‹ Manuel general de musique militaireChapitre 146 sur 229 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

(leii taire abus : cjiie de (bis n’avons-noiis pas entendu des musifjues de ré^irnents dans lesquelles le fracas incessant de la grosse caisse et de son entourage assourdissait tellement rauditeui’ et mas(|uait de telle sorte \v dessin mélodi(jue confié aux auties instruments, (ju’à une cei taine distance on eût dit un de ces grotesques concerts, comme on en entend exécuter sur les tréteaux des foires, ou pendant le défilé d’une mascarade. Les exécutants de la bande turque, qui accomplissent ce cbarivari, semblent d’ailleurs prendie plaisir à en exagérer l’effet; car ils frappent à tour de bras sur leui* instrument, comme s’ils mettaient tout leur orgueil à écrarer le reste de leurs camarades concertants. Aussi est-il un conseil que nous nous permettons de donner aux compositeuis jaloux d’obtenii* pour leurs œuvies une exécution raisonnable : c’est de ne jamais manquer d’indiquer, poin- les instruments de percussion, une nuance d’intensité inférieure à celle qu’ils désirent, par exemple, forte pour fortissimo^ mezzo FORTE \)0\xv fortc^ PIANO poui' Hiezzo foi'te ^ et ainsi de suite. Nous avons constamment mis ce procédé en usage, et nous en avons toujouis obtenu le résultat que nous soubaitions.

C’est grâce à cet abus des instruments de peicussion , à cette prédilection maïquée pour le fracas delà grosse caisse et le clin((uant des cymbales, ti'iangle et clochettes, que fAllemagne a souvent accusé notie musique militaiie d’étie tout à la fois vide et bruyante; repiocbe qui, force nous est aujouid’hui d’en convenii', n’était pas toujours dénué de fondement.

On sait (jue, dans la con)position des morceaux de musique militaire, il faut avoir égard à trois systèmes d’organisation instrumentale: le premier

taire, des instruments de la bande turque. Ils se sont imaginé (jue ces instruments devaient servir uniquement à y rappeler les différents bruits de guerre. Ainsi , les coups de la grosse caisse et les roulements des tambours seraient destinés à jieindre le bruit du canon et celui de la fusillade. D’après cela, les cymbales, le triangle , le chapeau chinois, u’aurai»‘nt egalement d’autre but que d’imiter le clitpietis des armes blanches, comme si la [)lupart de ce.-, instruments n’avaient pas été employés dans un temps où l’on ignorait encore l’usage des armes à feu. Il est vrai que l’emploi de la grosse caisse, des tambours et de quel(|ues autres instruments bruyants a fourni quelquefois des procèdes à la musique imitative, pour rc-présenter le tumulte d’une bataille, les coups de canon, etc.; mais cela ne donne point lieu de motiver, d’une manière aussi absolue, leur introduction dans 1 orchestre militaire.

|)<)ur l’infanlerie, le second pour les eliasseuis ou voltigeurs, le lioisième j)our la cavalerie.

LV)rganisation de rinfanlerie est lapins riche et celle qui olliele plus de ressources aux compositeuts, laul pai‘ le uoiubre des artistes que j)ar la variété des iustruiueuts.

L’organisation des chasseurs et des volligcuis, de niême que celle de la cavalerie, qui n’admettent qu’un nombre bien moins considéiable d’exécutants, se trouvait léduite dans l’ancien système à fort peu de chose; mais actuellement, par l’adoption des instruments de M. Sax , dont nous avons déjà eu l’occasion d’appréciei' l’homogénéité et la variété, cette organisation se trouve avoii' accpiis une giande importance, et pouira se prêter aux effets les plus l^rillants. Il est seulement à legretter cjue la cavalerie ne ])ossède point d’instiuments de percussion, et qu’on ait cru devoir, pai- des motifs sans doute puissants, maintenir la suppiession des timbales, cet instrument qui a été employé dans presque tous les temps , et dans piesfjue tous les pays comme instrument de guerre ou comme instiument d’honneur, pour le service de l’ai niée comme pour le service <lu ])rince (i).

La musifpie militaire comprend :

Les marches.

Les fanfares.

Les symphonies et divertissements militaires.

Les marches ont poui- objet d’accompagner le défilé des troupes, de régler le pas des soldats. Il y a plusieurs espèces de maîcbes qui diffèrent entie elles de mouvement et de caractère, et dont chacune s’emploie dans certains cas spéciaux,

La marche ordinaire, pas ordinaire ou marche proprement dite, est la plus lente et s’écrit prescpie toujouis h ([^ maesloso {'i). On y a principalement recours dans les exercices, revues et parades.

La marche double oit pas redoublé, qu’on appelle souvent aussi /yr/.»

(1) Plusieurs écrivains aliftnands et français, dans des articles récents, ont reclame avec raison contre la suppression des timbales dans la musicpie militaire.

(2) On a quelquefois essayé d’écrire des marches à trois temps, mais sans beaucoup de succès, si ce n’est toutefois à l’égard des marches religieuses, d’un mouvement très-lent.

\A\\\K nKUXIEMK.

(icci'lcré ^ est une fois plus lapide tpie la marche ordinaire, ('/est de toutes les marches la plus commune, et celle (pii s’applicpie au plus "land nombre de cas. Elle sVci'il d’oidinaire à j dllc^ro, ou bien encore à La marche ordinaire a plus de solennité, le pas redoublé ou marche double* plus d’entrain. Les Français furent, dit-on, les premiers à employer la seconde.» [.es mouvements de ces deux marches, observe \T. Castil-Blaze, sont « si bien ajustés, cpie quand un régiment défilant au pas double, et au ;♦ son de la musique, passe devant un poste dont les tambours battent aux « champs, et par conséquent dans la mesure de la marche, le rbytbme » grave des tambours s’accoide parfaitement avec la mesure rapide et le f rbytbme pressant de la musique. Cela est tout simple: la musicpie joue « deux mesures, tandis que les tand^ours n’en frappent qu’une. » Cet effet, ajoute M. Castil-Blaze , n’est pas sans agrément pour une oreille exercée.

.\près le pas redoublé vient la c/idr^c ^ qui s’exécute dans un mouvement encore plus rapide. Son nom indicpie assez son usage; on s’en sert, en effet, pour toutes les attacpies, soit en fondant sur l’ennemi, soit en montant à l’assaut.

La est encore un pas redoublé d’un i bytbme et d’un caiacteie

particuliers.

Fres(|ue tous les peuples, excepté nous, ont des nidrches du drdpeAiu. Cette espèce de marche s’emploie d’ordinaire pour aller chercher le drapeau et pour le rapporter. Sa physionomie est simple, quoique vive et éclatante; son mouvement est celui du pas redoublé. En Danemark, en Prusse, en Autriche, et dans plusieurs autres contrées, il y a un morceau de musique spécialement consacié à cet usage. En France, on prend le jjiemier pas redoublé venu.

La marche funèbre fait enlendie ses tristes accents au convoi des guerliers morts pour la patrie, et en général dans toutes les céiémonies funèbres. Elle s’écrit ordinaiiement dans le mode mineur et dans un mouvement assez lent. Certains instruments, tels(|ue les cuivres, certains procédés d’orchestre, tels que l’emploi des caisses et tambours voilés; enfin, l’adjonction d’un tam-tam sur lequel on frajipe à intervalle des coujis isolés, tout cela vient contribuer à lui imprimer le caractère (jui lui est propre. Tout le monde connaît la célèbre marche funèbre de Beethoven ,

:m MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.

sur la morl (rmi liéios, cjui fait partie de la syiriplioiiie lieroï(|ue (tj; lien lie peut donner une pins juste idée de la couleur et de 1 expression qui conviennent à une composition de ce genre, que ce chef-d œuvre incomparable de Tardent et profond Beethoven.

Dans Tinfanterie, les marches militaires s exécutent soit avec les tambours, soit au moven d’un instrument a vent (pour les chasseurs), soit enfin avec une musique complète. Fort souvent le tambour accompagne les instruments et marque le rhythme. Ainsi cpie Ta fort bien démontré le mai écbal de Saxe, dans ses Rweries , l’effet des tambours ne se borne pas a nn vain bruit sans utilité, mais, selon tpie le mouvement en est ou plus vif ou plus lent, ils portent natni ellement le soldat à presser ou a ralentir le pas. Il y a donc telles circonstances où il est indispensable de joindre le tambour aux autres instruments. Dans la charge, par exemple, les coups secs et rapprochés des tamliours poussent en quelque sorte le soldat en avant, et finissent par se confondre en un roulement qui convie les bruits du combat, le cliquetis des armes et les plaintes des blessés.

Il est fLicheux (pie les maicbes ne soient plus accompagnées par des fifres (petite flûte); à notre sens, Rousseau avait bien raison d’y tenir. On verra, dans l’appendice de cet ouvrage, que toutes les batteries des Prussiens sont accompagnées par cet instrument. Les fifres produisent, en

(i) m. Fétis, dans sa. B iograp/iie umverselle des musiciens^ a rapporté les circonstances tlans lescpielles on assure (|ue Beethoven conçut le plan de cette symphonie, l’une de ses plus Belles créations. On était alors en 1804. Le génie de Bonaparte, le prestige de sa gloire, causaient une vive sensation dans les ]iays même où il comptait le plus d’ennemis. Beethoven , quoique bon Allemand et plein d’attachement pour le gouvernement de l’Autriche, n’avait pu se défendre d’admirer sincèrement le premier consul, auquel il prêtait des sentiments d’abnégation jtersonnelle et de dévouement à la patrie, qui réalisaient à ses yeux l’idéal du caractère d’un héros. Comme témoignage de son admiration, il voulut que la symphonie qu’il venait de commencer portàtle nom Bonaparte ; mais l’avénement an trône <lu premier consul ayant fait, de Bonaparte, Napoléon, une réaction complété s’opéra dans les idées de l’illustre artiste. Aussitôt qu’il eut appris cette grande nouvelle , considérant son héros comme déjà descendu dans la tombe, pai ce qu’il ne voyait plus en Ronapai te qu’un ambitieux ordinaire, il lit remplacer le mouvement héroïcpie et triomphal par la marche funèbre (]ui forme maintenant le second morceau de la symphonie, et substitua à cette simph' inscription : Bonaparte^ celle-ci : Sinfonia eroica per festeggiare il sowenire d’un graw/’wowo ; Symphonie héroïque pour honorer la mémoire d’un grand homme.

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