‹ Manuel géologiqueChapitre 105 sur 121 · SECTION XI · texte numérisé non relu

SECTION XI

ou

Schiste argileux*, Phyllade (Daubuisson). ( Clayslate , angl. ; Thons chie fer, allem.)

Schiste alumineux; Ampélite alumineux (Brong.). ( Aluminous slate, angl.; Alaunschiefer , allem.)

Schiste novaculaire; Schiste coticulaire (Brong.). (. Whetstone slate, angl.; W et zs chie fer, allem.)

Schiste siliceux, Jaspe schistoïde (Brong.). ( Flinty slate, angl. ; Kieselschiefer , allem.)

Schiste chloriteux. ( Chlorite slate, angl.; Chloritschiefer , ail.)

Schiste talqueux; Stéaschiste. ( Talcose slate , angl.; Talkschiefer , allem. )

Amphibolite schistoïde. (Hornblende slate , angl.; Hornblende schiefer, allem.)

Amphibolite (Daubuisson). (Hornblende ro ch , angl.)

Roche de quartz ; Quarzite (Brong.). (Quartz rock, angl.; Quarzfels , allem. )

Serpentine; Ophiolite (Brong.). (Serpentine, angl.; Serpentin , allem. )

Roche de diallage; Euphotide (Haüy, Brong.). (Diallage rock, angl. , Schiller fels , allem. )

Eurite ( Daubuisson ) ; Feldspath compacte, Petrosilex . ( Whitest one, angl. ; TVeisstein , allem. )

Schiste micacé, Micaschite. ( Mica slate , angl. ; Glimmer schiefer ,

allem.)

Gneiss. ( Gneiss , angl. et allem.)

Protogine.

Nous voici arrivés à cet ancien état de notre planète, pendant lequel, autant que nous pouvons en juger d’après l’étendue de nos connaissances, il n’y avait à sa surface ni animaux ni végétaux. Maintenant le géologue, en étudiant cette partie de la croûte du globe , au lieu d’errer en imagination à travers des forêts, sur des continents et des mers, environné de végétaux de formes étranges et d’animaux encore plus étranges, doit porter son attention sur les lois qui régissent la matière inorganique. Ce sujet peut, au premier abord , ne pas paraître aussi attrayant que l’examen des formes variées de la vie organique et des conditions possibles sous lesquelles elle peut avoir existé; néanmoins il présente autant, sinon davantage, d’agréments, en ce que les recherches auxquelles on se livre , avant lieu avec le secours des sciences exactes, conduisent à des résultats plus certains.

Avant d’entrer en matière, nous devons commencer par avouer que, jusqu’à présent, on a fait peu de recherches sur les causes qui peuvent avoir produit le gneiss, le micaschiste et autres roches analogues. On a fait beaucoup de noms pour distinguer les différentes roches composées et confusément cristallines; et si, pour se livrer à des recherches, on n’avait besoin d’aucun autre secours, on pourrait être satisfait; mais, malheureusement, l’abondance de ces noms a jeté de la confusion dans le sujet ; et le plus souvent on s’est contenté de ranger et de déplacer, dans une collection, des échantillons de roches plus ou moins variées, au lieu de chercher les relations générales qu’ils pouvaient avoir l’un avec l’autre, et la manière dont tous se rencontraient dans la masse.

On doit reconnaître, à la vérité, que le sujet présente de grandes difficultés, en ce qu’il demande des connaissances très étendues dans les sciences exactes; mais il semble que ces difficultés, loin d’être un obstacle, devraient être au contraire un motif pour stimuler ceux qui cultivent ces sciences avec le plus de succès à s’occuper de ce sujet, puisqu’il leur présente un vaste champ pour exercer leurs talents et leur sagacité.

Les roches inférieures stratifiées sont très variées dans leurs compositions , et quelquefois elles passent si bien de l’une à l’autre , qu’il est presque impossible de donner des noms distinctifs aux dit-

rérentes associations. Il est rare que des couches ne contiennent qu’un seule espèce minérale , sans mélange d aucune autre , et que ces couches simples constituent une grande étendue de pays, à moins qu’on ne considère le schiste argileux comme étant dans ce cas. Toutefois, avant d’aller plus loin, il est nécessaire de faire connaître les roches suivantes, qui paraissent plus particulièrement mériter des noms distinctifs.

Schiste argileux .

Cette roche, ainsi que l’indique son nom, est schisteuse, et contient une quantité considérable de matière argileuse. Elle varie matériellement en solidité, en tissilité et en composition, et il est ordinairement impossible de la distinguer, excepté dans ses rapports géologiques, des schistes argileux de la série delà grauwacke; aussi son origine est-elle très douteuse, et ce qui ajoute encore à l’incertitude , c’est que cette roche contient souvent des cubes ou d’autres cristaux réguliers de pyrites de fer; d’où il résulte évidemment que la roche a été autrefois dans un état qui a permis aux molécules de sulfure de fer de se disposer librement en cristaux. Au reste , ce fait s’observe dans les dépôts argileux de tous les âges, dont quelques-uns sont décidément d’origine mécanique . c est pourquoi nous n’avons pas de preuve directe qui montre évidemment que les schistes argileux de cette époque n’ont pas aussi été produits mécaniquement; la finesse du grain ne peut en effet nous être d’aucun secours, puisque la texture des schistes ardoises que l’on retire du groupe de la grauwacke est tout aussi fine que celle des schistes argileux associés avec le micaschite ou le gneiss. Il arrive fréquemment, comme on l’observe aussi dans les schistes argileux de ce même groupe , que les plans des feuillets ne sont pas parallèles avec ceux qui paraissent être les plans de stratification , mais qu’ils forment avec eux différents angles. Le schiste argileux passe graduellement au schiste chloriteux, au schiste talqueux et à d’autres roches , en se mélangeant peu à peu avec des minéraux particuliers qui finissent par remplacer la matière du schiste argileux.

Schiste chloriteux.

Cette roche est fréquemment associée avec la précédente , a laquelle elle est liée par de fréquents passages, tandis que, d’un autre côté , on la voit passer au micaschiste. Elle est essentiellement

composée de chlorite, qui est, ou seule, ou mélangée de quartz, de feldspath, d’amphibole et de mica, dans diverses proportions.

Schiste talqueux .

C’est aussi une roche à laquelle passe le schiste argileux, en présentant d’abord quelques plaques de talc, et en se changeant ensuite en ce minéral, qui est généralement associé avec du quartz, ou bien avec du quartz et du feldspath. On observe souvent des passages de cette roche au micaschiste.

Roche de quartz.

D’après le docteur Macculloch, qui a tant contribué à nous donner des idées plus exactes sur cette substance , la roche de quartz varie tellement dans sa texture, qu’elle paraît être, tantôt d’origine chimique , tantôt d’origine mécanique ; circonstance d’un grand intérêt, puisque cette roche est associée avec un grand nombre de celles dont nous nous occupons. Ce géologue fait observer que le quartz y est rarement entièrement compacte et à l’état cristallin, comme il l’est habituellement dans les filons. Lorsqu’il est pur dans cette roche , sa texture est le plus souvent obscurément granulaire : « elle devient graduellement un peu lâche et arénacée, et les grains varient dans leur grosseur et l’intimité de leur union. Tantôt le quartz ressemble à une masse cristalline granulaire , tantôt il présente un mélange de texture chimique et de texture mécanique ; tandis que, dans d’autres cas, l’aspect arrondi des grains et le petit nombre de leurs points de contact semblent indiquer une origine principalement mécanique et le résul tat d’une agglutination de sable 1 . »

Il faut remarquer toutefois , relativement à cette définition de la roche de quartz , que le docteur Macculloch comprend la grauwacke dans sa classe des roches primaires {primary class ) ; d’où il suit que si la roche de quartz se trouve associée avec la grauwacke , comme cela a lieu en Normandie et dans d’autres contrées, une texture arénacée s’accorde parfaitement avec l’origine mécanique de la masse de grauwacke en général , tandis que si , lorsqu’elle est mêlée avec du gneiss ou du micaschiste , elle est communément plus cristalline , cela s’accorde également avec la texture des roches auxquelles elle est associée. Ceci n’est cependant qu’une idée purement théorique; mais, comme ce sujet comprend la question de la présence de roches mécaniques au milieu de roches composées confusément cristallisées , il ne faut pas passer dessus avec trop de légèreté ; en con-

» Macculloch, Geological classification of Rocks.

574 ROCHES STRATIFIEES INFERIEURES,

séquence, nous ne nous hâterons ni d’admettre ni de rejeter la possibilité d’une pareille association. ^

Cette roche est très connue en Écosse et dans ses îles; et, d’après MM. Humboldt et Eschwège , elle présente dans la cordillière des Andes et dans le Brésil une étendue et une épaisseur qui surpassent de beaucoup celles que nous lui connaissons en Europe. Quelquesunes de ces roches, dans le Brésil, sont aurifères, et M. Eschwège attribue les dépôts aurifères et platinifères de cette contrée à leur décomposition ou à leur destruction.

Roche amphibolique et Schiste amphibolique .

On comprend sous ce titre, d’après les idées du docteur Macculloch , toutes les roches dont b amphibole constitue le principe essentiel et prédominant, et qui sont évidemment contemporaines de celles au milieu desquelles elles se trouvent. Un grand nombre de ces roches , composées d’amphibole et de feldspath , ont été désignées par les noms de grünstein primitif et de grünstein schisteux. L’amphibole prédomine quelquefois jusqu’au point d’exclure les antres minéraux. Ainsi que l'indiquent leurs noms, ces roches se rencontrent à l’état compacte ou a l’état schisteux; dans le dernier cas, le feldspath est fréquemment de couleur verte.

Calcaire saccharoïde .

Cette roche se trouve diversement associée parmi les roches stratifiées inférieures; mais ce n’est pas seulement dans ce groupe qu’on la rencontre, car, ainsi que nous l’avons déjà remarqué, on trouve des calcaires saccharoïdes au milieu des dépôts fossilifères, tels, par exemple, que les calcaires bélemnitiques des Alpes occidentales. Cette roche est diversement colorée, mais principalement blanche : c’est elle qui fournît les célèbres marbres statuaires de la Grèce et de l’Italie. Sa texture est quelquefois à gros grains, comme par exemple dans ces calcaires qu’on rencontre près du lac de Corne renfermés dans le micaschiste, et d’où l’on a tiré beaucoup de matériaux pour la construction du fameux dôme de Milan. Elle devient quelquefois schisteuse par un mélange de talc ou de mica. Il est plus que probable que certaines dolomies cristallines sont associées avec ces marbres et avec quelques autres des roches dont il est question. Les calcaires ne varient pas seulement dans leur caractère de cristallinité; ils passent aussi à des substances compactes, et se mêlent

ROCHES STRATIFIÉES INFERIEURES, avec divers minéraux, tels que l’amphibole, l’augite, le quartz, etc. On trouve au col cle Bonhomme , près du Mont-Blanc , un composé remarquable formé de calcaire presque compacte, dans lequel sont empâtés de petits cristaux de feldspath, ce qui constitue une espèce de porphyre à base calcaire : c’est le calciphyre feldspathique de M. Brou gniart 1 .

Enrite.

C’est une roche qui est principalement et souvent entièrement composée de la substance que l’on appelle feldspath compacte. Elle ne paraît pas occuper dans la nature une étendue considérable ; le plus ordinairement elle est subordonnée au gneiss ou au micaschiste.

Micaschiste.

Cette roche est essentiellement composée de mica et de quartz ; souvent elle constitue de grandes masses qui couvrent des étendues de pays considérables, et elle forme aussi des couches peu épaisses intercalées au milieu d’autres roches. Le micaschiste contient quelquefois des grenats en si grande abondance, qu’on peut presque les regarder comme une partie composante régulière de la roche. Il passe, d’un côté, au gneiss, et, de l’autre, au schiste talqueux, au schiste chloriteux et à d’autres roches.

Gneiss.

Cette roche est, ou schisteuse, ou divisée en couches d’une épaisseur variable. Elle est composée de quartz, de feldspath, de mica et d’amphibole, accidentellement mêlés d’autres minéraux. Quelquefois un de ces minéraux manque, d’autres fois c’est un autre; de l’absence du quartz, du feldspath, du mica ou de l’amphibole, et même quelquefois de deux d’entre eux, comme aussi du mélange d’autres

i C’est en 1797, dans une excursion où j’accompagnais Dolomieu, que ce calcaire feldspathique a été trouvé pour la première fois. Je l’ai revu depths à plusieurs époques, et des élèves des mines en ont reconnu de tout à fait semblables auprès du petit Saint-Bernard et ailleurs. Dans cette partie de la Savoie, les petits cristaux me paraissent se rapporter àl ’albite, et jamais au véritable feldspath. Quelquefois ce sont des cristaux de quartz. J’ai toujours vu ce calcaire parfaitement compacte, comme le calcaire lithographique de Pappenheim, jamais presque compacte, comme le dit l'auteur. Quant à son gisement, il y a lieu de présumer qu’il fait partie du calcaire jurassique; et il me parait au moins certain qu’il n’appartient pas aux roches stratifiées inférieures dont il est ici question , car il se trouve associé à une roche d’une structure arénacée incontestable. ( Note du traducteur.)

substances, résultent de grandes variations dans sa composition. Quand il se trouve confusément cristallise et en couches régulières, et lorsque les lames du mica ne sont pas disposées parallèlement aux strates, comme dans les variétés fissiles et schisteuses, le gneiss n’est réellement autre chose , en ce qui concerne ses caractères minéralogiques , que du granit stratifié ? substance sur laquelle on a tant disputé. C’est ce qui devient encore plus evident lorsque, ainsi que cela arrive dans les Alpes, en Écosse et dans d autres contrées, on y trouve disséminés de gros cristaux de feldspath , comme dans le granit de Dartmoor, etc. Lorsqu’on rencontre des blocs qui ont été détachés de ce gneiss, et c’est le cas de beaucoup de blocs erratiques venus des Alpes, il est impossible de les distinguer du vrai granit. Le gneiss, avec ses variétés, couvre des étendues de pays

considérables.

Le Protogine peut très bien se classer avec le gneiss*, car la seule différence qui existe entre cette dernière roche et les variétés de protogine décidément stratifiées, c'est que, dans celles-ci , le mica est remplacé par le talc et la stéatite. Le protogine est la célèbre roche granitoïde du Mont-Blanc; il est certain qu’il semble passer à une roche plus massive, mais en cela il ne diffère pas du gneiss qui paraît aussi passer au granit de la même manière.

Bien que les roches qui précèdent soient les plus remarquables des roches stratifiées inférieures, elles sont loin d’en constituer 1 ensemble. Les variétés et les passages de l’une à 1 autre sont innombrables; et, comme on les rencontre sans ordre déterminé, il devient impossible de les classer. On croyait autrefois que le gneiss était la roche la plus inférieure, et qu’elle était recouverte par le micaschiste ; mais on a reconnu depuis qu’il n’en était pas ainsi, puisqu’on trouve ces deux roches intimement mêlées entre elles et avec d’autres composés. Il faut cependant avouer que, la masse du gneiss paraît fréquemment occuper la position inférieure.

Toute cette confusion apparente et ce passage d’une roche à l’autre embarrassent les classifications ; mais ce sont peut-être précisément ces circonstances qui peuvent nous conduire à connaître quelque chose sur les causes qui ont produit les roches stratifiées inférieures. Ces passages irréguliers et la possibilité de rencontrer une roche quelconque tout aussi bien au haut qu’au bas de la série , montrent que les causes, quelles qu’elles puissent être, qui ont produit cette variété dans les roches n’étaient que secondaires, et qu’il y avait une cause générale de laquelle a dépendu la formation de la masse.

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Si nous examinons quelles sont les espèces minérales qui sont entrées en plus grande proportion clans la composition de la masse entière, nous trouvons que ce sont le quartz, le feldspath, le mica et l’amphibole qui sont les plus abondantes, et qui impriment leurs caractères aux diverses parties de cette masse. La chlorite, le talc et le carbonate de chaux ne sont certainement pas rares; mais si nous nous élevons dé manière à planer, pour ainsi dire, au-dessus de la terre, et à pouvoir considérer dans leur ensemble les parties de sa surface qui nous sont connues géologiquement, nous trouverons que ces dernières espèces minérales ne forment qu’une très petite portion de la masse. Les roches stratifiées inférieures qui constituent la plus grande partie de la surface découverte de notre planète, sont le gneiss et le micaschiste; et, vues sur une grande échelle > les autres roches sont plus ou moins subordonnées à celles-ci.

En supposant que cette manière de voir approche de la vérité , nous arrivons à une autre conclusion qui est importante , savoir : que les minéraux qui composent la masse des roches stratifiées inférieures sont précisément ceux qui constituent la masse des roches non stratifiées, roches qui, d’après les phénomènes qu'elles présentent, ou avec lesquels elles sont en rapport, sont attribuées à une origine ignée. Nous pouvons ici nous demander quelles sont les circonstances qui ont déterminé l’arrangement de ces minéraux, en masse stratifiées dans un cas, et en masses non stratifiées dans l’autre. Cette question n’est, nullement facile à résoudre dans l’état actuel de nos connaissances; mais, en attendant des renseignements sur ce sujet, on peut établir que les conditions sous lesquelles les deux classes de roches ont été produites, doivent, jusqu’à un certain point, avoir été très distinctes. Nous trouvons encore, en examinant ce sujet dans son ensemble, que les mêmes substances élémentaires ont produit les mêmes minéraux dans les deux cas ; la seule différence qui existe, c’est que ces minéraux se sont généralement arrangés d’une manière différente l’un par rapport à l’autre, de telle sorte que, dans l’un des deux cas, ils ont formé des masses stratifiées, et non dans l’autre. En examinant la structure du gneiss, du micaschiste, du schiste chloriteux, du schiste talqueux, etc., nous voyons (si nous exceptons le gneiss en couches épaisses ou le granit stratifié) que c’est la disposition du mica, de la chlorite ou du talc, suivant certains plans généraux, qui a produit la structure fissile ou schisteuse. Cette disposition n’a cependant pas été la seule cause de cette sorte de stratification (si toutefois on peut s’exprimer ainsi , les plans des feuillets schisteux ne coïncidant pas nécessairement avec ceux des couches ou de la stratification proprement dite),

car le gneiss en couches épaisses, l’amphibolite, le quarzite, leurite et le calcaire saccharoïde, nous forcent de reconnaître que d’autres causes peuvent avoir produit des couches épaisses de substances confusément cristallines. .

Il y a néanmoins une ressemblance minéralogique si évidente

entre ces deux classes de roches, que l’on ne peut s empêcher de soupçonner que l’origine reculée de l’une et de l’autre sont liées de quelque manière entre elles, et que des circonstances modifiantes ont imprimé certains caractères à chacune d’elles. Il faut avouer néanmoins que cette idée ne peut être qu’une simple hypothèse, et on doit avoir soin de ne la considérer que sous ce point de vue. Mais on peut demander quelle différence essentielle il y a entre le gneiss en couches épaisses, surtout celui qui empâte des cristaux de feldspath, et le granit, entre quelques amphibolites et le grünstein, si ce n’est que l’un se trouve disposé en couches, tandis que l’autre n’est pas stratifié, et traverse même quelquefois des masses stratifiées semblables. On peut également mentionner ici la serpentine et réuphotide, qui (comme on le verra dans la section suivante) doivent évidemment être considérées comme des roches ignées et injectées, puisqu’on les voit couper les couches des tei rains stratifies de la même manière que le granit ou le grünstein. Je n ai jamais observé moi-même ces roches à l’état stratifié ; mais le docteur Macculloch paraît être certain quelles se rencontrent à cet état dans les îles de l’Ecosse. En raisonnant à priori on conçoit qu'il y a autant de probabilité de trouver, à l’état stratifié , des roches composées minéralogiquement, comme la serpentine, ou comme Feuphotide qui lui est ordinairement associée, que des roches minéralogiquement identiques avec le granit et le grünstein : c’est pourquoi on doit comprendre ces premières substances dans la liste des roches inférieures stratifiées, quand bien même on n’aurait pas sur ce sujet les assertions positives du docteur Macculocli et de quelques autres

savants.

Comme cette question présente quelque intérêt, nous croyons utile de citer les localités indiquées par ce géologue, dans lesquelles on peut observer la stratification. Ce sont, pour 1 euphotide^ les îles d’Unst, de Balta et de Fetlar, au nord-est des îles Shetland ; et, pour la serpentine, aussi les îles Shetland. La stratification est souvent assez indistincte ; mais l’euphotide est associée avec du gneiss, du micaschiste, du chiste chloriteux et du schiste argileux, et alterne avec eux; quand elle se trouve isolée, elle présente la même inclinaison et la même direction que les roches environnantes. D’après le docteur Macculoch, il n’y a aucun doute que la serpentine 11e

ROCHES STRATIFIEES INFERIEURES. 579

soit stratifiée dans File d’Unst; il paraît qu’il en est de même dans celle de Fetlar, mais les couches ne sont pas si régulières.

En nous voyant ne consacrer ici qu’un petit nombre de pages à traiter des roches inférieures stratifiées, on aurait tort de supposer qu’elles sont de peu d’importance 5 car elles occupent une grande portion de la surface du globe, partout où les dénudations et dislocations de couches, ou bien l’absence de roches superincumbantes nous permettent de les observer. Comme elles présentent des caractères généraux constants en Europe, en Asie, dans l’Amérique septentrionale, et partout où on les a observées, on peut présumer qu’elles ont été produites par des causes communes sur toute la surface du globe, et que ces causes communes sont principalement chimiques, d’autant que le caractère minéralogique prédominant de la masse est d’être confusément cristalline.

Ainsi, cette constance des caractères généraux que nous présentent ces roches, toutes les fois que les circonstances nous permettent de les observer sortant de dessous la masse des couches fossilifères, nous entraîne à conclure que des lois chimiques générales* ont opéré sur la surface de notre planète, pendant et avant que les animaux et les végétaux existassent sur cette surface, et qu’elles ont produit des roches dont l’ensemble forme une épaisseur considérable. Il en résulte que, quelle que soit la nature des dépôts sur lesquels nous nous trouvons, nous sommes fondés à présumer qu’il existe toujours au - dessous d’eux des couches de cette espèce , excepté dans les cas où des masses de roches ignées projetées du sein de la terre ont rejeté ces couches de côté et n’ont laissé aucune masse stratifiée intermédiaire entre la surface et l’intérieur du globe.

Il serait fastidieux d’énumérer les différentes localités où l’on peut observer ces roches 5 il suffira de remarquer qu’il n’existe pas d’étendue tant soit peu considérable de pays dans laquelle quelque accident ne les ait mises au jour. Elles abondent en Norwège, en Suède et dans la Russie septentrionale 5 elles sont communes dans le nord de l’Ecosse,, d’où elles s’étendent jusqu’en Irlande*, dans les Alpes et dans quelques autres chaînes, elles occupent les lignes de faîte centrales, comme si elles avaient été produites au jour par les mouvements qui ont soulevé ces différentes chaînes: elles abondent

dans le Brésil et occupent de vastes étendues dans les Etats-Unis : nos navigateurs ont montré qu’elles sont assez communes dans les diverses régions reculées de l’Amérique septentrionale qu’ils ont visitées 5 elles sont très développées dans la grande chaîne de l’Himalaya^ elles constituent, en grande partie, l’île de Ceylan, et ü

ne paraît pas qu’elles soient rares dans les autres parties de 1 Asie. On sait qu’elles existent aussi en Afrique , bien qu’on n ait encore fait des explorations scientifiques que dans une bien petite partie de ce continent.

ROCHES ISON STRATIFIEES.

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