LIVRE l’KEMlE.R
Les souvetaiiis, les législateurs, les guerrieis et les philosophes de Ions les temps et de tous les pays avaient bien remarcjué cette action de la musicpie sur le soldat, et savaient la mettre à piofil dans les circonstances les plus graves. Aussi, à (piehpie éj)oque et dans quehpie contrée (pie ce soit, voit-on la mnsicpie intervenir an sein des armées : ici, rude, inculte et grossière, se traduisant par des cris sauvages , pai* des chants hi/.arres, par des bi iiits étianges, par des instruments discords ; là, choisie, l églée et a[)piopiiée à sa destination, pleine d’harmonie , de charme et de solennité, faisant appel, en un mot , à toutes les ressomces de l’art pour mieux atteindre le but, selon qu’il s’agit d’une ère de barbarie ou d’une ère de civilisation.
On peut diviser la musique militaire :
l En mnsicpie insti’iimentale ,
•2° En musique vocale,
3° En musique vocale et instrumentale.
La piemière n’enq:)loie (pie des instruments isolés ou léunis.
La seconde comporte tous les cbants et hymnes sans accompagnement d'instruments.
La troisième conq:)rend , an contraire, toutes les poésies chantées avec un accompagnement instrumental.
Une autre combinaison s’offre encore: c’est celle où la danse s’unit a l’nn des genres précédents. Car il ne faut pas perdre de vue (pie la plupart des nations, ainsi ([ue nous aurons par la suite l’occasion de le démontrer, faisaient également servir la danse à l’éducation des gueiriers et des citovens. Aussi n’est-il pas rare de voir la poésie, la musicjue (i) et la danse
(ij La poésie, la nnisi(jiie et la danse semblent avoir une origine commntie (jui remonte à la plus haute antiquité. Le mot rnush/ue (du grec [j-oucixt, , art des MnseS; était meme un terme générique dont la signification embrassait, non-seulement tout ce que nous entendons aujourd’hui par ce mot, mais encore la poesie , la ])einliire et la danse, autrement dit la réunion des arts en général. Les anciens ne voulaient-ils pas indiquer pai là (]ue la musique résume à elle seule l’essence de tous les autres? Aristide Quintilien la définit : L'art du beau et de la décence dans les voix et dans les msti unients. Athénée, en parlant de la musique des anciens Arcadiens, dit (|u’elle comprenait la ])üésie, le chant et la danse. Dans \' Alcibiade de Platon , on trouve ce passage eiicoie plus explicite . » Soiiatt. « Dis-moi.. . quel est l’art aiupiel appartiennent la [>oesic, le chant et la d.mse? Ne sau-
appelées à jouer simultanément un rôle clans les actes de la vie militaire, et se prêter un mutuel concours pour donner aux hommes le goût des vertus belliqueuses.
Si l’on veut remonter juscpi’au temps ou l’histoire, cachee sous le voile de l’allégorie, n’a pas encore revêtu ce caractère d’authenticite c|ui bannit le doute et inspire la confiance, c:>n peut déjà recueillir d’eclatants témoignages de l’empire universel cjue l’art musical exerça dès la plus haute antiquité. Nommer entre autres Minerve, Apollon , Mercure, Pan, Bacchus , Orphée, Arion, Marsyas, AnqDhion , Linus , le géant liiton, cesl évoquer le souvenir de maints lécits fabuleux, embellis par l’imagination des poëtes. Mais cpiand l’autorité du livie écrit succède aux incei’titudes de la tradition, ou aux brillants caprices de la Muse, ces exemples, de confus et cje clair-semés qu’ils étaient, se montrent tout à coup en si grand nombre et avec une telle apparence de vérité, cju’il y auiait de l’aveuglement, sinon de la mauvaise foi, à en méconnaître l’importante signification.
Au livre des Nombres, chapitie dixième, l’Écriture sainte consacre en (pielque sorte l’usage de la musique militaire, et l’emploi de cei tains instruments pour donner des signaux. Les deux trompettes d’argent massif dont il est question dans ce passage servaient à convo(|uei* le peuple et à faire lever le camp ( i). Pour appeler les Israélites à l’entrée de la tente d’assignation ou tabernacle, on sonnait en même temps des deux trompettes. On ne sonnait que d’une trompette quand les chefs seuls devaient
'< rais-tu ni’en indiquer le nom? — Alcibiade. Je ne le puis. — Socrate. Essaye de le trou- « ver. Quelles sont les déesses qui président à cet art? — Alcibiade. Veux-tu parler des (■Muses, Socrate? — Socrate. Oui, sans doute : cherche quel est l’art (pii leur emprunte « son nom. — Alcibiade. N’est-ce pas la musique? — Socrate. Tu l’as nommé. »
La musique comprenait aussi les sciences, comme l’attestent certains passages de la République de Platon; et quand Pythagore dit que l’univers est organisé selon les proportions les plus exactes de la musique, il entend parler des proportions physiques et mathémati- (pies. Dans le moyen âge, on cultivait encore la musiipie comme une branche des sciences exactes.
Enfin le mot musique , pris dans son accejition la plus étendue, était, chez les anciens, synonyme d’ordre et d’harmonie. C’est pounpioi les auteurs grecs l’ont quelquefois employé pour ex|)rimer l’ordre parfait qui était observé dans une armée rangée en bataille.
(i) INombres, chap. x, v. 1-2.