SA PRÉPARATION ET SON APPLICATION
Nous empruntons au Courrier de Saigon des renseignements fort intéressants sur la manière d’obtenir la laque, sur la préparation et l’application de ce vernis :
« On a cru pendant longtemps que la laque, ce vernis que l’Europe envie à la Chine et au Japon, était une composition particulière dont les peuples de ces contrées avaient le secret. Les missionnaires catholiques, et particulièrement le P. d’Incarville, nous ont appris les premiers que cette liqueur précieuse qui donne tant de lustre et d’éclat aux ouvrages en bois, n’est autre chose qu’une espèce de résine de couleur roussàtre qu’on extrait par incision d’un arbre indigène des provinces de Sse-tchouen, de Kiang-si, de Tche-kiang, de Ho-nam, en Chine, et de celles d’Itsikoka, de Figo et de Jamatto, au Japon. Le même P. d’Incarville nous a donné sur la manière de préparer et d’appliquer les vernis qu’on obtient de cette résine, des renseignements aussi sûrs que précieux.
(( La première opération, dès qu’on a extrait la résine de l’arbre à vernis, appelé tsi'-chou, consiste à débarrasser cette matière des parties aqueuses qu’elle contient. Pour obtenir ce résultat, il suffit d’exposer la résine au soleil et de la remuer durant deux ou trois heures avec une spatule de bois. Cette évaporation est nécessaire pour donner à la laque sa belle transparence. Pour obtenir les autres variétés de vernis connues de l’industrie chinoise, on mêle à cette substance première, pendant qu’on la manipule, les différents ingrédients propres à les produire. C’est ainsi que pour avoir le beau vernis ordinaire, connu sous le nom de houang-tsi (vernis brillant), on joint à la résine du tsi-chou, du fiel de porc et du vitriol romain dissous dans un peu d’eau. Si l’on ajoute à ce premier vernis, dans des proportions déterminées;, du charbon d’os de cerf réduit en poudre, ou du noir d’ivoire, comme on l’expérimenta sur l’indication du P. d’Incarville, avec de l’huile de thé siccative, on obtient le yang-isi ou beau vernis noir des Japonais, dont les Chinois ignorèrent longtemps la composition.
« La partie artistique du travail des ouvrages en laque consiste à les embellir de riches ornements avec l’or ou les couleurs. Les dessins en or sont généralement ceux que les Chinois préfèrent; et leurs ouvriers décorateurs, grâce à la patiente minutie et à la finesse originale qui caractérisent leur talent.
réussissent presque toujours à ies exécuter avec une rare perfection. Pour tracer ces dessins, l’artiste chinois commence d’abord par esquisser sur le bois laqué, avec un pinceau blanchi de céruse, le sujet désigné ; s’il juge son croquis satisfaisant, il en marque les contours avec une pointe d’acier très-fine, et trace alors tous les autres détails. Mais, le plus souvent, il jette au crajon les premiers traits de son dessin sur le papier, il termine ensuite au pinceau avec de l’encre de Chine.
Ce dessin passe tel aux mains des élèves ou apprentis de l’atelier, chargés d’en suivre tous les traits avec de l’orpiment délayé dans de l’eau. Dès qu’ils ont achevé ce travail, ils appliquent immédiatement sur la pièce de vernis ce dessin fraîchement colorié, et passant légèrement la main sur le papier, pour que tous les traits du dessin s’impriment et restent marqués sur la pièce.
«Après avoir enlevé ie papier, ils repassent au pinceau avec
de l’orpiment ou du vermillon délayé dans une eau gommée, toutes les lignes du dessin. Ainsi fixé sur la laque, celui-ci ne peut plus s’effacer. On en couvre de nouveau les traits avec 1e hoa-kin-tsi.
« Ce vernis, qu’on a rendu plus liquide par l’addition d’un peu de camphre, devient en séchant un mordant destiné à recevoir l’or en coquille. On applique celui-ci en passant mollement sur tout ie dessin, un tampon chargé de cette riche poussière. Il suffit ensuite d’essuyer légèrement la pièce pour revoir l’or briller sur chaque linéament du dessin primitif.
« Lorsque les peintres en laque veulent obtenir des reliefs, comme ils sont dans l’usage de le faire pour représenter les inégalités du tronc, les côtes et les nervures des arbres et des plantes, ils se contentent d’appliquer sur la première couche d’or une nouvelle couche de mordant et d’y passer à plusieurs reprises de l’or en coquille, jusqu’à ce qu’ils aient obtenu les lignes saillantes qu’ils désirent. Ils tracent au pinceau les lignes qui dessinent les yeux, la bouche, la coiffure, les détails des costumes des personnages, certaines parties des paysages, en un mot tous les ornements en miniature dont ils enjolivent leurs belles laques dorées.
« Quelque fini précieux, quelque délicatesse que mettentles Chinois dans leurs dessins en or, leurs pièces de vernis sont cependant jugées inférieures à celles du Japon. Le vernis transparent de la Chine, de teinte toujours un peu jaune, n’a ni la beauté ni l’éclat du vernis japonais, transparent comme l’eau la plus pure.
« Le vernis blanc se fait avec des feuilles d’argent broyées et pétries, mélangées au vernis ordinaire ; le cinabre minéral ou la fleur de carthame réduite en laque, donne le verni rouge ; l’orpiment seul, le vernis jaune, et, mêlé à l’indigo, le vernis vert; pour le vernis violet, on fait usage d’une certaine pierre de cette couleur appelée tsé-ché, réduite en poudre impalpable. Plus les pièces de vernis qu’embellissent ces couleurs sont anciennes, plus celles-ci acquièrent de beauté et de brillant. )>