‹ Manuel general de musique militaireChapitre 67 sur 229 · EXÉCUTAIENT LEURS CHANTS GUERRIERS · texte numérisé non relu

EXÉCUTAIENT LEURS CHANTS GUERRIERS

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Dans tout ce que nous avons rapporté de l’application des instruments aux differents usages militaires des Anglais, il a été plus souvent question des trompettes que des tambours. C’est qu’en Angleterre , comme en Lrance, l’adoption de ces derniers, sous la forme à nous connue, appartient à une époque plus récente (i). On voit déjà les tambours proprement

(i) Voyez, plus haut, sion dans les premiers

ce (jiie iH)us avons dit au sujetde l’emploi des instruments de temps du moyen âye.

perçus-

(lits intervenir assez souvent au seizième, et surtout au dix-septième siècle.

I.’un de nos meilleurs écrivains, M. Philarète Chasles, dans une de ces narrations c|u’il a le secret de rendre si attachantes par toutes les (jualités d'un style nerveux, riche et coloré, a initié le lecteur aux habitudes mystiques des soldats de Cromwell. « Tantôt, dit cet écrivain, ils font halte « pour prêcher, tantôt ils chantent des psaumes en faisant l’exercice. On « entend souvent les capitaines crier : Enjoué! feu ! au nom du Seigneur!... rt 11 y a des sergents qui ne font jamais l’appel de leurs hommes qu’en ré- « citant le premier chapitre de saint Luc, ou le premier livre de la Genèse;

Au commencement , Dieu créa le ciel et la terre . Au, c’est le premiei'

« homme; commencement, c’est le second, et ainsi de suite. Chaque rou- « lement de tambour portait aussi un nom biblique. — Faites battre, dite sait un capitaine, le rappel de saint Matthieu ou la générale de l’Apoca- <( lypse. ««Un soir, ajoute peu après M. Philarète Chasles, auprès d’York « une troupe de cavaliers chantait, en suivant sa marche, des couplets sa- « tiriques. Un corps de puritains passait à peu de distance chantant sur « le même air les psaumes de David. Les deux troupes en vinrent aux (( mains, toujours en chantant, et se battirent avec tant de fureur, qu’il « n’y eut que des morts et pas de blessés (i). »

D’autres fois c’était après la victoire que retentissait l’hymne sacrée. Le 2 septembre i65o, Cromwell, se trouvant aux prises avec les troupes de Lesley, général de l’armée écossaise, voit bientôt tomber trois mille bommes sur la place. Étonné lui -même de sa victoire, Cromwell s’écrie : « Ils fuient ! je jure qu ils fuient! — Halte , dit- il alors, chantons le psaume cent dix -sept! Et, pendant que le soleil levant jetait son premier « rayon sur la mer, poursuit M. Philarète Chasles, pendant que la cava- « lerie puritaine accourait de toutes parts au bruit du clairon, qui lap- « pelait autour de son chef, le puritain armé chantait ces vieux vers cal- « vinistes dont le mètre est aussi suranné que le langage, et que douze « mille hommes répétaient en chœur :

« Oui! pour nous, toujours le Seigneur « Fut bon dans sa magnificence;

I Charles /«»■ , sa cour et son parlement ,\\v, in, cliaj). /j.

i4o MANUEL GENERAL DE MUSIQUE MILITAIRE.

<< Les ennemis de sa grandeur « Disparaissent en sa présence.

« Nations, louez le Seigneur !

« Que toujours ceux qui le haïssent,

« Comme aujourd’hui pleins de terreur,

« Devant son nom s’évanouissent (i)!

Dans (les temps plus modernes, les armées anglaises, profitant comme les maires des progrès cpie firent l’instrumentation et la fabrication des instruments en Europe, ajoutèrent aussi peu à peu quelques instruments nouveaux à la composition de leur musique. Les Anglais, on lésait, ne repoussent point les innovations, et accueillent avec bienveillance les novateurs. Naturellement portés, par l’esprit de comparaison et d’observation qui leur est piopre, à se tenir au courant des améliorations et des découvertes utiles, iis ont souvent aidé les premiers à défricher certaines parties laissées arides et incultes dans le domaine des sciences ou des arts. Les nombreuses relations de voyages qui ont été publiées, et qui se publient encore journellement dans leur pays, témoignent en outre de l’importance qu’ils attachent à être instruits de tout ce qui concerne les nations même les plus éloignées de nos contrées. C’est au dix-huitième siècle que ces exclusions vers de lointains parages commencèrent surtout à devenir fréquentes. Au reste, les Anglais ne furent point les seuls qui s’y livrèrent avec ardeur. Des Français, des Allemands, quittant leur patrie, marchèrent aussi à la découverte, et cette rage d’explorations aventureuses donna lieu à la publication d’une multitude d’ou vi ages savants et utiles, auxquels nous devons recourir pour connaître certaines particularités lelatives au sujet (jui nous occupe. Nous ne suivrons point ces hommes intrépides partout où ils ont marqué leur présence; nous leur demanderons seulement quel- (jues renseignements propres à nous donner une idée de la musique et des instruments militaires en usage chez certains peuples dont les mœurs et les coutumes diffèrent totalement des nôtres, et, pour être dispensé de revenir plus tard sur cet objet, nous consignerons immédiatement ici le résultat des observations qui ont été faites à cet égard depuis le siècle dernier jusqu’à nos join s.

(i) Documents nouveaux sur Olivier Cromwell ^ par Philarète Chasles. Revue des Deux- Mondes, xvU année ^ liviaison du i5 février 184G.

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