LIVRE PREMIER
En Chine, la musique militaire a peu varié depuis l’épo(jue à laquelle se termine notre récit, dans la piemière partie de cette esquisse, (|ui concerne les peuples de l’antiquité. Dans les premieis siècles de notre èie, sous le règne de Ngaiti , la musique du palais fut réformée pour cause d’abus et de dégénérescence, et les musiciens furent destitués; mais la déclaration impériale porte qu’il n’y aurait rien de changé à la musique militaire,
y est-il dit en termes exprès, ce sont là choses approuvées par les lieres sacrés Tay-tsoung, qui monta sur le trône l’an ôaô, jaloux d’imiter le célèbre Ou-wang, dont nous avons déjà parlé, fit composer une musique pour être exécutée pendant qu’on rangeait l’armée en bataille. Il institua en outre une danse guerrière que devait accompagner une musique analogue, afin d’inspirer aux soldats des vertus héroïques (2).
Les Chinois ont des idées étranges sur l’efficacité de la musique à la guerre, et, en pareil cas, lui reconnaissent un double pouvoii'. En effet, tandis qu’ils en usent pour soutenir leur propre courage, ils pensent cju’il y a moyen de la faire servir à énerver celui de leurs ennemis. « Répandez, dit Young-tcheng, parmi les ennemis quelques airs d’une mélodie voluptueuse qui leur amollisse le cœur, et envoyez-leur des femmes pour achever de les corrompre. »
Les principaux instruments de musique militaire des Chinois sont les suivants :
1® Le tam-tam ou gong-gong appelé grand bassin de cuivre qu’oii frappe avec un marteau de bois ou simplement avec un bâton. (Vovez PL IV, fig. 7.) Cet instrument sert à donner différents signaux indiqués pai les différentes manières de le battre. Pour les marches et pour les signaux relatifs à l’accélération ou au ralentissement du pas, on le frappe modérément vers le centre, en laissant entre chaque coup l’intervalle d’environ (|uatre ou cinq secondes. Mais quand il s’agit de réclamer une obéissance prompte, ou bien d’imprimer aux soldats une résolution courageuse en les étourdissant sur la gravité du péril, on commence par frapper un coup vigoureux dans la petite cavité ou enfoncement qui se trouve au centie du tam-tam, puis, immédiatement après ce premier coup, on en frapj)e
i) Nien-Ngan ^ recueil impérial, traduit par Hervieu, dans Du Hal(lc,\.o\\\(i 11, ()age/»ü5. 3t) Li-Koang-ti, traduit par Amiot.
i42 MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.
im second, mais si mollement, que le maillet ou la baguette doit à peine toucher: on frappe ensuite plusieurs coups en augmentant progressivement de force et de vitesse, et en allant du centre a la circonférence. Suivant quekjues voyageurs, on se sert aussi d’un instrument semblable pour désigner les veilles de la nuit.
‘2*’ Le tambour, instrument destiné à peu près aux mêmes usages que le précédent. Il pose sur quatre pieds. (Voyez PL IV, lig. 8.) Les tambours militaires des Chinois servent particulièrement à indiquer les veilles, ou, pour mieux dire, à montrer que ceux qui .sont de gai'de ne sont pas endormis. On les emploie aussi pour donner divers signaux , ainsi que pour la marche (i).
3" Une conque (voyez PL IV, fig. 6) dont on se sert pour sonnei' la retraite, pour indiquer l’exercice et pour toute manœuvre à laquelle un corps entier doit être employé. U y a une de ces conques dans chaque quartier de l’armée, et une dans chaque corps particulier. Ces conques tiennent aussi lieu de porte-voix (2); enfin on les réunit quelquefois aux tams-tams pour sonner l’alarme (3). Cet instrument est fort ancien, et se retrouve chez certains peuples tributaires des Chinois, qui même n’en ont pas d’autre (4).
4® Deux sortes de trompettes en cuivre qui , à ce que l’on prétend, sont à l’octave l’une de l’autre. H y a encore en Chine des trompettes fabriquées avec un bois fort estimé, appelé ou-long-chu, qui, au dire de certaines relations, s’accordent parfaitement avec les tambours (5). (Voyez PL H ,
fig- I-S-)
Enfin les Chinois ont encore un autre instrument sur lequel on frappe avec deux baguettes; il est d’un bois sonore, creux en dedans, et a la
(1) Amiot, traduction des Dix préceptes adressés aux gens de guerre , dans les Mémoires concernant les Chinois ^\.ome viii, page 878.
(2) Amiot, à la suite de la traduction du livre publié, par ordre de Young-Tching , sous ce titre : Les Dix préceptes adressés aux gens de guerre. Voyez les Mémoires concernant les Chinois y tome vu, page 382,
(3) De Guignes, Voyage h Péhingy tome 11.
(4) Amiot, J ntroduction à la connaissance des peuples qui ont été ou qui sont actuellement tributaires de la Chine, dans les Mémoires concernant les Chinois, tome xiv, pai^e 2 33.
(5) Du Halde, Description de la Chine, tome 11.