L’OBSERVATOIRE CHROMOLOGIQUE DU PEINTRE
Le choix des matières premières étant do la i)lus haute importance on doit les conserver dans un lieu sec, ni tro[) chaud ni trop froid cl renfermées dans des l)Ocaux en verre à
l’abri de la poussière, c’est-à-dire bien bouchés. Les maîtres flamands apportaient un soin particulier à la préparation et au broyage des couleurs; les moyens de pulvérisation actuels sont plus perfectionnés aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été. Les couleurs devraient donc^être meilleures; cependant il n’en est rien.
L’extension de la couleur broyée avec soin est proportionnelle à la ténuité de ses molécules; cette considération est majeure. Mais peu d’amateurs ou d’artistes se livreront à ces manipulations fastidieuses, quelquefois même dangereuses et souvent très-malpropres. On aura toujours de l’avantage à broyer à l’eau les couleurs en poudre, à les bien sécher et aies mettre ensuite à l’abri de la poussière. On les broiera ensuite avec les huiles, bien choisies. Si on préfère les acheter chez les marchands de couleurs en tubes, comme il peut arriver qu’elles soient restées en magasin plus ou moins de temps, avant de trouver leur emploi, il est bon de les rebroyer quelque peu sur la glace à l’aide d’une petite molette; on y ajouterait quelques gouttes d’huile de lavande, si elles avaient un peu séché dans les tubes, il n’y aura nul inconvénient. Il est bon d’essayer sur des lames de verres les couleurs qu’on doit employer et de les exposer quelque temps à l’air et à la lumière, en conservant le même nombre d’essais sur d’autres lames dans un endroit fermé, à l’abri de la lumière; comparez alors les deux séries pour en déduire les effets à la lumière en les plaçant verticalement, après en avoir couché les échantillons. On fera des lèches minces et d’autres épaisses :
Des couleurs employées et posées sans mélanges;
D’autres avec mélanges avec du blanc ;
Id. avec des noirs;
Id. avec deux parties de l’une et une partie de l’autre, et réciproquement.
On pourra également faire ces épreuves expérimentales sur des lames isolées et aussi en emprisonnant les couleurs entre deux lames de verre. — On essayera les huiles également sur le verre, séparément ou mélangées entre elles avec exposition à l’air libre et au soleil, ainsi qu’à l’ombre. Ces expériences se-
ront d’un précieux enseignement pour éclairer sur les qualités plus ou moins couvrantes de transparence et de facilité à sécher. On pourra aussi se rendre un compte plus exact de l’effet des glacis qu’on obtiendrait par superposition, en plaçant une lame de verre où l’on aurait appliqué des couleurs transparentes et en la promenant sur une autre couleur de fond très-mince, qu’on aura bien laissée sécher, et couchée préalablement sur une lame sur laquelle aura été appliquée une couleur couvrante, c’est-à-dire opaque.
Pour mieux juger des couleurs ainsi étendues au pinceau ou à la brosse, on les regardera en plaçant les lames sur des fonds de papier blanc ou noir, même sur du velours noir.
L’expérimentation sera à faire des couleurs appliquées sur des lames de divers métaux, afin de se rendre compte de l’action des métaux sur les couleurs comme subjectiles.
On peut faire sécher ces lames doucement au soleil ou à la chaleur douce d’un poêle, si on est pressé. Rien ne sera plus intéressant pour le chercheur patient et studieux que de tenir un registre d’observations suivies et de renseignements d’échantillonnages, et de se créer ainsi un laboratoire ou cabinet d’observations personnelles, avec un journal de tous les effets enregistrés et datés, intitulé ; Mémorial pratique sur les matériaux du peintre. Les couleurs de la peinture et leurs subjectiles (c’est-à-dire les matériaux sur quoi on peint ordinairement, toiles, panneaux en bois, cartons, plaques de métal imprimées, plaques de marbre, de plâtre ou de ciment, etc.) seraient étudiés et exposés dans toutes les applications possibles, et dans toutes les conditions où de la peinture peut être supposée exposable, dans l’intérieur ou à l’extérieur, à la lumière, à l’ombre, en plein air, au demi-jour diffus, au vent, au brouillard, à la pluie, à l’humidité, à la poussière, en un mot, à toutes les vicissitudes, même les plus défavorables.
La tenue du livre expérimental porterait l’année, la date de chaque essai avec le procès-verbal des observations et du procédé de chaque échantillon. C’est ainsi qu’on créerait un conservatoire ou observatoire de chromologie.
Echantillon de : /g \ / Dulcrjanvieraul«''avi’il.
Blanc de cémse em-( g 1 ( Duler avril au l'rjuillet.
ployé à l’huile de lin,\ ^ g pPendant les quatre! Du !«'■ juillet au ocl’huile d’œillette, l’huilel 3 "3 ( saisons j tobre. de noix, l’huile de linf ° o ! r Du octobre au l^jaii’
grasse. \ § / \
Conditions d’épaisseur de quantité d’huile, de qualités d’huile, à une couche, à deux couches, à trois couches. — Remarques sur l’éclat conservé ou ses altérations, par le fait des raisons X plus Z ou X moins Z. — Etudes des modifications observables de la couleur, par le fait du subjectile ou modification du subjectile par le fait de la couleur et des huiles. — Effets des vernis sur le tout ensemble.
Les causes et effets délétères enseigneraient la voie la plus assurée des remèdes contre la destruction.
Le laboratoire en question doit être surtout bien ventilé et éclairé; cependant il devra renfermer des armoires ou casiers spéciaux, pour y expérimenter certains effets produits par l’obscurité sur les couleurs.