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RENAISSANCE DE LA MOSAÏQUE EN FRANCE

L’heureuse application de la mosaïi]ue faite par M. Garnier à la décoration architecturale de l’avant-foyer de l’Opéra, ayant obtenu l’approbation unanime du public et du conseil de perfectionnement des manufactures nationales, la création d’ateliers consacrés à ce genre de travaux a été l’objet d’une décision ministérielle en vertu de laquelle s’exécutent à la manufacture nationale nouvelle de Sèvres, dès à présent, d’importants ouvrages en mosaïque monumentale, d’après la méthode traditiGnelle romaine. La direction en est confiée à l’habile et savant artiste, M. Poggesi, qui appartient à la manufacture pontificale du Vatican; il s’est adjoint, pour collaborateur (1), un praticien mosaïste possédant à fond tous les secrets minutieux de l’exécution, fruits d’une longue expérience acquise dans le même établissement.

Nous ne saurions mieux terminer ce modeste livre qu’en offrant au lecteur un résumé succint des procédés peu connus

(1) M. de Vecchis, attaché depuis trente années à la Manufacture pontificale.

d’un art dont un des principaux mérites est d’assurer une durée presque éternelle aux peintures des maîtres, en reproduisant leur coloris le plus harmonieux, interprété par des matériaux d’un éclat inaltérable. On ne saurait trop louer, à ce propos, lamanufacture nationale de Sèvres du concours éclairé qu'elle apporte dans la fondation de ce nouvel enseignement professionnel. La haute administration n’y a rien négligé pour que l’organisation de l’outillage et la beauté des ateliers ne laissent rien à désirer. Le public a déjà pu, du reste, apprécier tout l’intérêt qui se rattache à la mosaïque en général, en visitant dans une récente exposition de l’École des beaux-arts les spécimens d’estampage fac-similé rapportés d’Italie par M. Gerspach, chargé par le marquis de Chennevières d’une mission artistique dans ce but. On y suit les.différentes phases de progrès de cet art aux différentes époques de l’histoire.

L’art de la mosaïque n’a jamais péri en Italie. Rome, Venise et F lorence sont les principales villes qui ont le plus contribué à son développement dans toutes les variétés d’application possibles.

Pour la mosaïque romaine pratiquée aux ateliers de Sèvres, on a devant soi sur un chevalet à peu près vertical, le tableau modèle peint à l’huile de grandeur d’exécution, qu’on nomme le carton, dont chaque artiste commence par relever sur papier transparent un trait parfaitement exact qu’il transporte ensuite et trace bien soigneusement, à la surface applanieà l’avance d’une plaque coulée préalablement en plâtre, sur une table de bois horizontale à rebords, d’environ 5 millimètres de profondeur et entièrement garnie au fond en plomb laminé. Le plâtre doit en être moyennement tendre pour pouvoir se couper assez facilement avec des ciseaux ou fors plats, analogues à ceux des menuisiers. On donne, dès qu’il est sec, à la surface totale une bonne couche d’huile grasse jaunâtre, qui bientôt absorbée, permet d’y déposer le décalque. On l’opère cà l’aide d’une pointe un peu arrondie en interposant un papier noirci ou couvert de sanguine entre le végétal et la superficie de la plaque. On repasse ensuite ce contour au pinceau et à l’encre de Chine. Puis on procède au chanlcvagc do chaque morceau ([u’on veut exécuter, c’est-à-dire qu’on enlève le plâtre très-

soigneusement jusqu’au [ikmib dans l’espace renfermé enlre les contours, pour y substituer une couche pulvérulente de sable volcanique, tamisé très-fin, qu’on nomme pouzzolane. On mouille cette couche de façon à n’en pas faire une boue mais à lui donner une consistance suffisante pour y maintenir les cubes d’émail bien serrés les uns contre les autres. La palette des couleurs d’émaux se fabrique au Vatican (1), et s’élève à vingt -six mille teintes, dont les plus belles ont été fabriquées par le célèbre Mattioli. M. Raffaelli Pietro en fabrique aujourd’hui d’aussi belles. A Rome, on emploie beaucoup les émaux colorés, et parfois on y introduit des marbres combinés avec les émaux par économie, et d’autres matières taillées en cubes ou en d’autres formes variées. Les pièces ou morceaux mis en œuvre varient cependant de dimensions selon la grandeur de la peinture qu’on exécute, il y en a de tout à fait fdiformes, pour la mosaïque de bijouterie par exemple, les broches, les bagues, les boutons, épingles, et des petits tableaux. On fait aussi à Florence et à Rome la mosaïque en relief, qui s’exécute avec diverses pierres dures translucides ou opaques ; des agates, des jaspes, lapis-lazuli, et autres pierres naturelles de diverses couleurs, taillées et polies, pour représenter des fruits et des fleurs qu’on incruste sur des fonds de marbres noirs ou d’autres nuances propres à faire ressortir les sujets. L’adaptation la plus heureuse de ce genre de travail est dans des panneaux d’ameublement.

Pour la taille préparatoire des cubes colorés à mettre en œuvre, on se sert d’un marteau à deux tranchants bien affilés. On prend une galette d’émail (il y en a de rondes et assez minces, et d’autres carrées, d’épaisseur au plus de 9 à 11 millimètres), onia tient de la main gauche, le pouce et les deux doigts suivants en dessus et les deux derniers doigts en des-

(1) La manufacture pontificale du Vatican est une des gloires artistiques de l’Italie; elle est confiée à la présidence de monseigneur Don Auguste de Marchesi Theodoli, et sous la direction de l’éminent peintre M. le corn mandeur Niccolas Gonsonni, qui contribuent tous deux par leurs efforts à maintenir la haute renommée de perfection justement acquise aux ouvrages de mosaïque qui s’y exécutent.

sous, posée horizontalement sur un coin large de 4 à 5 centimètres, fixé solidement dans un dé de pierre compacte et dure, placé lui-même sur un billot qu’on met entre les genoux. En deux ou trois coups secs frappés de façon que la lame supérieure du marteau tombe bien en direction au-dessus de celle inférieure du dé, et en commençant par un angle de l’arête de la plaque on détermine une fêlure qui file et la plaque est divisée en deux fragments ; on pratique sur ces mêmes fragments d’autres nouvelles recoupes, et ainsi successivement on produit des petits cubes de la grandeur dont on a besoin et qui doit être proportionnée au travail ; la surface de la cassure est précisément ce qui doit former la beauté de ce qu’on nomme la tête des cubes ; les quatre faces latérales de ces cubes doivent être en biseau qu’on obtient, tant à l’aide du marteau que par le frottement sur une roue en tôle semblable à la roue des lapidaires, mais qui tourne horizontalement et qu’on arrose de sable mouillé très-fin et très-dur, provenant de la mer Adriatique. Ce biseau est destiné à faire adhérer le mastic ou le ciment aux cubes. On range ensuite lesdits cubes dontona choisi les couleurs d’après le modèle en les alignant avec intelligence dans la pouzzolane humide; on les serre bien contigus les uns aux autres, on en établit le parfait niveau en les battant avec un gros carrelet de bois qu’on applique et promène en tous sens. Une fois le panneau rempli et bien nivelé, on colle, à la surface totale des cubes, du papier qu’on y laisse sécher (c’est pour les maintenir réunis). On y applique un nouveau panneau et on retourne le tout à l’envers. La table plombée dont les bords étaient vissés est alors enlevée, on laisse sécher la pouzzolane qui était à découvert et on l’enlève très-soigneusement pour la remplacer par le ciment ou le mastic qui doit faire adhérer tout le travail de mosaïque à une dalle de lave dont on fait ensuite le scellement dans le monument. Cette dernière méthode est due à M. Poggesi, elle lui a été suggérée pour parer aux inconvénients de notre climat. Elle permettra à l’artiste de pouvoir travailler en toute saison dans son atelier au lieu de travailler directement sur le monument à décorer et de ne mettre l’œuvre terminée définitivement en place que quand

la solidité du ciment, préalablement bien assurée, pourra ne plus offrir de prise aux intempéries atmosphériques.

Ce ciment exige le plus grand soin dans sa préparation, il est composé d’un mélange de pouzzolane, de brique pilée et de chaux, dans des proportions dont l’expérience a déterminé les doses. Il devient à la longue d’une dureté analogue à celle des roches les plus compactes, et permet d’être exposé àl’intérieur.

On emploie aussi des mastics à l'huile pour des ouvrages de décoration intérieure.

En résumé, pour fabriquer de belles mosaïques, il faut le concours d’excellents d.Hx&io.'S, pour faire de beaux cartons et abord, et de bons praticiens patients, intelligents coloristes et bons dessinateurs pour les exécuter. N’oublions pas de mentionner l’emploi des fonds d’or, (jui, dans les décorations ornementales, a toujours produit d’admirables effets. On les obtient en dorant la surface des cubes et en la couvrant d’une légère couche de verre.

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