‹ Manuel general de musique militaireChapitre 121 sur 229 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

soiilemie des deux j)arls avec beaucoup d’ardeur, fui unanimement d’avis (|ue le système pioposé par M. Carafa ofTiait une grande vaiiélé de timbres, mais (]ue le système pioposé pai* Ad. Sax se distinguait par une sonorité plus puissante et plus liomogène, par une fusion remarcpiable et une plénitude rare dans \e forte comme dans le piano ^ enfin pai- une portée et un volume de sons tels, (pi’à une distance assez considéralile , aucun détail de cet barmonieux ensemble ne pouvait échapper à l’oreille salisfiiite et charmée. La puissance et l’ampleur des sax-borns contre-basses avaient sui lout excité l’admiralion la plus vive. La commission , lorscpi’elle eut entendu les deux orchestres réunis, déclara qu’un pareil ensemble produirait une musique parfaite sous tous les rapports, et dont rien ne saurait égaler l’effet immense et grandiose. Malheureusement tout fait craindre qu’il ne soit en Fi ance d’une réalisation impossible , le chiffre des exécutants nécessaires à sa formation étant hors de toute proportion avec celui que les règlements ont prescrit jusqu’à ce jour.

A|)rès ces épreuves, les plus importantes de la séance, vini ent celles (pii concernaient l’oiganisation des fanfares. Trois projets furent soumis à la commission. Le piemier, formé à l’aide des éléments qu’avait fournis la musicpie du 74^ de ligne, comprenait:

9 cornets à pistons.

3 bogies en si bémol.

2 trompettes.

1 cor à pistons.

2 néo-cors.

2 clavl-cors.

2 trombones.

6 ophicléides.

Total : 27 exécutants.

Le second , présente par AI. (>arafa,

offrait la disposition suivante :

I petit cornet en la bémol.

1 petit bogie en w/ bémol.

2 bogies en si bémol.

2 bugles en la bémol.

■1 bugles en rni bémol (alto).

trompettes ordinaires (système Sax).

2 trompettes-Sax à cylindres.

2 cors à pistons.

2 cors ordinaires.

3 trombones. ,

4 ophicléides.

Total : 25 exécutants.

I.e troisième, présente par M. Sax , était combiné comme suit :

2 petits sax-liorns en mi bémol .

4 sax-horns en si bémol.

4 sax-horns en mi bémol (alto).

2 cornets à pistons.

2 trombones à cylindres.

2 trombones à coulisses.

4 sax-horns en 5/ bémol (basso), dont 2 à trois cylindres et 2 à (juatre cylindres.

3 sax-horns contre-basses en /ni bémol.

Total : 23 exécutants.

Ce dernier concours, où le système de M. Sax remporta encore sur tous les autres un avantage marqué, vint mettre fin aux opérations auxquelles se livra la commission dans cette importante séance du 22 avril.

Comme conséquence des épreuves qui venaient d’avoir lieu, M. le pré sident invita chacun des membres delà commission à vouloir bien fournir le projet d’organisation qui lui semblerait le meilleur. Nous donnons ici celui de M. le comte de Saint-Andréa, auquel la commission adhéra à l’unanimité, reconnaissant qu’il devait réaliser dans son application une musique magnifique, et supérieure à toutes celles qui existent en Autriche, en Prusse et en Russie, ainsi que dans les autres contrées de l’Europe, et cela notamment, comme le faisait observer M. Spontini, par l’adoption et l’introduction des instruments de M. Sax, que ces différentes nations ne possédaient pas encore dans leurs armées (i). Cette musique modèle était composée delà manière suivante :

(i) L’illustre maître italien, clans la note soumise par lui à la commission, et cjui renfer-

iiiir

I petite ttùte.

1 petites clarinettes en mi bémol.

8 hautbois militaires, i®'' et 2® ^mais ayant une plus grande dimension et anche plus forte cpie les hautbois dont on fait usage en France).

16 grandes clarinettes en bémol (i'“ et 2'® seulement, ou bien toutes à l’iinisson).

2 clarinettes-altos en fn.

2 clarinettes-basses.

2 saxoj)hones.

4 bassons militaires (aux mêmes conditions que les hautbois).

» trompettes à cylindres, de Sax.

2 petits sax-horns en mi bémol.

4 sax-horns en si bémol.

4 sax-horns-altos en bémol.

4 sax-horns-basses en si bémol.

4 sax-horns-contre-basses en mi bémol.

4 cors ( 2 ordinaires et 2 à trois cvlindresX

3 trombones à coulisses (alto, ténor et basse).

3 trombones à cylindres (alto , ténor et bassejv

5 batterie.

Total : 74 exécutants.

La commission, en approuvant ce système d’organisation, dut néanmoins faire ses réserves relativement au chiffre des exécutants ([u’il devait

mait ses propositions d’organisation nouvelle dit, en parlant de ces dernières (nous citons textuellement) ; « Propositions qui m’ont été suggérées par la colossale et la plus imposante « opinion que m’inspire le nom de France et des armées françaises, ainsi que par ma longue '< expérience de ce genre de musique , que j’ai mise en pratique en Prusse et dans d’autres régions de l’Allemagne et du Nord; propositions que je ne saurais varier ni modilier en « aucune manière, lorsque même elles n’obtiendraient pas l’assentiment général de la commission, dans laquelle je suis entré avec pleine et entière liberté d’opinion et de sentiment, '< exempt de toute préventio'n et de partialité, et sans cpie l’on m’ait imposé ni prescrit d’au- ' tre condition que celle d’améliorer, suivant mon propre jugement, l’organisation des mii- " siques militaires de France. » Puis, après avoir donné son plan d’organisation, le grand maître ajoute :... «Déclarant que sur ce pied, invariable musique militaire de France «deviendra supérieure à celles de Prusse, d’Autriche, de Russie et de toute l’Europe,

' .XOTAMMKXT P.va I.’aDOPTION ET I.’tXTRODUCTlON DES INSTRUMENTS DE SAX , QUE I.’oN NKPOS- >« SÉDE PAS DANS I.ES SUSDITES ARMEES. »

léiinir, déclarant iju’un chiffre aussi éleve lui paraissait un invincible obslacle à son adoption pure et simple, à raison des frais considérables cjue l’entretien d’un personnel aussi nombreux ne pouvait manquei’ d occasionner;que, parcemotif, forceétait dele réduire eide modifier en conséquence le ])lan de M. Spontini , tout en s’y conformant néanmoins autant (jue possible. Après une nuire délibération, on convint que les éléments a admettre, pour une nouvelle composition des musiques militaires, seraient les suivants: petite flûte, petite clarinette, grandes clarinettes, clarinetles-basses, saxophones, hautbois, bassons , cornets à pistons ou a cylindres, trompetles à trois cylindres (système Sax), cors à trois pistons ou à trois cylindres, sax-horns sopranos, altos, ténors, barytons, liasses et contre-basses, saxotrombas, trombones à coulisses et trombones à cylindres (système Sax) , ophicléides. De ces divers instruments, les uns étaient anciens, les autres réintroduils , d’autres entièrement nouveaux. Mais il n’en est pas un, soit nouveau, soit ancien, qui, avant d’être adopté, n’ait été longuement examiné par la commission. Le choix de cette dernière, quant aux clairnettes , s’élail porté sur des clarinettes o/niiitoni(jues ^ bien que celles de AL Sax lui eussent paru dignes de ses suffrages. Celte décision n’avait d autre but (pie de laisser toute latitude aux perfectionnements des facteurs( i ;. four ce qui est des hautbois et des bassons, ils durent principalement leur rentrée dans les musiques à la rpiestion de variété dans les timbres. La commission opina d’ailleurs pour le choix et l’adoption des modèles les plus sonores. Restaient, après cela, les instruments nouveaux, présentés par M. Sax. Soumis à des épreuves réitérées, et toujours vainqueurs dans (pielque circonstance cpie ce fût, ces magnifiques instruments, cpii présentaient toutes les qualités que doivent réunir des instruments employés pour l’usage militaire , à savoir, la sonorité, la puissance, l’éclat, la portée, l’étendue, la justesse et l’égalité, aussi bien que la simplicité de mé-

(i) M. Moline de Saint-Yon, qui était alors au département de la guerre , sachant (|ue la connuission avait donné la préférence aux clarinettes de M. Sax sur toutes celles qui lui avaient été présentées durant le cours de ses travaux, et qu’en conséquence l’emploi tle ces mslruments ne pouvait manquer d’étre avantageux pour les musiques militaires, ne crut pas devoir faire entrer en ligne de compte, avec les intérêts généraux de l’armée, certains interets privés, et, par une mesure ultérieure, prescrivit l’adoption, dans nos régiments, des clarinettes de M. Sax,

T.IVUE DEliXlEMK.

l aiiisnie el la facilité tEenihoiicliure et de doigté , fuieiU déclarés par la commission éminemment ]n opi es à réaliser nne grande amélioration dans les mnsi(jnes régimentaires, et à former, pour ainsi dire, le fond, la hase de ces musiques. La commission reconnut que rinsti ument appelé Saxophone possède un charme et une puissance viaiment incomparahles ; (pfil se prête avec un égal succès aux nuances les plus douces comme aux efi'ets les plus grandioses; qu’il offie en un mot d’immenses ressources aux piocédés d’instrumentation, et qu’on j^eut l’employer avec un égal avantage, soit pour les soli , soit pour les ensembles. Quant à la sa.rotroniba , il a été constaté à divei'ses reprises qu’elle possédait une sonorité aussi forte que belle, et qu’elle pai ticipait à la fois du hugle et de la trompette, avec cette différence toutefois que le timhie de cet instrument est moins voilé que celui du hugle et moins stri dent que celui de la trompette. La saxo-tromba , ayant un caractère spécial, devait à ce titre occuper une place importante dans les musiques et entiei- dans la composition du nouveau système. La commission prit d’ailleurs en considération que lès instruments dont il vient d’être question , étant le produit d’une invention toute récente, la France serait la première nation cpii en compterait dans ses musiques. Mais c’est principalement sur l’adoption de la famille des saxhorns, que la commission fonda de hautes espérances. Ces instruments, qui endurassent chrornatiquement une vaste échelle de l’aigu au giave, fournissent, suivant l’ingénieuse ohseivation faite par M. Adolphe Sax, dans son mémoire, un fond, un noyau de la nature du quatuor vocal, au moyen duquel tous les intervalles harmoniques sont parfaitement remplis; avantage essentiel qui manquait autiefois à la musique militaire. Ainsi que la commission avait eu lieu de le leconnaître, et comme l’a fort bien démontré aussi M. Adolphe Sax, les bugles à clefs sont d’une qualité de timhi e très-inégale, et sont cpielquefois même excessivement faux. Il n’est donné qu’à un virtuose de premièie force de les rendre supportahleîf. Quant aux bugles à pistons, l’inconvénient qu’on est fondé à leur reprocher tout d’abord, c’est de ne pouvoir être construits dans des proportions convenables; de plus, le système des pistons engendre des angles à l’intérieur du tul)e, lorsque les |)istons sont au repos; et quand on les fait jouei*, le nombre de ces angles s’en accroît d’autant par chaque piston , ce qui dénature le son complètement. A côté

<le ces (leux espèees de bngles, d’un système fort défectueux, comme ou vient de s’eu convaincre, se présente l’instrument nommé /liigelhorn , à Vienne, et bugle à cylindres^ à Bruxelles. Le principal defaut de ce deiniei est de pi oduiie deux angles à chaque cylindre qu on fait mouvoir poui changer de ton; de sorte qu’en se servant des trois cylindres, on a six angles. Il est bon de remarquer ensuite que le mécanisme en est d une fragilité extième: la pluie comme la poussière le mettent en désairoi. 11 s’use d’ailleuis rapidement; le plus ])etit effort suffit pour le derangei’ et l’empêcher de fonetionner; enfin , si, par hasard , un des ressorts ou supports vient à se casser, ou simplement à se détacher, il ne faut rien moins (pTun facteui’, un horloger ou un mécanieien doué cl une assez grande habileté, pour lemettie cette petite pièee en état. Il existe au.ssi d autres systèmes encore plus imparfaits, dont il estinutilede parler. La commission, après toutes les expériences nécessaires, resta convaincue cpie le système de M. Sax ne présente aucun de ces défauts , et (ju’il est au contraire le plus simple de tous, le jdus solide, et principalement celui qui conserve le mieux au son sa qualité naturelle, en ce qu’il n’offre aucun angle à l’intérieur du tube, soit (jii’on maintienne les cylindres au repos, soit cpTon les fasse fonctionnel’. En effet, dans le premier cas, le tube passe à traveis les cylindres, droit comme si l’instrument était simple; dans le second, l’action des cylindres ne pioduit d’autre effet quecelui d’un changement de ton (dit corps de rechonge). Ce système de cylindres est applicable à tous les instruments de cuivre.

La commission, considérant que le nombre actuel de (piarante-cincj musiciens est insuffisant pour former une bonne musique militaire d’infanterie, proposa, dans son rapport au ministre, de la porter à cinquantecinq , y compris la batteiie et les élèves. Elle fit observer que ce chiffre ne présentait qu’une augmentation de dix élèves, c’est-à-dire, à peu près trois de plus par bataillon, et qu’il n’égalait pas encore celui des musiques étrangères. Elleajouta qu’elleen regardait d’ailleursTadoption comme indispensable à la compositi(3n d’un ensemble instrumental digne d’un pays tel que la Fiance. Considérant en outre qu’il y a également pénurie dans les autres corps de miisicjue militaire, elle demanda cpie le chiffre des exécutants fiil porté à trente-six, pour les musiipies de cavalerie, comme pour celles des c/ntsseurs ; déclarant cpie des motifs longuement discutés, (piant

LIVUE DEUXIEME.

;m cl)oi\ , à la réunion el à la combinaison des inslrumenls, avaient provoijue celle demande, que suffiiait à juslifier pleinement d’ailleurs l’exemple des autres nations de l’Europe, dont les musiques militaires, beaucoup plus nombreuses (pie les nôtres, atteignent, et dépassent souvent même, ainsi (pie nous avons eu plusieurs lois occasion de le dii e, le chifiVe de soixante-(piatorze instrumentistes. En consé(}uence, la commission émit le vœu que la répartition du personnel fût arretée de la manièia* suivante :

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