beaucoup les glacis. Il faut une étude approfondie pour en bien connaître l’emploi et les avantages; la préparation du dessous doit être bien sèche et avoir été peinte sans rugosités ni sillons de poils de brosse, qui occasionneraient des taches linéaires en y logeant la couleur.