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de réforme, et lexécution des mesures qu elle avait sollicitées , nous nous placions sur un terrain inégal et glissant, et pour y marchei sans hésitation, il ne nous fallait rien moins que 1 appui de ce sentiment de justice et d’impartialité qui , dans cette affaire , a toujours guidé notre conduite, que nous y figurions comme acteur, ou que nous en rendions compte comme historien. Dans ce dernier cas , en effet, l’on peut dire que nous arrivions sur un champ de bataille où il nous fallait en quelque sorte, immédiatement après la lutte, et sans prêter l’oreille aux insultes et aux cris de rage des vaincus, faire le narré impartial des événements, c’est-à-dire constater la défaite des uns, et proclamer la victoire des autres. Pour arriver à remplir convenablement cette tâche, nous avons dû nous imposer une grande réserve, une grande modération sur plusieurs points délicats. Nous avons donc soigneusement évité de nous prononcer sur tout ce qu’on peut envisager comme des querelles et des jalousies de métier. Quand ces passions déplorables s’agitent dans de basses régions, et qu’elles n’ont pour mobile que la cupidité, elles ne méritent , selon nous, que le mépris. Quand un sentiment de rivalité plus noble et plus excusable dans son principe les fait éclore dans des régions plus élevées, ce n’est pas encore à un tiers qu’il appartient de les juger, d’autant j^lus, qu’examinant les choses de sangfroid, il ne voit souvent que susceptibilités d’amour-propre, motifs puérils, équivoques et malentendus, là où les adversaires ne voient, au contraire, que trahison, mauvaise foi, mensonge et déloyauté.
La partie historique de notre ouvrage se termine avec ce deuxième livre, à la fin duquel nous avons émis plusieurs propositions nouvelles tendant à l’amélioration complète de nos musiques militaires, et à la réalisation définitive de l’œuvre de réforme si bien comprise par la commission.
I^e troisième livre est particulièrement consacré à des matières didactiques; il renferme des instructions générales pour la composition et l’exécution de la musique militaire, qui concernent en pre-
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mier lieu lecliefde musique compositeur, et en second lieu le cliefde musique directeur. On y trouve une descrijjtion succincte des différents genres de morceaux destinés à être exécutés par des troupes; diverses propositions relatives à la formation d’un recueil de chants militaires ])our l’armée ; des indications précises sur tout ce qu’on est en droit d’exiger des chefs de musique; des conseils à ces derniers sur la manière de diriger les répétitions, et sur l’exécution musicale en général; un choix d’ouvrages didactiques spécialement à leur usage, ou à l’usage de leurs élèves; enfin, des observations relatives aux instruments de musique militaire employés aux différentes époques, et une notice abrégée de tous ceux qui figurent dans l’organisation actuelle, notice qui fait connaître la nature de chacun de ces instruments, ainsi que leur étendue et le rôle qui leur est attribué dans l’ensemble. Au texte de notre ouvrage, nous avons cru devoir joindre une suite de planches représentant les principaux instruments de musique employés à l’armée, dans les cérémonies guerrières ou dans les cérémonies triomphales, chez les différents peuples, depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. A ces instruments, il est certain que nous en aurions pu ajouter beaucoup d’autres d’un usage moins général , et dont la majeure partie ne sont que des variétés de l’espèce ; mais cela eût grossi le volume de ce Manuel au delà des proportions que son titre lui assigne. Quant aux réflexions que nous avons faites sur ces instruments, et à la description que nous en avons donnée, les mêmes motifs nous ont empêché d’entrer à cet égard dans des détails qui, à vrai dire, ne peuvent trouver place que dans une histoire de la musique, ou dans une histoire générale des instruments, d’autant plus que c’est là une matière qui demande les plus grands éclaircissements pour être bien comprise. Plusieurs ordonnances royales et plusieurs décisions ministérielles, dont la teneur se rapporte au sujet que nous avons traité, sont annexées à notre ouvrage comme pièces à l’appui.
A proprement fiarler , les batteries et les sonneries ne font point
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partie de la musique militaire, toute idee d art en ayant été presque toujours exclue, et ces accents musicaux notant guere considérés que comme pourraient l’être de simples signes de convention. Néanmoins il entre dans le plan de ce Manuel de ne point omettre un j)areil objet, et même de le recommander à 1 attention des chefs de l’armée , afin que les batteries et les sonneries acquièrent une signification plus musicale , et surtout plus conforme aux lois du rhythme , car elles n’en seront alors que mieux appropriées a l’application qu’il convient d’en faire. Nous avons donc placé a la fin de notre ouvrage un appendice, lequel renferme, indépendamment des batteries et sonneries françaises actuellement en vigueur, les anciennes batteries et sonneries de nos armées. Qui ne sera curieux de jeter un coup d’œil sur ces accents rhythmiques ou musicaux , enqiloyés par nos ancêtres pour régler leurs pas sur le champ de bataille, pour affronter la mort, et pour remporter tant de victoires, dont nous nous glorifions encore.^ Un texte explicatif placé en tête de cet appendice fera connaître au lecteur l’époque à laquelle remonte la plus ancienne version musicale de nos signaux; nous disons version, parce qu’en examinant de près ces différentes batteries et sonneries, on ne tarde pas à découvrir qu’elles ont toutes une commune origine, et qu’elles se sont seulement modifiées avec le temps sans que le fond en ait proprement changé. Le recueil de Philidor nous a fourni de nombreux matériaux pour compléter cette collection. Nous avons emprunté à ce recueil un grand nombre de batteries et d’airs militaires, composés par les musiciens de la cour de Ijouis XIV, pour les différents corps de troupe qui foi maient alors une partie de notre armée, et notamment la plupart de ceux qu’écrivit Lully. L’attrait des souvenirs est attaché, à ces j)récieux documents, qui intéressent à la fois l’artiste et le soldat. Les sonneries et les batteries des principales nations de l’Europe, cpii viennent à la suite des nôtres, ne sauraient manquer de fournir* un point de compaiaison des plus curieux ; on aimera à opérer
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entre elles des rapprochements et à chercher des indices du caractère national dans la forme donnée aces signaux. Nous ferons même observer qu’il n’est pas inutile, au point de vue militaire, que les officiers s’appliquent à étudier les signaux étrangers qui, en temps de guerre, lorsque les sons parviennent jusqu’à eux, peuvent leur lournir des indications précieuses, s’ils savent les reconnaître. Au reste , ce dernier objet n’est pas celui qui nous a coûté le moins de peine; car on ne s'était pas encore occupé jusqu’à ce jour des sonneries et des batteries. Quelques-unes même de ces dernières n’ont jamais été imprimées, et subsistent dans les armées en quelque sorte à l’état de traditions. Pour les autres, elles sont généralement reléguées dans les livres de tactique, et principalement dans les règlements et ordonnances de chaque armée. Malheureusement il y a impossibilité chez quelques nations de les trouver au complet ; tantôt les signaux de l’infanterie manquent, tantôt on cherche vainement à se procurer ceux de la cavalerie. Notre collection n’a donc pu être aussi complète que nous l’eussions désiré en ce qui a trait aux armées étrangères, et, cependant, il s’en faut que nous ayons épargné les démarches et les recherches, dans lesquelles plusieurs personnes obligeantes se sont même chargées de nous seconder.
En disant que cet ouvrage nous a coûté des peines infinies , une grande partie de notre temps le plus précieux , nous ne disons que la stricte vérité. Ce n’est point que par cet aveu nous prétendions nous faire valoir plus qu’il ne convient, nous voulons seulement nous assurer par là l’indulgence de tous ceux qui pourraient remarquer quelque lacune dans notre travail, indulgence qu’ils ne manqueront pas de nous accorder, s’ils veulent bien considérer la difficulté, ou plutôt l’impossibilité absolue qu’il y avait à réunir, dans un espace de temps donné, tous les documents qui peuvent se raj)porter à une pareille matière. Cela d’ailleurs, nous le répétons, eût rendu notre ouvrage beaucoup trop volumineux. Pour ne rien laisser à désirer à tous égards, pour éclaircir les points un peu obscurs
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ou sujets à controverse, il eût fallu des années, et le motif d opportunité quia provoqué l’apparition de ce livre eût disparu avant qu’il pût être achevé.
Notre unique vœu, c’est que le travail que nous livrons aujourd’hui à la publicité, quelque imparfait qu’il soit, puisse relever aux yeux de tous la musique militaire , en faire sentir Futilité , et indiquer le moyen de la maintenir fermement en voie de progrès. Ce but a été tellement l’objet de nos constantes préoccupations, que nous avons songé bien moins à l’agréable arrangement des faits qu’à leur exposé véridique, bien moins à l’ornement du style qu’à l’exactitude du récit (i). Nous avons élagué tout ce qui nous
(i) Quoique nous nous soyons abstenu de toute recherche de style, et que par là même nous ayons abdiqué toute prétention d’écrivain, nous tenons à nous expliquer catégoriquement sur quelques expressions techniques qui pourraient inquiéter des critiques pointilleux. C’est pourquoi nous donnerons des éclaircissements préalables sur l’emploi de certains termes que le sujet rendait obligatoires, et qui reviennent souvent dans les ouvrages consacrés à la musique, bien que quelques-uns de ces termes n’aient pas encore reçu la sanction académique. De ce nombre est le mot musique, servant à désigner la réunion des musiciens attachés à un corps d’armée, et que dans ce sens l’on peut employer sans scrupule au pluriel, pour éviter des circonlocutions qui embarrassent la phrase et la rendent lourde et traînante. Ainsi, l’expression de musiques militaires , au pluriel, que quelques écrivains déjà n’ont pas fait difficulté d’employer, se présentera fréquemment au lecteur dans le courant de ce Manuel. Ce ne sera pas la première fois, du reste, que la technologie musicale viendra changer les tournures consacrées ; ne s’est-elle pas, pour le mot harmonie , permis une licence analogue? Elle a dit, en effet, des harmonies nouvelles pour indiquer certaines agglomérations de tons différents auxquelles le mot accords, dont le sens est trop précis, ne pouvait aussi bien s’appliquer.
Ainsi que nous avons eu occasion de le faire observer dans une note placée au second livre de ce Manuel, on exprimaitjadis d’une manière générale le retentlssemeut de toutes sortes d’instruments de musique, à quelque catégorie qu’ils appartinssent, parle mot sonner, terme qui s’applique plus particulièrement de nos jours aux trompettes et aux cloches. Ensuite des grammairiens puristes et méticuleux, établissant une distinction pour chaque instrument, voulurent rendre obligatoire l’emploi
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j)araissait douteux , inutile ou superflu ; niais pour éviter la séelieresse, nous avons admis comme preuves à l’appui de nos assertions un certain nombre d’anecdotes curieuses qui se rapportent autant
lies nouvelles expressions qu’ils avaient appropriées à ces différents cas ; mais cette recherche et cette susceptibilité de langage ayant paru aussi affectée que puérile, on est revenu peu à peu à l’usage d’un mot générique applicable à tous les instruments : cest le mot jouer. Dans le dictionnaire de M. Castil-Blaze, lequel fut publié en 1825, on lit déjà ce qui suit : « Le mot jouer^ étant générique, s’applique maintenant à tous les instruments ; on disait autrefois jouer du violon, pincer de la harpe, toucher l’orgue, blouser les timbales, battre le tambour, etc. Le mot jouer a remplacé tous les termes propres, et par là on simplifie le langage et on prévient toute fausse application, comme donner de la harpe, toucher de la trompette. » Ces dernières expressions, à la vérité, seraient impropres; mais n’aurait-on pas raison de dire sonner du cor^ aussi bien qu’on dit sonner de la trompette et battre les timbales., aussi bien qu’on dit battre le tambour? En quoi les premières locutions (donner du cor et blouser les timbales) méritent-elles la préférence sur celles que nous venons d’indiquer? — «/ower, dit l’Académie (6® édition de son dictionnaire), signifie, par extension, se servir d’un instrument de* musique, en tirer de sons. Jouer de la harpe, de la flûte , du hautbois, etc. 11 joue de toutes sortes d’instruments. » Enfin le grand dictionnaire national de Bes cherelle , après avoir donné une définition semblable, ajoute au mot Jouer : « Il se dit de tous les instruments à vent, à cordes ou à clavier. On disait autrefois toucher du piano, pincer de la guitare, sonner de la trompette, donner du cor , etc. 11 est certain que la plupart’ de ces locutions vont tomber tout à fait en désuétude, et ce sera justice; mais nous croyons néanmoins qu’il serait bon de conserver les termes exprimant certaines actions qui ne se rattachent pas à la pratique de la musique , et qui ont rapport à un autre objet. Cest ainsi que dans le langage militaire il convient souvent d’employer les mots battre et sonner . quand on parle du tambour et de la trompette, d’autant plus que ces mots sont nécessaires à l’intelligence des formules battre la charge , sonner la charge^ etc. , où ils servent à spécifier la nature de l’instrument employé, et donnent clairement à entendre que dans le premier cas , par exemple, il s agit d un signal donné par le tambour, et dans le second cas d’un signal donné par la trompette. »
Si nous nous sommes un peu étendu sur ces remarques philologiques, cest uniquement dans le but de prouver à quelques faux savants qu ils n ont pour eux
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à Fart musical qu’à Fart militaire. Quelques-unes d’entre elles peuvent paraître étranges et singulières, quelques-unes même semblent . mériter peu de créance ; mais c’est là une remarque que nous avons eu soin de faire à l’endroit oii nous les avons placées: en les lisant, le lecteur doit faire la part des temps et des mœurs auxquels se rapportent les buts qui y sont consignés. Quant aux remarques qui les accompagnent , elles auront peut-être un certain attrait pour les personnes qui aiment à puiser dans leurs lectures des notions sur l’histoire et l’archéologie scientifique ou littéraire. Enfin, nous avons tâché que notre livre offrît un intérêt assez varié pour qu’il pût trouver des lecteurs dans toutes les classes de gens instruits : artistes, militaires et hommes du monde.
Nous croirions manquer à un devoir de reconnaissance, si, avant de terminer cette préface, nous ne venions payer un juste tribut de remercîments à toutes les personnes qui ont bien voulu nous prêter l’appui de leur expérience et de leurs lumières, pour nous aider à rassembler tous les matériaux dont nous pouvions avoir besoin. Parmi elles , nous avons eu le bonheur de rencontrer plusieurs bibliothécaires qui se distinguent non-seulement par leur érudition, mais encore par cette douce urbanité , cette affable obligeance si favorables aux relations que le goût des études sérieuses établit entre les hommes, et si utiles aux progrès de la science même.
ni l’Académie, ni les écrivains les plus compétents, lorsqu’ils s’obstinent, par ignorance ou mauvaise foi, à soutenir qu’on ne saurait appliquer le mot jouer à tous les instruments indistinctement. Il est vrai qu’ils ne se tiendront peut-être pas encore pour battus, et qu’ils trouveront bien moyen d’invoquer en faveur de leur opinion l’autorité d’un Vadius, d’un Trissotin , ou de quelque autre célébrité du bon vieux temps, où la mode du moins autorisait les gens à porter perruque , ce qui n’empêcha pas toutefois Molière de mettre en scène, comme une curieuse actualité, ces types impérissables d‘un pédantisme puéril et ridicule, que sa verve mordante prit soin de flétrir, mais qu’affectionnent encore de nos jours ceux qui ne comprennent d une langue que le patois.
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Pour la partie liistorique, nous devons beaucoup à la bienveillante intervention de M. le professeur Jung, sous la direction duquel la précieuse bibliothèque de la ville de Strasbourg, mise en ordre et classée avec art, ne tardera pas à occuper dans l’estime du monde savant un rang digne du lieu qui vit éclore les premiers essais du père de l’imprimerie, rendant ainsi à la vieille Argentorata la réputation ((u’elle s’était faite autrefois pour les études littéraires. Le concours de M. Richard, l’un de nos bibliophiles les plus éminents, occupé en ce moment à terminer, dans l’intérêt du plus riche dépôt que la France possède, une tâche immense, la rédaction du catalogue général de la Bibliothèque royale, nous a été également des plus prolitables. 11 en est de même de celui que M. Noirot, bibliothécaire au dépôt de la guerre, a bien voulu nous prêter: son empressement à favoriser nos recherches, et à placer sous nos yeux tous les documents qui pouvaient être pour nous de quelque intérêt, est un de ees gracieux offices dont on ne perd jamais le souvenir.
M. le docteur Leroi, conservateur de la bibliothèque de Versailles, que nous avons déjà cité précédemment, et qui s’est montré envers nous d’une complaisance à toute épreuve, nous a mis à même de puiser, dans la belle collection de musique ancienne que renferme la bibliothèque de la ville, des renseignements précieux sur le règne de Louis XIV.
M. Bottée de Toulmon, directeur de la bibliothèque du Conservatoire, nous a également fourni d’utiles données, principalement en ce qui concerne le moyen âge. M. le baron Taylor, possesseur d’une des plus belles bibliothèques particulières qui existent , et dont l’affabilité envers chacun s’augmente de tout l’amour qu’il professe pour les arts, les sciences et les lettres, nous a gracieusement invité à faire des recherches dans sa riche collection. Enfin , nous sommes encore redevable à MM. Buhl et Massart d’un graml nombre de pièces intéressantes et de documents inédits qui sont venus enrichir notre Manuel.