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SECTION X

GROUPE FOSSILIFERE INFERIEUR.

Ce groupe n’est guère établi que par des motifs de pure convenance , pour comprendre ces terrains dans lesquels des roches contenant quelques débris organiques se trouvent quelquefois mêlées avec des couches ayant les mêmes caractères que celles qui seront comprises sous le titre de roches non fossilifères. En descendant l’échelle des terrains^ nous semblons être arrivés à un état du globe qui offrait une combinaison des causes qui ont produit les couches fossilifères et de celles auxquelles on attribue les roches non fossilifères. Nous devons naturellement concevoir que, peut-être par l’action alternative des causes particulières, il y a eu un passage de cet état de la surface du globe pendant lequel l’action chimique dominait à cet autre état pendant lequel les produits de l’action mécanique sont devenus plus abondants, puisque cette manière de voir s’accorde avec ce que nous savons sur les dépôts des roches en général : nous observons en effet, bien que certaines révolutions subites aient pu survenir dans des localités particulières, qu’en voyant les choses sur une grande échelle, un changement général dans les circonstances de la formation des roches ne s’est effectué que d’une manière plus ou moins graduelle.

On a déjà remarqué dans la série de la grauwacke ces alternatives ou mélanges de substances qui proviennent, les unes de l’action mécanique, les autres de l’action chimique ; la seule différence qui paraisse exister, c’est que ces alternatives deviennent plus fréquentes , comme cela doit être, à mesure qu’on approche de la grande masse des roches cristallines. En fait , il n’y a guère de raison pour ne pas considérer ce groupe comme formant la partie inférieure de la série de la grauwacke : les débris organiques, autant que nous pouvons en juger, sont semblables , et les caractères minéralogiques de

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la partie qui peut avoir eu une origine mécanique sont aussi les mômes, excepté peut-être que les schistes argileux sont plus abondants et les roches arénacées plus rares : au reste , cette distinction tend uniquement à faire supposer un transport par les eaux opéré d’une manière plus tranquille, si toutefois ces schistes, souvent en masse considérable , ont été réellement déposés par des eaux qui charriaient une masse de détritus qu’elles tenaient mécaniquement en suspension. Cependant, comme quelques géologues paraissent penser que ces roches peuvent être séparées du groupe de la grauwacke , rien ne s’oppose à ce que nous conservions ce groupe pour le moment, d’autant plus qu’il nous servira à observer le passage d’une grande classe de roches stratifiées à une autre.

Les schistes de Tintagel ( Cornouailles ) et ceux du mont Snowdon ( pays de Galles ), qui contiennent les uns et les autres des débris organiques, ont été quelquefois considérés comme étant d’une date plus ancienne que la grauwacke commune. Les premiers sont des schistes argileux qui passent à la variété connue sous le nom d’ardoise. Les derniers sont aussi des schistes argileux , mais ils sont associés avec quelques roches équivoques, dont la composition n’est pas tout à fait évidente. Pour les désigner, MM. Phillips et Yoods ont employé provisoirement le nom de Stéaschiste : il est presque impossible , cependant , que ces roches soient de la stéatite ; car, d’après l’analyse qu’en a faite M. Phillips , elles sont principalement composées d alumine et de silice, avec une petite proportion de chaux et seulement une légère trace de magnésie, substance qui entre ordinairement pour une portion considérable dans les composés stéatiteux

Les débris organiques que Ion a recueillis, soit à Tintagel, soit sur le sommet du Snowdon , sont loin d’être bien conservés. Ceux de cette dernière localité sont plus déterminables, et on trouve qu’ils consistent principalement en coquilles, parmi lesquelles quelquesunes paraissent se rapporter au genre Producta \

MM. Brongniart et Omalius d’Halloy ont observé les premiers les alternatives de roches granitiques et de roches schiteuses du Cotentin et de la Bretagne , et ils ont fait remarquer que ces dépôts schisteux, ainsi associés avec des composés granitiques, étaient pro-

i Phillips and Woods, Annals of Philosophy . 1822.

s On trouvera dans les Annals of Philosophy , vol. iv (1822), pi. 17, nouvelle série, des figures représentant les restes organiques recueillis par MM. Phillips et Woods au mont Snowdon. Des coquilles de Tintagel et du Snowdon se trouvent aussi figurées dans les Geol. trans., vol. îv, pl. 25.

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bablement fossilifères La grauwacke de ces contrées paraît certainement être associée, particulièrement dans sa partie inférieure, avec des roches dont l'origine mécanique et loin d’être évidente ; mais, en les étudiant, il faut bien prendre garde aux filons de granit et autres épanchements de la même roche que Ton observe aussi dans cette contrée. Il arrive même que des masses décidément cristallines, telles que certaines variétés de siénite, sont tellement mêlées avec les grauwackes , qu’il est presque impossible de fixer la limite où commence la série dans laquelle dominent les composés confusément cristallisés, et où se terminent les roches d’origine mécanique et fossilifères. On voit aussi des grès extrêmement solides, faisant évidemment partie des roches fossilifères de la Normandie, passer si complètement à une roche quarzeuse, que souvent, comme l’a observé M. Brongniart, on serait tenté de les croire produits par une cristallisation confuse.

L’étnde de cette partie de notre sujet doit toujours être, accompagnée de beaucoup de difficultés ; car, indépendamment dn mélange de schistes chloriteux, talqueux et autres , avec des dépôts fossilifères inférieurs, mélange occasionné par des circonstances que nous avons signalées plus haut, nous sommes encore embarrassés par la présence des roches ignées qui ont été injectées au milieu de ces dépôts, suivant leurs plans de stratification, et qui produisent ainsi les apparences les plus trompeuses. Une autre circonstance occasionne aussi beaucoup de difficultés : c’est l’altération que les roches ont éprouvée par l’introduction violente au milieu d’elles des granits et autres masses d’origine ignée , qui , lorsqu’elles sont en masses considérables, causent des changements très remarquables, comme on l’observe, entre autres exemples, sur les schistes argileux de la grauwacke , qui prennent l’apparence d’une variété de roches plus anciennes.

Il est évidemment impossible de préciser les limites des dépôts fossilifères et de tracer des lignes de séparation entre ces dépôts et les roches non fossilifères. Tout ce que nous pouvons conclure, c’est que des débris de la vie organique s’ensevelissaient dans des dépôts d’origine mécanique tout aussi bien pendant cette période que pendant celles qui l’ont suivie. Quant à l’abondance et aux diverses structures des animaux qui ont joui les premiers de l’existence , c’est un sujet sur lequel nous n’aurons peut-être jamais d’idées bien arrêtées 5 car la conservation d’une portion quelconque de leurs parties les plus solides doit avoir dépendu d’une grande variété

1 Journal des mines , tome xxxv, 1814.

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de circonstances, qui probablement n’ont pas dû être très favorables, pendant un état de choses durant lequel avait lieu le passage entre la production des gneiss, des micaschistes et d’autres roches.analogues, et celle de dépôts d’origine évidemment mécanique.

Quelle qu’ait été l’espèce d’organisation animale qui a paru la première à la surface de notre planète , nous pouvons être certains qu’elle était digne du dessein et de la sagesse qui ont toujours présidé à toutes les opérations de la nature , et que chaque créature était spécialement organisée pour la position qu’elle était destinée à occuper. Aussi, quand nous voulons faire des conjectures sur ce premier état de la vie, nous devons avoir toujours présente à l’esprit cette règle générale d’adaptation des animaux aux circonstances dans lesquelles ils sont placés. Si donc nous voulons rechercher quelles espèces d’animaux , d’après les caractères généraux de ceux que nous connaissons aujourd’hui , ont pu exister à une époque où ils devaient avoir comparativement une grande difficulté à se procurer le carbonate de chaux nécessaire à leurs parties solides , nous sommes conduits à reconnaître que, vu la rareté de cette dernière substance , ce sont des animaux charnus et gélatineux , tels que des Méduses et autres analogues, qui ont pu être alors les plus abondants. Par conséquent, il est possible que les mers aient nourri à cette époque un grand nombre de ces animaux et d’autres semblables, tandis que les crustacés et autres animaux à parties solides étaient d’une extrême rareté.

Ces remarques ont simplement pour but de montrer que la rareté des débris organiques que présentent les dépôts fossilifères inférieurs ne prouve nullement une rareté d’animaux pendant la même période, bien qu’on puisse en conclure que les testacés et autres animaux à parties solides n’étaient pas abondants. Des animaux entièrement charnus peuvent avoir existé par millions, sans qu’il nous en soit parvenu la moindre trace. Pour prouver cette assertion , s’il en était besoin , il suffit d’examiner s’il y a la moindre possibilité que quelque partie des nombreux animaux charnus qui fourmillent aujourd’hui dans quelques mers puissent se conserver et se transmettre aux âges futurs à l’état fossile 1 .

i Le docteur Turner m’a suggéré l’idée suivante : c’est qu’avec la supposition d’une grande abondance de méduses et autres animaux analogues parmi les premiers habitants de notre globe, il est peut-être possible de rendre raison de la nature bitumineuse de quelques-uns des anciens calcaires, particulièrement de ceux de la série carbonifère, dans lesquels on n’observe aucune trace de débris organiques ; car la décomposition d’une masse d’animaux semblables aurait produit une grande quantité de matière bitumineuse, qui serait entrée dans une forte proportion dans la composition des calcaires qui se formaient alors.

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Avant de quitter ce sujet, on peut remarquer que, bien qu’une abondante distribution de carbonate de chaux soit essentielle pour l’existence d’une grande variété d’animaux, cette substance ne fournit que très peu aux besoins de quelques-uns , même de ceux à vertèbres , tels que les requins et les poissons cartilagineux en général. Cette supposition, qu’il y a eu quelque relation entre les animaux à parties solides et la facilité de se procurer du carbonate de chaux à la surface du globe, est tout à fait d’accord avec le dessein manifesté dans la création , parce qu’à toutes les périodes on reconnaît des traces évidentes de ce dessein , et une harmonie constante entre les formes des êtres organiques et leur mode d’existence. Si nous supposons qu’une masse d’animaux soit subitement créée , et que chacun d’entre eux soit particulièrement pourvu de ses parties solides., le carbonate de chaux contenu dans ces êtres serait, sans nul doute , suffisant pour entretenir, pendant une succession de siècles, une quantité constante des mêmes animaux; car, en se dévorant entre eux, cette substance qui leur est nécessaire se transmettrait de l’un à l’autre. Nous sommes cependant certains que les choses ne se sont pas passées ainsi; car les parties solides des animaux qui ont été successivement ensevelis dans diverses roches constituent une grande proportion de quelques-unes de ces roches , et si on les retirait des dépôts fossilifères en général, l’épaisseur de ces dépôts se trouverait considérablement diminuée. D’après cela, si les débris d’animaux n’avaient pas été ensevelis, et si ces mêmes animaux n’avaient pas trouvé d’autre carbonate de chaux que celui qu’ils pouvaient se procurer en se détruisant les uns les autres afin de se nourrir, la surface de notre planète n’aurait pas été telle qu’elle est maintenant; et par conséquent, comme dans la création les choses sont constamment disposées pour le but que la nature s’est proposé , l’état général de la vie animale et végétale n’aurait pas été tel que nous le voyons aujourd’hui.

ROCHES STRATIFIEES INFERIEURES.

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