TROISIÈME
l'E\ÉCl!TII)\ DE 1,4 MUSIOEE MILIÏ4IIIE.
La luiisifjuc iiiililaiie doit en généial affecter des allures mâles et sévères , graves et martiales, solennelles et éclatantes; mais il y a telles circonstances où elle peut être vive, allègre, voiie même enjouée et gracieuse. Destinée avant tout à des liommes poui-la plupart dépourvus d’éducation musicale, il faut qu’elle soit mise à leur poitée, tout en restant fidèle aux règles de Fait, c’est-à-dire en conservant une certaine valeur artistique, l.a simplicité dans la forme, et la franchise dans l’idée, voilà les meilleurs moyens d’atteindre ce but. Elle sera donc d’une mélodie naturelle, sans trivialité comme sans affectation , d’un caractère fei ine et d’un rlivlhme nettement accusé. Sous le rapport de l’harmonie , elle évitera les modulations extraordinaires et l’emploi trop multiplié désaccords dissonants. Ainsi que nous l’avons déjà inféré, le style doit, en général, se maintenir dans des formes simples et nalinelles; on renoncera dès lors à V faire usage des artifices compliqués du contre-point double; car il ne faudrait pas moins de tact et d’habileté que de science et de goût, pour recourir sans ])é!‘il à de pareils procédés, et pour arriver’ a j)ioduire, pai’
f'xernple, une marche aussi claire et aussi intelligible que l’est celle des
guerriers dans l’opéra de Virginie^ de Berlon, laquelle a été traitée |)ai le célèbre maître en manière de fugue.
Autrefois on ne pouvait guère donner le chant qu’aux clarinettes ; elles tenaient , dans la musique militaire, à peu près le même rang que les violons occupent dans l’orchestre; mais aujourd’hui, grâce aux nouveaux instruments de M. Sax, avec lesquels tout peut s’exécuter et devient même facile à rendre, (juels que soient d’ailleurs et leur diapason et leur timbre, on aura l’immense avantage de pouvoir faire passer à volonté léchant d’une partie à rauti’e,et cela dans toute l’étendue de l’échelle musicale, les basses ayant la faculté de chanter aussi mélodieusement que les sopranos et les altos. Une (|ualité non moins précieuse de ces instruments, c’est riiomogénéité qu’ils communiquent tout à coup aux orchestres mililaires foimiés, il y a peu de temps encore, d’éléments si dissemblables; comme M. Sax a procédé pai‘ familles dans l’institution de ces instruments, les divers membres de ces familles instrumentales se relient si admirablement l’un à l’autre, de l’aigu au grave, qu’ils réalisent une fusion des plus satisfaisantes pour l’oieille, sans que, pour cela, on cesse de percevoir le timbre propre et la voix particulière à chacun d’eux. En définitive, c’est un ensemble comparable à celui qu’offrirait, sur un théâtre, la composition d’une troupe de chanteurs d’élite. Avec l’ancien système, vous n’aviez qu’une réunion d’artistes médiocres; avec le système actuel , vous aurez un concert de virtuoses. Quel motif d’encouragement et quelle chance de réussite pour le compositeui- !
Bien que l’on puisse tout exécuter avec facilité et justesse sur les nouveaux instruments de M. Sax, il est bon de respecter, dans les figures mélodiques, le caractère qui convient au diapason de l’instrument. Tel trait, tel dessin , qu’on peut confier aux instruments aigus ou du médium, devient ridicule, s’il est roucoulé par des voix graves. En cela, il n’y a pas de meilleur guide à suivre que le goût et le bon sens.
Pour ce qui concerne la musique turque (grosse caisse, cymbales, triangle, etc.), il est impossible de nier qu’elle ne soit parfois d’un excellent effet, en ce qu’elle accuse vigoureusement le rhythme et caractérise parfaitement le genre de la composition (i). Il faut se garder cependant
(i) Quelques auteurs ont donné des raisons puériles de l’adoption, dans la musique mili-