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LE BUT UTILE

Le but qu’il importe de vous soumettre, au sujet des branches diverses des arts décoratifs, dont chacun de nous ici s’eîforce de perfectionner la culture, une série d’études expérimentales que je crois nouvelles et faciles à [pratiquer, pour mieux comprendre le jeu si infiniment varié des formes de la nature, ainsi que des formes de pur caprice et d’invention, dont l’ornementation compose ses trésors les plus appréciés. L’intelligence des apparences perspectives y gagnera.

Il est certain que nous ne voyons des objets sensibles qu’une fraction plus ou moins étendue de surface ; leur configuration est continuellement déformée par ce qu’on nomme leurs apparences perspectives, dont la reproduction exacte sur le papier est une des plus grandes difficultés du dessin.

On peut cependant se former pour soi-même une science

particulière, qui ne se trouve ni dans des livres spéciaux ni dans les leçons du professeur.

Il y aurait sans doute quelque intérêt à diriger nos soins vers les moyens qui aideraient à développer l’intelligence des formes, afin d’en meubler la mémoire en nous les rendant familières.

Les opérations les plus simples de la géométrie plane ou l’art des tracés graphiques à plat sur un papier étendu sur une table, sont enseignés partout dans les écoles élémentaires que fréquentent les ouvriers et les artistes, qui se destinent aux professions industrielles; mais je crois qu’on ne s’occupe pas suffisamment de l’utilisation de la géométrie au profit de la création des formes découvertes; on se borne à fournir aux élèves les procédés pour tracer. On devrait surtout exécuter, en carton ou en papier fort, tous les développements des polyèdres; nombre de professeurs négligent même beaucoup trop celte utile branche d’instruction, dont trop peu d’entre eux seraient d’ailleurs en état de démontrer les applications pratiques aux usages industriels. Il y a en ce sens un véritable progrès à opérer, et un trésor de découvertes originales à faire dans le mode d’étudier les formes dont je viens indiquer au public les éléments principaux.

Il y a un nouvelle mine d’études à exploiter, en transformant toutes les figures de la géométrie plane en surfaces courbes, en les découpant d’abord au canif à plat, et en les roulant ensuite sur un crayon arrondi, sur des cylindres ou sur des cônes ; en les sectionnant, en les divisant et subdivisant, en volutant des bandes rectangulaires de papier fort de diverses longueurs, on en formera des rinceaux, des branchages, des arabesques ; les répétant symétriquement, en les ployant, les reployant et déployant, en les divisant, grandissant et multipliant. On donne naissance à une branche d’études inconnues, que nous intitulerons VAnatojnie des formes plastiques, dont nous nous proposons de publier une étude spéciale, éminemment pratique et facile, pour aider à l’enseignement de la composition ornementale, des arabesques à rinceaux sans cassures.

CoQiLuent voyons-nous les formes? C’est la couleur pâle ou foncée de la matière dont les objets sont faits, qui nous communique la sensation des images, et le toucher qui nous en fait comprendre la solidité. Pour les bien voir, il faut nous bien placer, ni trop près ni trop loin. Se bien placer pour voir, c’est chercher la distance du point de vue. Mais ce lieu, une fois fixé devant un objet, ne nous en offre jamais qu’une apparence partielle plus ou moins grande. Ce devant est la seule partie qui nous soit visible. Un objet qu’on veut dessiner offre donc une infinité de formes matérielles tangibles : il peut être plat comme une feuille de papier, ou rond et bombé comme une boule, ou composé de facettes plates inclinées sous des angles variables à l’infini, ce qui s’appellerait polyèdrique, ou corps solide à pans coupés et plats. Il peut être aussi creux.

Les géomètres définissent le plan comme surface uniformément plate, sur laquelle on peut appliquer une règle; mais (ju’est-ce qu’une règle, comment la fabrique-t-on? Il a fallu se servir d’un plan ou rabot pour l’exécuter.

La nature est là pour nous montrer que Vidéal du plan est dans la surface d’une eau tranquille. Le marbrier s’efforce d’imiter cette apparence de l’eau tranquille dans le polissage qu’il donne au bloc de Paros ou de Pantélique, et le menuisier avec son rabot obtient le même but en planant une planche ou table de bois, de façon à y appliquer exactement et sans vide une ligne droite matérielle ou une règle promenée en tous sens. La surface d’un miroir imite encore mieux l’apparence de l’eau sans mouvement. Mais qu’une petite goutte (globe ou sphère) d’eau vienne à tomber à sa surface, elle produit dans sa chute un rond, puis d’autres ronds, de plus en plus grands et concentriques. Par cet accident, la surface de l’eau est subitement changée en une autre forme de surface, la surface courbe, qui devient ondulée ; c’est la goutte d’eau qui, par sa chute, a produit la forme ondulée et mobile qui, par la succession des gouttes observables de la pluie qui ondulent la surface a produit une suite de cercles concentriques, imitée par les horlogers dans le guillochage entre-croisé qui décore les boîtes des montres.

Que l’on trace sur papier fort des cercles concentriques et qu’on les découpe ensuite en zones ; qu’on sectionne de nouveau ces zones et qu’on les volutionne ou roule autour de moules cylindriques; qu’on les sectionne en fragments de diverses longueurs, on en composera aisément des dispositions de rinceaux inclinés coniquement sur le plan, qui ouvriront à l’invention du décorateur des horizons fort inattendus. Les constructions de spirales planes ou coniques se dévoileront à l’intelligence et démontreront à vue d’œil les plus belles lois de la marche des courbes ornementales.

Les écoles nous apprennent beaucoup de choses indispensables, et nous ne saurions nous en passer, bien que nous en sortions parfois comme en sortent de très-mauvais écoliers qui n’en ont conservé qu’un souvenir ennuyeux.

L’illustre savant, M. Chevreul, a, sans être artiste, luimême écrit un ouvrage du plus haut intérêt pour les arts, je veux parler de son livre de la Loi du contraste simultané des couleurs. Ce beau travail n’est autre qu’un recueil d’observations expérimentales, rendues évidentes par des faits visibles.

Si nous nous efforcions davantage et, par une habitude volontaire et continuelle, d’interroger et de considérer à chaque pas les formes de tout ce qui nous entoure, avec la même curiosité ou le même besoin de les connaître, qui stimule et fait progresser l’enfant dans le langage, nous serions surpris du développement rapide de nos facultés. Le secret de toutes les formes est tout entier dans la géométrie plastique. C’est la plus belle et la plus ancienne de toutes les sciences, et j’ajoute avec une profonde conviction qu’elle doit être la base la plus sérieuse de toutes les connaissances relatives aux arts du dessin. Le mot science lait peur à bien des gens, et nous autres artistes, n’avons généralement que fort peu de sympathie pour ce qui sent, de près ou de loin, les théories par a -f- b. Les savants inventent de très-belles choses qu’ils sont les premiers à admirer et si belles, qu’ils les baptisent de noms grecs et latins, qui nous semblent souvent fort difficiles à retenir. Il serait temps, cependant, et nous avons le plus grand intérêt d’augmenter chaque jour notre

bagage de science personnelle. La science, qu’est-elle, après tout, sinon une collection de vérités observées par le plus grand nombre possible de chercheurs? Les vérités ne sont fécondes et fertiles qu’en les appliquant à notre profit à nos créations artistiques.

Aux personnes qui veulent dessiner la figure nous offrons cette

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