PRÉCAUTIONS HYGIÉNIQUES A PRENDRE DANS LES MANIPULATIONS
Les vapeurs de la céruse, calcinée dans une poêle de fer, pour obtenir les orpins et les massicots de différentes qualités, sont mortelles à respirer, il faut donc éviter de faire ces calcinations soi-même et en laisser le soin aux laboratoires de chimie où les précautions sont prises contre les dangers.
Les essences ne doivent pas être respirées sans renouvellement fréquent de l’air du local.
Les recherches à faire pour s’assurer de la qualité et de la durée des couleurs consisteraient à collectionner des matières analogues, minérales, terrestres ou végétales de toutes les provenances possibles, et à les soumettre aux essais d’expérimentations, en les broyant :
A l’eau;
A l’huile;
A l’essence, etc.
Aux vernis, etc., etc. ;
Et en les employant et échantillonnant sur toutes sortes de matières subjectiles, pierre, plâtre, bois, métaux, marbres.
C’est ainsi qu’on pourrait établir leS vrais principes d’une branche de science qui n’existe encore qu’à l’état fragmentaire. Elle est digne de toutes les méditations des gens réfléchis et des penseurs, qui se préoccupent de la durée des monuments de la peinture qui constituent une des plus belles sources de la gloire des nations civilisées que les beaux-arts pacifieront toujours de plus en plus.
La science de la photographie a démontré par A plus B l’incessante action de la lumière sur les substances matérielles les plus diverses.
L’observation et méditation de l’artiste à la recherche des vérités profitables à l’art lui feront découvrir combien les oeuvres de son génie sont susceptibles d’être passagères ou durables, selon qu’il les peint sur telle matière avec tels matériaux.
Comment mettre à l’abri des ravages du temps et des intempéries de l’air et des saisons des travaux souvent très-dignes de la postérité et qui ont coûté de grands efforts à celui qui a consacré toute son existence à son art. Entreprendre des recherches approfondies pour résoudre un tel problème ne peut être négligé des esprits sérieux. Il faut pour cela adopter, dans les recherches à faire, une méthode mathématique, la seule qui soit sûre. D’abord il s’agirait de se créer des types bien définis, des couleurs choisies judicieusement dans la nature comme unités de comparaisons invariables. Les fleurs nous fournissent les plus éclatantes, et, même dans les plus communes; le coquelicot a pour analogue les vermillons; les iris donnent des bleus et des violets ; les pensées, les dalhias et bien d’autres, quûl serait trop long de citer, doivent être toujours idéalement présents à la mémoire du coloriste. Les moyens d’imitation par des matières colorantes sont malheureusement assez limités, mais les combinaisons en sont infinies. Il faut de l’ordre et de la suite pour joindre les observations
dont on veut déduire et extraire les conclusions praticables; d’autre part, les matières sur lesquelles on peint sont exposées à d’innombrables vicissitudes.
La toile peut se déchirer, l’enduit inférieur fait craqueler le dessus qui est chef-d’œuvre; le bois a-t-il été choisi par le peintre, de petits insectes le perforent, ou bien s’il a peint sur du métal d’autres agents de destruction en ont commencé la ruine : le vert-de-gris, les oxydes, les sels, les moisissures, les infdtrations, forment tout un cortège de destructeurs, trèspuissants ennemis, souvent invincibles.
NOTES SUPPLEMENTAIRES
Les matières végétales astringentes, telles que la noix de galle, l’écorce de chêne précipitent le fer en une poudre noire. La gomme arabique suspend dans beau les globules de cette poudre dont on se sert pour fabriquer l’encre et certaine teinture noire.
Décomposé par un alcali et combiné avec du sang de bœuf le fer fournit à la teinture un autre précipité qu’on nomme bleu de Prusse.
La couleur bleue, très-belle, connue sous le nom d’outremer naturel, se tire du lapis-lazuli minéral, assez rare, composé d’alumine de silice et d’un peu de chaux ; il est d’un prix trèsélevé, il a coûté jusqu’à trois mille francs le kilogramme pendant longtemps, aussi l’emploi en était-il très-limité.
Pour le préparer on porte le lapis-lazuli, débarrassé de sa gangue par un triage à la main, à une haute température, puis on l’étonne en le jetant dans du vinaigre froid. La chaux se dissout, on reprend la matière qu’on pulvérise avec soin. Un prix établi par la Société d’encouragement pour l’invention d’un procédé capable de fournir l’outremer à moins de deux cents francs le kilogramme a été remporté par M. Guimet.
Aujourd’hui l’outremer ne se vend plus que deux francs le kilogramme. On emploie pour près de deux millions de cette matière, spécialement dans l’industrie des papiers peints.