ESQUISSE D'UNE UISTOIHE DE U MUSIQUE MILITAIRE
I^a musique est aussi ancienne que le monde : en même temps que l’homme cheichait à se créer un langage pour exprimer ses sentiments, il essayait de formuler avec son propre organe, ou de produire, au moyen d’agents extérieurs, certaines combinaisons de sons qu’il retrouvait par analogie dans la natuie, ou plutôt dont la Divinité avait placé en lui le merveilleux instinct. La musique n’est donc pas uniquement un produit de la civilisation : elle existait chez l’homme primitif comme elle existe encore aujourd’hui chez le sauvage, cet autre enfant de la nature.
Pourquoi la musique est-elle le plus ancien , le plus universel de tous les arts? Parce que, de tous les aits, c’est le seul peut-être qui exerce sinnotre "ame et sur nos sens une action directe, et en quelque sorte immédiate. Pourquoi occupe-t-elle une place si irnpoi tante dans l’histoire des peuples? Parce qu’elle n’est pas seulement projire a éveiller en nous d’a-
t MANUEL GÉ^ÉllAL DE MUSIQUE MILITAIRE.
[léahles sensalioiis et à nous procurer un déîassenienl passager, mais
ipi’elle a encoi’c le pouvoir de developpei* les affections les plus puits, les plus durables, les plus nobles, et paifois les plus sublimes; parce (|u’en un mot elle est un ai l d’utilité au moins autant qu un art d agrément.
Ce (pii permet avant tout de la considerei' comme un ai t éminemment utile, c’est la suprême faculté qu’elle possède de faire naître les senti- ^ ineius beirKjueux , de réveiller le courage, d’exciter la bravoure, d inspirer, à Ic^us ceux qui combattent pour la patrie, une noble émulation , un saint enlbousiasme , et de substituer dans leur âme, a la crainte du péril, a l’idée de la mort, à toutes les vagues et funestes apprébensions auxquelles ils pourraient s’abandonner au moment du danger, une ferrnete inébranlable, une confiance salutaire, et celte généreuse exaltation, celte sublime intrépidité qui fait les héros et assure la victoire.
La ’musicpie n’a cependant pas pour unique objet d’enflammer le combattant et de l’aider à vaincre : dans la manœuvre, c’est elle (jui règle le pas et détermine les évolutions ; dans la marche, c’est elle qui soutient le soldat, qui soulage ses labeurs, (pii le repose de ses fatigues; loin du champ de bataille, c’est encore elle qui vient charmer ses loisirs et lui faire oublier la monotonie allacbée à l’existence de garnison. Enfin, (311 a généralement remarqué que le cheval même, ce fidèle compagnon de l’homme d’armes, n’est pas moins sensible ni moins attentif à ses accents.
Pour opérer de tels prodiges, il faut que la musique ait un bien grand pouvoir, et dispose de moyens énergicpies qui lui permettent d’agir aussi bien sur le physique que sur le moral de l’homme. On découvre facilement comment elle jiarvient à réaliser ce double phénomène. En effet, si les sons, considéiés abslraclivement par rapporta leur émission simultanée, ou par rapport à leur timbre, s’adressent surtout à l’âme, le rbythme , il faut bien le reconnaître, tend à fortifier l’impression première en communiquant a nos organes une sorte d’ébranlement et d’impulsion dont les plus insensibles ne peuvent se défendre. Cela est tellement vrai, tpie sans le secours du son musical, de la phrase mélodi(pie proprement dite, le rbythme suffit pour ebranler les masses et les mettre en mouvement. Lors donc (pie ces deux éléments se trouvent réunis, (juelle puissance n’ac- (piièrenl-ils pas l’un par l’autre, surtout si la variété des timbres et des harmonies vient leur prêter de iu3uvelles forces !
LlVPxE PREMIER.