‹ Manuel general de musique militaireChapitre 1 sur 229 · A 1 DE DE C AM P DU KOI · texte numérisé non relu

A 1 DE DE C AM P DU KOI

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PRÉFACE

Le livre que nous publions aujourd’hui est un livre important, et, nous l’espérons, sera de même un livre utile. S’il parvient à réunir ce double caractère , nous ne nous en ferons point un mérite : la nature même du sujet, d’une part, et de l’autre l’absence complète d’un travail analogue dans le domaine de l’histoire et de la littératuremusicale; enfin, le motifd’opportunité résultant des nouvelles mesures dont la musique militaire a ete 1 objet, tout cela, nous ne saurions nous le dissimuler, a puissamment contribué à lui donner une valeur réelle, sur laquelle n’a pu que bien faiblement influer la manière dont nous avons accompli notre tâche, si toutefois encore nous avons été assez heureux pour atteindre le résultat que nous nous proposions. Sans doute , il serait à nous téméraire de croire (pie nous avons pleinement réussi. Les obstacles que 1 on rencontre pour ainsi dire à chaque pas sur une route encore inexplorée, rendent en quelque sorte impossible une aussi heureuse conclusion. A moins d’en avoir fait soi-même l’expérience, on ne peut soupçonner les difficultés d’un travail entrepris sur un sujet qui n’a jamais été traité , et stw' leciuel il n’existe que des données vagues et éparses dans une multitude d’ouvrages, où il faut lire quelquefois plus de deux cents pages avant de trouver une seule ligne dont ou puisse

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faire son profit. Telles sont pourtant les recherches pénibles et fastidieuses auxc|uelles nous avons du nous livrer. Une pareille tache n’était pas sans péril, et l’on conviendra cju il fallait un certain courage pour l’entreprendre. En effet, chez aucun peuple, ancien ou moderne, il n’existe d’ouvrage dans lequel la musique soit exclusivement envisagée au point de vue militaire, et il n y en a qiiun très-petit nombre où cette matière soit seulement effleurée ( i). Nous avions donc tout à créer, tout à faire par nous-même; aucun devancier ne nous avait fourni la ressource d’un fil conducteur propre à nous guider dans ce labyrinthe. Néanmoins nous n’avons pas hésité à nous mettre à l’œuvre. Nous savions que de tout temps la musique militaire a joué un grand rôle parmi les peuples; nous savions que l’antiquité attribuait à la musique en général une puissance merveilleuse, et qu’elle s’en servait comme d’un moyen de civilisation et de progrès. C’est donc en remontant la chaîne des âges que nous avons été chercher les preuves de l’emploi de cet art dans les armées. L’Ecriture sainte et ses savants commentateurs, les poètes et les historiens de la Grèce, les écrivains de la haute et de la basse latinité, ont été mis par nous à contribution, et nous ont fourni les renseignements nécessaires pour esquisser l’histoire de la

(i) Les notions historiques sur la musique militaire publiées dans quelques recueils, et principalement dans les dictionnaires encyclopédiques, notions qui se réduisent d’ailleurs à fort peu de chose, fourmillent d’erreurs et d’anachronismes. Nous n avons point voulu rectifier chacune de ces assertions en particulier, pensant que les faits dénaturés se trouveraient naturellement rétablis par les renseignements que nous sommes aile puiser aux sources authentiques , et que nous donnons dans ce Manuel. On* pourrait, sans doute, reprocher aux écrivains qui se sont chargés de ce travail, d avoir mis, dans l’accomplissement de leur tâche, trop d’insouciance et de légèreté; mais les difficultés inhérentes au sujet, l’embarras, 1 ennui et la perte de temps qu’occasionnent les recherches consciencieuses, sont autant de motifs qui plaident en leur faveur : âussi , loin de nous montrer sévère à leur égard , loin de songer à leur adresser des critiques directes, avons-nous cru bien faire en nous abstenant même de les citer.

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niiisi(jue militaire des Hébreux, des Grecs, des Romains et des difléreuts peuples auxquels ces deux dernières nations donnaient le nom de barbares. La Chine, qui est restée si longtemps à peu près inconnue aux modernes, et qui, suivant quelques auteurs. Fa été tout à fait aux anciens, doit, à la date reculée qu’atteignent ses annales, de pouvoir figurer parmi les peuples de cette dernière catégorie , et c’est pour cela que nous avons rapporté ce qui concerne les origines de son histoire dans la première partie du livre L' , consacré à l’antiquité. La seconde partie de ce meme livre nous offrait encore plus de difficulté que la première. L’enfantement de la civilisation moderne a suscité des commotions qui ont bouleversé la face des choses, singulièrement mélangé les vestiges du temps passé avec les éléments de l’ordre nouveau, non sans causer des lacunes et sans faire régner la confusion dans l’histoire. Les écrivains des premiers temps de l’ère chrétienne sont si peu précis, et semblent avoir été tellement abasourdis eux-mêmes par le mouvement qui s’opérait autour d’eux, et qui les entraînait en quelque sorte à la dérive sans qu’ils pussent s’expliquer quel avait été le point de départ et quel devait être le but, qu’on ne saurait toujours se fier aveuglément à leur témoignage. Ils n’offrent d’ailleurs qu’un bien petit nombre de particularités ayant trait à la musique ; et pour ce qui est de la musique militaire, c’est tout au plus si de loin en loin, dans leurs écrits, on peut encore en saisir quelque trace. Les traditions et les légendes populaires tiennent alors la place de l’histoire; ellesacquièrent un caractère plus sérieux d’authenticité dans les poésies des bardes , et c’est là qu’il faut aller chercher la preuve de l’existence d’une musique guerrière, qui survivait en* quelque sorte à la musique même ef à tous les autres arts. Tous les faits qui se sont accomplis pendant cette période sont généralement restés si obscurs pour nous, qu’ils ont donné lieu à mille interprétations diverses; si bien que l’esprit flotte indécis entre ces jugements et ces hypothèses contradictoires qui se viennent heurter de toute part. Mais

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j)lus on se rapproche des temps modernes, plus les objets se présentent nettement et distinctement sous leur véritable jour. Onfjuitte alors le désert aride où Ton essayait vainement de s orienter, pour suivre une route mieux frayée, et qui offre çà et là des sources où l’on peut puiser sans crainte; précieuses oasis de la science, auxquelles on arrive avec joie après une course laborieuse dans de stériles régions. Cependant, une fois parvenu à cet endroit, nous ne devions pas encore nous croire parfaitement à l’abri de tout danger , autrement dit de toute erreur. Il nous a même fallu, dans cette occasion , reconnaître l’avantage qui résulte de la possibilité de vérifier, sur les documents originaux, tout ce qui donne matière à quelque doute. C’est ainsi que nous avons été plus d’une fois à même de rétablir certains' faits complètement dénaturés par des citateurs inexacts , (jui, dans leur précipitation, en avaient induit des conséquences totalement fausses. Au nombre de ces questions , se présente en première ligne celle de l’emploi des instruments à cordes, qu’on aurait substitués aux instruments à vent pour enflammer le courage des troupes françaises au dix-septième siècle. Pareille chose n’a jamais eu lieu dans ce but; et pour détruire une assertion que plusieurs écrivains jusqu’ici ne se sont point fait faute de reproduire, nous avons multiplié les preuves et sommes entré dans des considérations fjui en démontrent toute l’inexactitude.

Après avoir fait connaître les principaux éléments de la musique militaire de ces temps, nous avons abordé une époque plus récente, celle de Louis XIV; et nos recherches ayant été puissamment secondées par l’obligeance toute particulière de M. Leroi, conservateur de la bibliothèque de la ville de Versailles, nous avons pu nous convaincre que la musique militaire avait acquis dès lors en France, aux yeux mêmes du monarque, une importance réelle; car ce ne fut pas seulement àd’obscurs musiciens que le grand roi confia le soin d’écrire des morceaux spéciaux pour les instruments qui devaient régler le pas de ses soldats; mais il chargea également de cette tâche les iniisi-

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ciens les plus renommés de sa cour; et Lully , le célèbre Lully luiméme, pour répondre au désir du monarque, dut se mettre a écrire des marches, des fanfares, et jusqu’à de simples batteries et sonneries d’ordonnance. Cette particularité relative au genre de travaux auxquels se livrait le grand compositeur, comme surintendant de la musique de Louis XIV, n’avait pas encore été relevée, que nous sachions, par aucun de ses biographes. On savait bien que Lully avait composé de la musique religieuse, de la musique dramatique et de la musique de danse; mais on paraît avoir complètement ignoré qu’il se fût occupé de musique militaire, et surtout qu’il eût écrit spécialement pour le tambour.

Comme on a lieu de s’y attendre, la musique militaire des Français tient la première place dans ce Manuel, dont elle fait l’objet principal. Nous ne nous sommes donc pas étendu dans la même proportion sur celle des autres peuples. Toutefois, voulant présenter un tableau général de l’état de la musique militaire, d’après l’ordre chronologique, nous avons également parlé des nations étrangères , les traitant chacune séparément, quand l’abondance des matériaux nous y forçait, ou bien les réunissant sous un même point de vue ({uand les usages d’ùne époque se trouvaient être communs à elles toutes, ou du moins à plusieurs d’entre elles, ainsi que cela est arrivé, par exemple, dans les premiers temps du christianisme. Lorsque le moment est venu de les passer en revue l’une après l’autre, nos regards se sont d’abord portés sur l’Allemagne, si soigneuse d’assurer sa suprématie en fait d’art, par l’adoption intelligente de toute innovation réalisant un progrès, de tout système tendant à la perfection, et qui, presque constamment, a donné a la plupart des nations européennes l’exemple des améliorations les plus considérables. L’Espagne ayant, à une certaine époque, demandé aux Allemands des instrumentistes pour se conq^oser une musicpje militaire, nous avons, en relatant ce fait, donné quelques détails sur celles des coutumes de ce pays qui pouvaient se rapporter

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au sujet que nous traitions. De là nous avons été conduit à exainilier ce qui concernait la Russie parce que la Russie a toujours marché de près sur les traces de l’Allemagne pour l’organisation de sa musique militaire ; ce qui ne l’a point empecliee de suivre ses goûts particuliers et d’innover pour son compte, créant à côté dune musique formée à l’aide des meilleurs instruments, et il faut dire aussi des meilleurs artistes étrangers, une musique tout à fait originale, et de l’effet le plus piquant , celle des cors russes, exécutée à ravir par des instrumentistes nationaux auxquels le knout avait depuis longtemps suffisamment inculqué le sentiment de la mesure. Au reste, cet heureux essai ne satisfit pas encore le besoin de nouveauté qu’éprouvait la Russie dans ses tentatives. De même que l’Allemagne , elle eut un jour un étrange caprice, et sacrifiant aux faux dieux, c’est-à-dire payant aussi un tribut à l’excentricité et à la bizarrerie, elle alla emprunter à la Turquie les éléments d’une musique de janissaires qui servit, dans quelques régiments, de divertissement aux officiers pendant les repas de corps.

Après avoir parlé des autres peuples du .Nord qui ont entendu mainte fois résonner les instruments bardiques au moment des combats ou des insurrections, nous avons abordé le sol britannique, où nous appelaient les sons rauques de l’antique cornemuse et les chants austères des soldats de Cromwell. Là nous avons rencontré de hardis explorateurs qui nous ont engagé à passer les mers, et à les suivre dans leurs périlleuses excursions. C’est sur leurs traces que nous avons recueilli de curieux documents relatifs à la musique guerrière des contrées les plus lointaines de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique. A cette caravane d’aventureux touristes, sont encore venus se joindre nombre de voyageurs français, dont les recherches nous ont été également fructueuses, particulièrement en ce qui concernait les Turcs, les Arabes et les Égyptiens, auxquels Villoteau , entre autres , a consacré un si consciencieux et si magnifique travail.

Dans la troisième partie du premier livre, nous avons exposé

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l’état de la musique militaire chez les principaux peuples de rp^nrope, depuis la tin du dix-huitième siècle jusqu’à nos jours. Nous nous sommes également attaché, dans le courant de cette partie, à faire ressortir l’importance que donne à la musique militaire l’opinion d’hommes spéciaux, renommés pour leur courage et leur •profonde connaissance de l’art de la guerre, et en tête desquels ligurent le célèbre maréchal de Saxe. Nous avons soigneusement réfuté, autant par ces imposants témoignages que par nos propi’es considérations, les objections de tous les gens qui se sont prononcés contre l’emploi de la musique dans les armées, au mépris des règles données par les aneiens, qui sont nos maîtres^ dit Maurice de Saxe. Après cette dissertation, nous avons indiqué tout ce qu’il restait à faire pour porter au plus haut degré de perfection que l’on puisse espérer d’atteindre, les musiques régimentaires, et pour rendre celles de la France dignes d’occuper le premier rang. Enfin, nous avons terminé ce premier livre en démontrant la nécessité d’une réforme, et en faisant pressentir l’événement qui allait opérer cet important résultat. Le second livre tout entier est consacré à cette phase toute récente de notre histoire militaire, et donne l’historique des opérations auxquelles s’est livrée la commission chargée par le ministre de la guerre de réorganiser les musiques régimentaires en France. Ce travail forme deux divisions: la première comprend les événements qui se sont passés avant la nomination de la commission ; la seconde embrasse tout ce qui est relatif à cette dernière, tout ce qui a trait aux décisions cpi’elle a cru devoir prendre, et tout ce qui en a été la conséquence, à savoir, la publication des décisions ministérielles réglant la composition des musiques. Quelques notices biographiques sur les personnes qui se sont trouvées mêlées à ces événements précèdent ou accompagnent le récit de ces derniers. Lorsqu’on connaît bien les hommes, on ap- [)récie mieux les faits. En parlant des actes de la commission , en signalant l’agitation extraordinaire qu’avaient lait naître ses jjrojets

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