LIVRE PREIMIER
ji)ur : bien au contraire; tandis que la plupart des nations se montraient disposées à en recueillir les bénéfices, dans le pays même où elle se révéla, elle ne put ti-ouver que des adversaires nombreux et acbai nés. Tel est le
en 1816 ou 1817 (c’était en uSi/,), Stoelzel (it connaître à Berlin un cor chromatique à trois j)istons. Il s’en dit l’inventeur, et obtint à ce sujet, pour dix ans et pour toute la Prusse, nn brevet d’invention. Le comte Brühl, protecteur des arts, admit cet artiste comme premier cor dans la chapelle royale, et Rlühmel s’associa avec les facteurs d’instruments Griesslini^ et Schott, pour exploiter le brevet qui lui avait été accordé. Ces derniers fabriquèrent des instruments de cuivre de toutes les espèces, avec adjonction de pistons; malheureusement ces instruments étaient très-défectueux, et au début eurent peu de succès. On dit même remarquons bien que c’est toujours M. Wieprecht qui parle) que les autres facteurs, par jalousie de métier, engagèrent les hautboïstes à déclarer ces instruments complètement incapables de rendre le moindre service. Stoelzel, après divers essais, parvint à perfectionne!' ses pistons; mais les musiciens de Berlin ne lui tinrent nullement compte de ses efforts, et bien (jn’il eût mieux réussi cette fois , continuèrent de rej)ousser avec force son invention ; toutefois celle-ci fut plus heureuse à l’étranger, notamment en France et en Russie, et dans ces deu.x pays fut meme accueillie assez favorablement. M. Wieprecht ajoutç qu’il se rendait journellement à la fabrique de Griessling, et qu’il s’occupait d’y surveiller l’exécution de plusieurs perfectionnements relatifs à la construction extérieure des instruments. Quand le brevet fut expiré, continue cet artiste, la concurrence pouvait s’établir librement, et il arriva qu’en 1 828, le hautboïste Blühmel de la Silésie produisit de nouveaux pistons qui ne différaient des premiers que par la forme, demandant à son tour un brevet jiour cette invention; mais ce brevet lui fut refusé, attendu qu’on en avait déjà délivré un à Stoelzid pour des instruments chromatiques. Blühmel fit valoir des documents qu’il avait en sa possession, et qui tendaient à prouver que dix ans auparavant Stoelzel lui avait acheté l’invention qu’il proclama ensuite comme sienne. Au reste, dit M. Wieprecht, ces preuves n’étant point des preuves irrécusables, Stoelzel continua de passer aux yeux du monde pour le premier inventeur des instruments de cuivre chromatiques. Cependant M. le directeur de la musique des gardes du roi donne la préférence aux pistons de Blühmel, qui lui ont pai n supérieui s à ceux de Stoelzel, en ce qui concerne la force et l’égalité des tons, mais quelque peu inferieurs, au contraire, pour ce qui est de la facilité de l’exécution. Toutefois M. Wieprecht n’a pas eu l’intention de 'revendiquer exclusivement au prolit de Stoelzel l’honneur de l’invention du mécanisme des pistons, et il est le premier à convenir que cet honneur revient à part égale aux deux artistes qui se connurent et purent se communiquer mutuellement leurs idées, avant (jue la jalousie en eût lait deux ennemis. Au reste, il est étonnant (pie les renseignements fournis par M. Spontini ne s accordent pas entièrement avec ceux «pie nous a transmis !M. Wieprecht, puisejue l’illustre auteur de la T estale, pendant (pi il était directeur de la musi(pic du roi de Prusse, s’est enquis de la vérité, non-seulement au])i'es
jya MANUEL GÉNÉRAL DE MUSIQUE MILITAIRE.
sort des ineilleures choses : il semble f|ue toute decouverte aitistifjue, ainsi que les artistes eux-mêmes, doive subir un temps d’épreuve pendant leq uel elle demeure comme ensevelie dans les ténèbres j aprèsquoi seulement le public consent à lui donnei* place au grand jour, puis enfin 1 approuve et l’adopte, et cela, trop souvent, hélas î quand 1 inventeur a déjà succombe
au découragement et à la misère (i).
Antérieurement à l’époque où Blühmel fit connaître son invention , les Allemands s’étaient fort bien aperçus que l’un des vices radicaux des musifjues militaires était en général la disproportion de force et de sonor ité des parties intermédiaires, eu égard aux parties extremes. Ils avaient longtemps cherché les moyens d’y remédier, mais toujours sans succès. L’introduction des instruments de percussion leur avait fait renforcer consi-
(le Stoeizel, mais encore auprès de M. Wieprecht lui-même, ainsi qu’il est prouvé par ce passage de la lettre dont nous avons déjà extrait plus haut qiiehjues lignes. « L’inventeur « Stoeizel, dit M. Spontini , a fait toutes dispositions verbales et par écrit qui m’étaient « nécessaires, ainsi que l’inventeur Wieprecht, qui, tous deux musiciens de la chapelle « royale, reçurent les premières indications des pistons de Vinventeur Blühmel, de la Silésie, « il y a environ vingt-cinq à vingt-six années (la lettre est datée du 6 avril 1840). « C’est à l’active sollicitude du grand maître que nous venons de citer que nous sommes redevables de l’introduction en France des instruments à pistons, tels que cor, trompette, cornet; il nous l’apprend lui-même dans le document que nous possédons; voici en quels termes: « J’envoyai de Berlin à Paris, de 1823 à i83i, nombre de cors à pistons, de trompettes ou cornets à deux ou trois pistons ou ventiles (les premiers connus à Paris), notamment à « M. Barrillon , au professeur de cor M. Dauprat, et au chef de musique des gardes, '< M. David Buhl, et c’est d’après ces exemplaires que quelques fabricants de Paris o/?;
« avoir inventé ou perfectionné , tandis qu’ils n’ont qu’imité et copié , ainsi qu’il a toujours été « de tous tes instruments à vent et en cuivre de tout temps en usage en France , qui tous ont été " inventés et perfectionnés en Allemagne. » Cependant un artiste de Paris, M. Meifred, |)rofesseur au Conservatoire royal de musique, qui fut le premier à se servir du cor à pistons en France, fit construire un cor à tous tons, mais dont les tubes représentant les tons fictifs pouvaient s’allonger et se raccourcir à volonté, ce qui permettait de modifier le tempérament et de régler la justesse de chaque ton. Ce perfectionnement de M. Meifred a Ote fort apprécié non-seulement parmi nous, mais encore en Allemagne et en Italie, où les instruments construits d’après ce système sont généralement désignés sous le nom de cor Meifred.
(1) M. Wieprecht nous dit que Stoeizel et Blühmel moururent pauvres, et que le premier de ces artistes laissa une veuve et des orphelins dans l’indigence.
LIVUK PREMIEH.
tlérableineiil les parties inélocli(|iies confiées aux clarinettes, et, bien (ju’a une partie de clarinette triplée, (piadriiplée, voire même quintuplée.^ ils adjoignissent encore des parties de deuxième, troisième et quatrième clarinette, ils ne purent airiver à combler le vide qui se faisait semir da»is le registie intermédiaire. Ils cruient cependant avoir trouvé le moyen de remédier à cet inconvénient par l’emploi des clarinettes-altos ou des cors de basset, et, non contents d’avoii* admis ce palliatif, ils Unirent par commettre la faute plus grande encore, dit M. Wieprecht dans une de ses lettjes sur la musique militaire, de recourir dans le même but aux bassons. L’effet de ces instruments, comme on aurait du s’y attendie, fut à peu près nul. D’un autre côté, les trompettes et les cors, qui n’avaient pas encore subi l’application des pistons, ne concouraient pas plus eflicacement à l’exécution des parties intermédiaiies. Tel était l’état des choses, lorsque enfin s’annonça la découverte de Blübrnel, qui seule paraissait devoir offrir une ancre de salut. Il est vrai que les Prussiens, n’en ayant pas été convaincus dès l’abord , laissèrent les Autrichiens s’emparer les premiers des instruments chromatiques, ce qui permit à ceux-ci d’établir de meilleures proportions dans la masse instrumentale , et de réaliser ainsi une notable amélioration dans leur musique. Cependant, dès 1818 , quelques-uns des nouveaux instruments apparaissent en Prusse dans les régiments de chasseurs et les régiments de cavalerie. L’infanterie seule, à cette époque, en était dépourvue. Voici les éléments dont se composaient alors les musiques prussiennes, d’après les renseignements fournis par Sundelin dans son ouvrage sur l’instrumentation de la musique militaire , renseignements que le directeur général de la musique militaire du roi (emploi qu’occupait alors G. A. Schneider) certifie parfaitement exacts dans une apostille placée en tète de l’ouvrage.
Musique d i n fan ter 'ie .
Flûte.
Petite flûte.
Clarinette.
Clarinette en mi bémol ou fa.
Cor (le basset.
Hautbois.
Basson.
Contre-basson , cor-basse on serpent (employés quelquefois tous les trois). Cor.
Trompette.
Trombone-alto.
Trombone- ténor.
Trombone-basse.
Cor lie signal.
Triangle.
Caisse roulante.
Caisse claire.
Cymbales.
Grosse caisse.
Musique de chasseurs.
Cor de Kent, ou trompette à clefs.
Trompette. ,
Cor.
Cor chromatique.
Cor de signal.
Trombone-alto.
Trombone-ténor.
Trombone-basse.
Musique de cavalerie.
Cor de Kent, ou trompette à clefs.
Trompette.
Trombone-alto.
Trombone-ténor.
Trombone-basse.
Trombone chromatique,
(’or-ténor chromatique.
Timbales. [N. B. Pour les grandes musiques.)
S’il est vrai, comme le fait sous-entendre M. Wiepreclit, qu’à cette époque les instruments chromatiques fussent déjà parvenus en Autriche, il est au moins douteux que l’usage en fût généralement répandu dans