‹ Manuel general de musique militaireChapitre 89 sur 229 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

lions aux règlements, et ne voulant pas avoir l’air de fermer les yeux sur ce (|ui devenait alors un abus, reconnut la nécessité de faire des concessions à ce goût prédominant de l’armée, et de le régler pour l’avenir paila consécration légale d’une ordonnance, dans une juste proportion , niais en lui donnant toutefois plus de latitude. En janvier 1827, P^tnt une circulaire rédigée par M. de Clermont-Tonnerre, laquelle porta le nombre des musiciens d’infanterie de douze à vingt-sept, dont neuf gagistes et dixbuit pris à l’effectif du corps. La dépense totale devait être supportée par l’Etat. Peu après, de nouvelles allocations en argent furent accordées aux régiments, afin de pourvoir aux frais divers nécessités pai* leuis musiques: mais il fallait que ces allocations fussent prélevées sur le fonds de la masse d’entretien. En même temps, l’on rétablit les musiques de cavalerie aux frais de l’Etat. L’ensemble de ces mesures fut bientôt encore jugé insuffisant, et une décision ministérielle de février 1827 permit aux corps de prendre des militaires ayant accompli leur service pour compléter l’organisation de leurs bandes musicales.

Ces encouragements tardifs, donnés par l’autorité à nos musiques militaiies, étaient d’autant plus opportuns, qu’ils allaient mettre celles-çi à même de profiter des ressources que venaient leur offrir les progrès réalisés depuis peu dans la fabrication des instruments. En effet, divers

instruments avaient été améliorés et perfectionnés, divers autres imaginés

et inventés tout nouvellement, ce qui augmentait d’une manière notal)le les acquisitions faites jusqu’alors dans le même domaine. Cette impulsion partait encore de l’Allemagne. C’est là que les facteurs, acousticiens et mécaniciens expérimentés, dans l’espoir de faiie un pas en avant, et d’après les conseils d’artistes habiles, réitéraient sans cesse leurs tentatives, qui parfois demeuraient infiuctueuses , mais qui, le plus souvent, étaient couronnées d’un plein succès. Un Allemand, nommé Weidingei-, imagina de percer les tubes de certains instruments de cuivre, comme cela se pratiquait depuis longtemps pour les instruments de bois, et d’y adapter des clefs mobiles, au moyen desquelles l’instrument possédât une échelle aussi complète et aussi étendue que ])osslble. Cet artiste ayant fait à l’ancien clairon l’application de son système, il en surgit l’instrument que nous appelons aujourd’hui hn*^le, ou trompette à clefs. Nous n’avoris pas besoin de dii’e que l’opbicléide dérive du même juincipe, et qu’il en

est la conséquence. L’invention des pistons, due à Rlidnnel el Stœlzel , et (|ui tendait an même ])nt par des moyens différents, compléta cette révolution. Appliqués d’abord au cor, les pistons envahirent successivement différents instruments de cuivre, tels (pje le cornet, la trompette, le trombone, etc. D’un autre côté, la création de plusieurs autres instruments nouveaux, tels cpie le basson russe, la tuba et autres, vint signaler la même période, et, de l’ensemble de ces découvertes, résulta un remaniement d’une certaine importance dans l’organisation des musiques militaires, tant par le lejet d’instruments anciennement usités que par l’adoption d’instruments nouveaux destinés à les remplacer. Ce remaniement, à vrai dire, ne constituait que des améliorations de détail, et, loin d’opérer aussi favorablement sur l’ensemble , il y amenait un défaut de proportions dans les forces delà masse instrumentale, et portait ainsi atteinte anx lois de l’équilibre et de l’homogénéité, seules capables de déterminer la fusion des parties en un tout parfait. Nous allons bientôt revenir sur cette conséquence fâcheuse, qui s’aggravait toujours déplus en plus, au pointqu’une réforme immédiate fut bientôt sollicitée de toute part, comme étant de la dernière urgence. Mais avant d’aborder une question aussi importante, et qui, d’ailleurs, fait l’objet même des travaux de la commission instituée par le ministre de la guerre pour examiner l’état des musiques militaires en France, nous rechercherons l’influence qu’exerça chez les autres nations les découvertes qui, au commencement de ce siècle, prirent naissance en Allemagne.

Ce n’est pas que l’invention des pistons, dont la principale gloire revient au Silésien Rlübmel (i), ait été admise sans conteste dès le premier

(i) D après les renseignements communiqués à l’Académie des beaux-arts par le célèbre maestio Spontini, comte de Saint-Andréa, dans une lettre dont nous possédons l’original, écrit en entier de sa main, Blühmel , il y a maintenant trente ans environ , moyennant une transaction et trois mille francs d’indemnité, aurait cédé à Stoelzel d’abord et à Wieprecht ensuite, le droit de continuer à exploiter en Prusse l’invention des j)istons, et leur aurait également accordé la faculté de prendre des patentes ou brevets pour appliquer les pistons a tous les instruments de cuivre, sans exception. M. Wieprecht, directeur de la nmsique des gardes du roi de Prusse, le même qui vient d’être cité, raconte le fait tout différemment, et nous croyons devoir rapporter sa version, attendu qu’elle offre des détails assez curieux sur la rivalité qui s’était étalilic entre Blühmel et Stoelzel. D’après M. Wieprecht ,

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