LIVRE PREMIER
Pour en revenir à la cornemuse, les Irlandais, de même ((ue les Écossais Calédoniens, s’en sei vaient pour exciter l’humeur guerrière des troupes. Au temps d’Édouard III, les soldats de cette nation en faisaient déjà usage dans ce but : témoin l’Irlandais, joueur de cornemuse, qui accompagna le roi d’Angleterre jusqu’à Calais. Plusieurs au lies exemples attestent l’existence de cette coutume dans les quatorzième, (piinzième, .seizième et dix-septième siècles. L’une des planches de l’ouvrage de Derrick sur l’Irlande (Londres, 1 58 1) donne le portrait d’un joueur de cornemuse. Il v est représenté dans le costume du temps, tenant son instrument et marchant à la tête d’un corps de soldats irlandais. L’épée que porte aussi ce ménestrel prouve qu’il lui arrivait parfois de jouer sa partie d’une tout autre manière dans les combats. Il est encore fait mention de la cornemuse à l’occasion du traité de Limerick, en 1691. Galilée dit qu’elle ne servait pas seulement à éveiller le courage des troupes au moment de marcher sur l’ennemi, mais qu’on l’employait aussi dans le cortège funèbre des guerriers pour attendrir les assistants sur le sort de ces infortunés, et engager leurs frères d’armes à leur payei' un juste tribut de larmes et de regrets.
Les Irlandais exécutaient au son des instruments leur chant de guene favori qu’ils appelaient ou pharrogh. Cette chanson, comme celle de Roland chez les Français , célébrait les actions d’un ancien héros nommé Pharroh , espèce de géant dont le peuple se plaisait à redire les merveilleuses prouesses.
C’est aussi en mariant les voix aux sons d’un instrument que les Ecossais marchaient au combat. Leur instrument guerrier de prédilection a toujours été la cornemuse {Jmgpipé). De temps immémorial ils en ont fait usage, et n’ont jamais pu s’en passer que difficilement. A la bataille de Québec, qui eut lieu en lySq, pendant que les troupes anglaises se retiraient en désordre, le général se plaignit à un officier supérieur de la conduite peu courageuse des soldats écossais. « Monsieur , lui répondit l’officier avec chaleur, pourquoi leur avez-vous retiié les instruments dont ils accompagnent habituellement leur chant de guerre? Rien n’encourage autant les Écossais du haut pays dans un jour de bataille, et, certainement, à présent même ces instruments seraient encore utiles. » Les raisons de l’officier ayant été admises, on en reconnut bientnl
ia justesse. A peine les troupes eurent-elles entendu le son des cornemu ses, que le chant de guerre retentit, et que les Écossais, se retouinanl, vinrent gaiement se former à l’ai rière-garde. Les Écossais avaient des moi ceaux de musique guerrière dans lesquels ils cherchaient à leproduiie l’image des combats. Ces morceaux, appelés pihî'och, offraient des tiansitions rapides d’intervalle à intervalle, de fréquents changements de tons, parfois même des irrégularités dans le retour des cadences; mais on assuie rpi’il y avait dans cette harmonie tourmentée quelque chose de si entraînant, que l’auditeur, embrasé <du feu de l’héroïsme, ne pouvait resistei au désir de combattre. Bien que l’usage de la cornemuse soit généralement tombé en désuétude de nos jours chez les Anglais, ils admettent quelquefois encore ce genre d’instrument dans leur musique militaire; plusieurs régimentsen ont eu de nos jours, entre autres 1072*^ de ligne. Un écrivain anglais rapporte que pendant le repas donné parla reine Victoria a S.M. Louis- Philippe, au château de Windsor, un joueur €le cornemuse entra dans la salle et en fit le tour en soufflant de toutes ses forces dans son instrument. Loin de blâmer l’apparition de ce musicien , au milieu du festin royal, ainsi que l’auteur anglais se croit fondé à le faire, sous prétexte que les sons de la cornemuse devaient offenser l’ouïe délicate des illustres hôtes, nous la considérons comme une manière ingénieuse de rappeler, dans ce qu’ils ont de glorieux, les antiques usages de la nation, le bruit de cet instrument de guerre étant de nature à évoquer le souvenir des actions belliqueuses qu’il avait pour but de faire naître ou d’encourager.
Les Anglais prétendent que leurs marches les plus anciennes sont dignes d’admiration, et qu’elles se distinguent par un caractère de noblesse et de gravité que sont loin de posséder les marches françaises, généralement vives et alertes. Sans nous arrêter à discuter le genre d’expression (pu convient le mieux aux morceaux destinés à régler le pas des soldats, nous rapporterons ici quelques-unes de ces anciennes marches, laissant le lecteur libre d’en juger.