LIVRE PREMIER
juger de l’étal de la musique en Égypte au commencement de ce siècle, et, par suite, de la nature des éléments composant la musique guerrière. D’après cette description, un orchestre de musique militaiie se trouvait placé d’un côté : «il consistait en un certain nombre de hautbois criards, comme le sont presque tous ceux de l’Orient, de petites timbales et de grands tambours albanais. De l’autre côté il y avait des violons et des luths, et dans le milieu se trouvaient les chanteurs. Aussitôt que tout le monde fut assis, la musique militaire commença : une espèce de cliefde bande joua alternativement deux airs différents que les musiciens l épétaient en cbœui-. Le deuxième était une vraie cacophonie, une suite de sons duis et discordants, aussi choquants pour l’oreille délicate d’un Européen qu’ils étaient agréables pour celles d’un indigène. Le chef de la bande repi it chacun de ces airs avec toute l’importance et l’enthousiasme d’un improvisateur. Lorsqu’il paraissait épuisé par ses efforts énergiques, le chœur venait immédiatement à son aide. Les violons, qui étaient plus supportables , jouèrent ensuite un air dans lequel une petite phrase de chant était écrasée sous des ornements superflus. Le son nasal et aigu d’un chanteur se joignit au miaulement des semi-tons des violons, qui, fuyant constamment la note du ton, s’arrêtaient un peu au-dessus ou audessous. Ce couplet terminé , les violons recommencèrent avec de nouvelles variations , que le chanteur déguisait par un mouvement très-vif, jusqu’à ce qu’ayant tout à fait perdu l’air de vue, il se jeta dans un dédale de sons presque sauvages , dépourvus d’harmonie et de bon sens. »
Chez les Égyptiens, où les instruments de percussion, dit Villoteau, sont peut-être plus variés que chez aucun peuple du monde, on remarquait, à l’époque de l’expédition des Français en Égypte, cinq timbales de différentes proportions, servant pour l’usage civil et militaire. Ces timbales étaient en cuivre comme les nôtres; mais, ainsi que le fait observer le savant Villoteau, elles avaient, à proportion de leur capacité, plus de profondeur que ces dernières. Quant aux tambours, il y en avait de deux espèces dans la musique civile et militaire, et ces tambours avaient la même forme que ceux dont nous nous servions, mais avec celte différence que le diamètre de leur giosseur était plus grand.
Dans les piocessions solennelles, toute cette artillerie musicale de tambouts et de timbales était n)ise en réquisition, et l’on y joignait encore
i5^ MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.
les haiilhois, les trompettes et les cymbales. On peut se figuier le biuit qui résultait d’un pareil assortiment : « Le nombre des timbales et destam- « bours, dit l’écrivain que nous venons de citer en dernier lieu, est si « considérable, produit un si grand tintamarre, 1 éclat des cymbales est si « étourdissant, le son aigu et perçant des hautbois appelés zarnir (^\) vibie « si vivement en l’aii', celui des trompettes est si décimant, que le plus « bruyant et le plus tumultueux charivari qu on puisse imaginei ne donlierait encore qu’une faible idée de l’effet général qui resuite de cet enfc semble. »
Lors de l’expédition en Égypte, les piincipaux habitants du Caire, ayant à leur tête tous les cheiks, toutes les autorités civiles et militaires du pays allèrent à un quart de lieue, hors de la ville, recevoir le général en chef Bonaparte, qui ramenait son armée après l’expedition de Syrie. Ils étaient accompagnés de musiciens de toutes leurs forces une marche dont l’air a été recueilli par M. Villoteau. Nous donnons ici cette marche égyptienne, qui, eu égard aux circonstances glorieuses qu’elle rappelle, doit avoir pour les français un degré particulier d’intérêt.