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III. Système du nord de V Angleterre

Depuis la latitude de Derby jusqu’aux frontières de i’Écosse, îe sol de l’Angleterre se trouve partagé par un axe montagneux qui, pris dans son ensemble, court presque exactement du sud au nord, en s’écartant seulement un peu vers le nord-nord-ouest. Dans cette chaîne, qui , étant formée entièrement par des couches de la série carbonifère, est aujourd’hui nommée la grande chaîne carbonifère du nord de l’Angleterre, les forces soulevantes semblent, en prenant la chose dans son ensemble, avoir agi (non toutefois sans des déviations considérables) suivant des lignes dirigées à peu près du sud 5° est au nord 5° ouest. Ces forces soulevantes ont produit de grandes failles, dont hune forme le bord occidental de la chaîne dans le peak du Derbyshire. Elle est prolongée par une ligne anticlinale dans les montagnes appelées Western moors du Yorkshire , et à partir de là l’escarpement occidental de la chaîne est accompagné par d’énormes fractures depuis le centre du Graven jusqu’au pied du Stainmoor. Une autre fracture très considérable, passant au pied de l’escarpement occidental du chaînon du Cross-fell, rencontre sous un angle obtus, près du pied du Stainmoor, la grande faille du Craven. Cette dernière faille explique immédiatement la position isolée des montagnes du district des Lacs.

DES SOULÈVEMENTS DES MONTAGNES. 63 i

M. le professeur Sedwiek prouve directement, dans le Mémoire qu’il a consacré à la structure de cette chaîne., que toutes les fractures ci-dessus mentionnées ont été produites immédiatement avant la formation des conglomérats du nouveau grès rouge ( rothe todte liegende ), et il présente les plus fortes raisons pour penser qu’elles ont été occasionnées par une action à la fois violente et de courte durée; car on passe sans intermédiaire des masses inclinées et rompues aux conglomérats qui s’étendent sur elles horizontalement, et il n’y a aucune trace qui puisse indiquer un passage lent d’un ordre de choses à un autre. Enfin , M. le professeur Sedgwick , recherchant quelle pourrait être l’origine des phénomènes décrits, indique les différentes roches cristallines qui se montrent en contact avec les roches de la série carbonifère (le toadstone du Derbyshire et le whinstone du Cumberland).

L’élévation de la chaîne du nord de l’Angleterre n’a probablement pas été un phénomène isolé ; mais si l’on jette un coup d’œil sur la carte géologique de l’Angleterre par M. Greenough, et sur celle jointe au Mémoire de MM. Buckland et Conybeare sur les environs de Bristol, on est naturellement conduit à remarquer que les roches problématiques qui percent et qui disloquent les dépôts houillers de Shrewsbury et de Coal-brook-dale , et celles qui forment le Malvern-Hills, paraissent liées à une série de dislocations qui, courant presque du nord au sud, se prolonge à travers les couches de transition récentes et les couches de la série carbonifère jusqu’aux environs de Bristol.

La côte dirigée presque du nord au sud qui forme la limite occidentale du département de la Manche, et différentes lignes de fractures dirigées de même dans le sens du méridien que présente le bocage de la Normandie, doivent aussi probablement leur origine première à des dislocations de la même catégorie que celles de la grande chaîne carbonifère du nord de l’Angleterre.

Peut-être aussi des traces du même phénomène pourraient-elles être reconnues dans le massif central de la France (chaîne de pierre sur autre, chaîne de tarare), dans les montagnes des Maures (département du Var) et dans les montagnes primitives de la Corse.

IY. Système des Pays-Bas et du sud du pays de Galles.

Les formations du grès rouge et zechstein, déposées primitivement en couches à peu près horizontales au pied des montagnes du Harz, du pays de Nassau, de la Saxe, sont bien loin d’avoir conservé partout leur horizontalité primitive; elles présentent au con~

traire un grand nombre de fractures et de dérangements^ dont une grande partie affectent en même temps les formations du grès bigarré et du muschelkalk, mais dont une certaine classe ne dépasse pas le zechstein , et paraît s’être produite immédiatement après son dépôt. De ce nombre sont les failles et les inflexions variées dirigées moyennement de l’est à l’ouest, que présentent les couches du grès rouge, du weiss-liegende, du kupferchiefer et du zechstein, dans le pays de Mansfeld, accidents dont M. Freisleben avait déjà indiqué que la production devait être antérieure au dépôt du grès bigarré.

Ces accidents remarquables de la stratification des premières couches secondaires du Mansfeld me paraissent n’être qu’un cas particulier d’un ensemble d’accidents de stratification qui, depuis les bords de l’Elbe jusqu’aux petites îles de la baie de Saint- Bride, dans le pays de Galles, affectent toutes les couches de sédiment dont la formation n’est pas postérieure à celle du zechstein. Dans cette étendue de 280 lieues, toutes les couches dont il s’agit, partout où elles ne sont pas dérobées à l’observation par des formations plus récentes auxquelles ces mouvements sont étrangers, se présentent dans un état plus ou moins complet de dislocation. Il y a même des points, comme à Liège, à Mons, à Valenciennes, sur les flancs de Mendip-Hills , où elles présentent les contorsions les plus extraordinaires, où leur profil présente, par exemple, la forme d’un Z, ou des formes plus bizarres encore. Ces accidents de stratification ont pour caractère commun, que les couches se sont pour ainsi dire repliées sur elles-mêmes sans s’élever en montagnes considérales, qu’ils n’occasionnent à la surface du terrain que de faibles protubérances, malgré la complication dqs contorsions que les couches présentent à l’intérieur, et que les plis (ou les lignes de fracture) se sont produits pour moitié dans une direction parallèle à un grand cercle qui traverserait le Mansfeld perpendiculairement au méridien de ce pays, et pour l’autre moitié, suivant les directions des dislocations que présentaient déjà en chaque point les couches plus anciennes affectées par des bouleversements antérieurs. Ainsi, dans la bande de terrain carbonifère qui s’étend d’une manière presque continue depuis le pays de La Marck jusqu’aux environs d’Arras, les couches de calcaire, de grès, d’argile schisteuse et de houille, se dirigent, tantôt presque de l’est à l’ouest, parallèlement au grand cercle ci-dessus désigné, tantôt presque du nord-est au sud-ouest, parallèlement à la stratification des terrains schisteux anciens de l’Eiffel et du Hundsruck. Sur les bords du canal de Bristol et dans tout le midi du pays de Galles, on

voit de même la stratification, souvent très contournée, du système carbonifère osciller entre deux directions, l’une, courant de Test un peu nord à l’ouest un peu sud , parallèlement à ce même grand cercle désigné ci-dessus $ l’autre, courant de l’est 10° sud à l’ouest 10° nord , parallèlement à la direction des couches de schistes et de grauwackes du nord du Devonshire , qui probablement s’élevaient déjà en montagnes avant le dépôt de la série carbonifère. Malgré la grande étendue de terrains récents qui sépare les terrains carbonifères de la Belgique de ceux des bords du canal de Bristol, et qui rend leur continuité problématique, on peut remarquer que, de part et d’autre , les contorsions qui affectent les couches présentent des caractères communs, dont l’un, par exemple, consiste en ce que les contournements sont beaucoup plus forts dans la partie méridionale de la bande disloquée que dans la partie septentrionale.

Les traits de ressemblance que présentent toutes les dislocations que je viens d’indiquer, depuis le pays de Mansfeld jusqu’à l’extrémité occidentale d u Pembrockshire, me portent à la considérer comme résultant d’un même phénomène, à moins que quelque observation positive ne prouve qu elles ont été produites à des époques distinctes. Ce phénomène serait nécessairement postérieur au dépôt de zechstein, antérieur au dépôt du poudingue de Malmédy, et des conglomérats magnésiens de Mendip-Hills et des environs de Bristol, qui s’étendent horizontalement sur les tranches des couches carbonifères disloquées. M. le professeur Sedgwick regarde le conglomérat magnésien de Bristol comme plus récent que le calcaire magnésien du nord de l’Angleterre , qui est parallèle au zechstein -, et rien ne s’oppose jusqu’ici à ce qu’on assigne une date semblable au poudingue de Malmédy, mais comme cependant le conglomérat magnésien de Bristol doit nécessairement rester parmi les assises les plus anciennes du nouveau grès rouge des Anglais , on voit que si toutes les dislocations que je viens d’énumérer sont le résultat d’une seule catastrophe, cette catastrophe doit avoir eu lieu immédiatement après le dépôt du zechstein.

Je suis encore porté à rapporter à cette même catastrophe les dérangements multipliés qu’ont éprouvés les couches houillères de Sarrebruck avant le dépôt du grès des Vosges , qui s’est étendu horizontalement sur leurs tranches, et les mouvements moins considérables que paraît avoir éprouvé le sol des Vosges, entre le dépôt du grès rouge qui n’y a rempli que le fond de quelques dépressions, et celui du grès des Vosges qui s’y est élevé beaucoup plus haut, et y a recouvert des espaces beaucoup plus considérables.

Y. Système du Rhin .

Les montagnes des Vosges, de la Hardt, de la forêt Noire et de FOdenwald, forment deux groupes en quelque sorte symétriques, qui se terminent Fun vis-à-vis de l’autre par deux longues falaises légèrement sinueuses, dont les directions générales sont parallèles l’une à l’autre, et au cours du Rhin qui coule entre elles depuis Bâle jusqu'à Mayence. Ces deux falaises sont principalement composées d’éléments rectilignes tous orientés presque exactement du nord 21° est au sud 21° ouest ; et les montagnes qui viennent d’être mentionnées présentent, dans beaucoup de points de leur pourtour ou de leur intérieur, d’autres lignes d’escarpements parallèles aux précédents. Ces lignes, qui sont les traits caractéristiques de celui des quatre systèmes de montagnes de l’Allemagne que M. Léopold de Buch a nommé système du Rhin, se dessinent très nettement sur une carte géologique de ces contrées, aussitôt qu’on y distingue par des couleurs différentes les deux formations, si souvent confondues ensemble, du grès des Vosges et du grès bigarré. Les escarpements dont il s’agit sont tous composés, en tout ou en partie, de grès des Vosges. Ils forment, en général, la tranche des plateaux plus ou moins étendus dont les couches de cette formation constituent la surface. Ils paraissent dus à de grandes fractures, à une série de failles parallèles qui ont rompu et diversement élevé ou abaissé les différents compartiments dans lesquels elles ont divisé la formation du grès des Vosges, à une époque où cette formation n’était encore recouverte par aucune autre. L’époque de bouleversement dans laquelle elles se sont produites est par conséquent antérieure au dépôt du système du grès bigarré, du muschelkalk et dés marnes irisées, qui tout autour des montagnes des deux bords du Rhin s’étend jusqu’au pied des falaises dirigées du nord 21 ° est au sud 21° ouest. Ces formations semblent s’être déposées dans une mer dans laquelle les montagnes qui constituent le système du Rhin formaient des îles et des presqu’îles. Elles dessinent encore aujourd’hui les contours de ces anciennes terres. Le dépôt du plus ancien de ces trois groupes de couches, le grès bigarré, paraît avoir suivi sans interruption celui du grès des Vosges-, car, dans les points où les deux formations sont superposées , il y a passage de l’une à l’autre. Le mouvement qui a élevé le grès des Vosges en plateaux, dont le grès bigarré est venu ceindre la base, doit , par conséquent, avoir été brusque et de peu de durée.

La production des fractures qui caractérisent le système du Rhin

ne paraît pas avoir été circonscrite clans les contrées rhénanes. On observe des traces de fractures analogues et semblablement dirigées dans les montagnes comprises entre la Saône et la Loire, dans celles du centre et du midi de la France et jusque dans les parties littorales du département du Yar. Partout ces fractures sont antérieures au dépôt du système du grès bigarré , du muschelkalk et des marnes irisées; partout aussi on peut reconnaître qu’elles sont postérieures au dépôt du terrain houiller. Il est vrai que l’absence, dans ces mêmes contrées, des formations comprises entre le terrain houiller et le grès bigarré empêche qu’on ne puisse déterminer, d’une manière complète, l’époque relative de leur formation; mais on peut dire du moins que rien ne contredit jusqu’ici l’induction que fournit leur direction pour les rapprocher de celles qui caractérisent le système du Rhin.

'VI. Système du Thuringerwald , du B ohm erw a Id-ge b irg e , du

Morvan.

Le terrain jurassique, déposé par couches presque horizontales dans un ensemble de mers et de golfes , a dessiné les contours des divers systèmes de montagnes dont nous avons déjà parlé , et en même temps ceux d’un système particulier qui se distingue par la direction ouest 40° nord — est 40° sud , que présentent la plupart des lignes de faîte et des vallées qu’il détermine, et par la circonstance que les couches du grès bigarré^ du muschelkalk et des marnes irisées s’y trouvent dérangées de leur position originaire, aussi bien que toutes les couches plus anciennes. Les couches jurassiques, au contraire , s’étendent horizontalement jusqu’au pied des pentes et sur les tranches des couches redressées de ce système; d’où il résulte que le mouvement qui lui a donné naissance a dû avoir lieu entre la période du dépôt des marnes irisées et celle du grès inférieur du lias. Ce mouvement doit avoir été brusque et de peu de durée, puisque, dans beaucoup de parties de l’Europe, il y a liaison entre les dernières couches des marnes irisées et les premières couches du grès du lias; ce qui montre que la nature et la distribution des sédiments a changé à cette époque géologique sans que la continuité de leur dépôt ait été interrompue.

Lorsqu’on promène un œil attentif sur la carte géologique de l’Allemagne par M. Léopold de Buch, ou sur celle plus détaillée encore du nord de l’Allemagne par M. Hoffmann, on y reconnaît aisément l’existence d’un système de dérangements de stratification qui court à peu près de l’ouest 40° nord à l’est 40’ sud, en affectant indistinc-

tement toutes les couches d’une date plus ancienne que le keuper (marnes irisées, red-marl) et le keuper lui-même, et qui ont concouru à déterminer les concours sinueux des golfes dans lesquels se sont ensuite déposées les couches jurassiques du nord et du midi de l’Allemagne. Ces accidents comprennent la plus grande partie de ceux que M. Léopold de Bu ch a groupés sous le nom de système du nord-est de l’Allemagne. Le Thuringerwald, et la partie du Bolimerwald-gebire comprise entre la Bavière et la Bohême , qui en forme presque exactement le prolongement, sont le chaînon le plus proéminent de cet ensemble d’accidents, plus étendu que prononcé, et peuvent servir à donner un nom à tout le système.

En France comme en Allemagne, on peut reconnaître les tracer d’un ridement général du sol dans la direction du nord 40° ouest au sud 40° est; mais ce ridement n’a produit, en France comme en Allemagne, que des accidents d’une faible saillie et qu’il est impossible de désigner tous dans un extrait aussi abrégé que celui-ci, dont il serait même difficile de bien exprimer la disposition sans le secours d’une carte sur laquelle seraient figurés les contours de la mer jurassique. Au centre de la France, près d’Avallon et d’Autun, on voit les premières couches jurassiques, le lias de l’arkose qui en dépend^ venir embrasser des protubérances allongées dans la direction nord 40° ouest — sud 40° est, et composées à la fois de roches granitiques et de couches dérangées du terrain liouiller et d’un arkose particulier contemporain des marnes irisées. La même direction et des circonstances géologiques analogues se retrouvent dans une série de montagnes et de collines serpentineuses , porphyritiques , granitiques et schisteuses, qui, depuis les environs de Firmy, dans le département de l’Aveyron, se dirige vers l’île d’Ouessant, en déterminant la direction générale des côtes de la Vendée et des côtes sudouest de la Bretagne. Vers l’extrémité sud-est de ce système, notamment aux environs de Brives et de Terrasson , le grès bigarré se présente en couches inclinées formant des lignes anticlinales et des crêtes dirigées assez exactement dans la direction dont nous parlons; tandis que, partout oùdes couches jurassiques s’approchent de cette suite de proéminences, elles conservent leur horizontalité , sauf des cas peu nombreux, où des accidents dirigés dans des sens différents la leur ont fait perdre accidentellement.

M. de Buch avait déjà remarqué que la direction du système du nord-est de l’Allemagne se retrouve dans celle d’une partie des accidents du sol de la Grèce. Fn effet , si on imagine un arc de grand cercle qui passe par le Thuringerwald , en faisant avec le méridien un angle de 50° du côté de l’ouest, ou en se dirigeant de l’ouest 40°

DES S0ULÈVE31ENTS DES M OIN TAGINES. 6 37

nord à l’est 40 » sud , cet arc de grand cercle prolongé traverserait la Grèce parallèlement aux crêtes des chaînes en partie sousmarines qui constituent File de Négrepont, l’Attique et une partie des îles de l’Archipel. Ce système de crêtes, que MM. Boblaye et Virlet ont nommé système olympique, est composé de roches de la classe des primitives, dont les couches affectent en général la même direction que les crêtes elles-mêmes. Il résulte des observations de MM. Boblaye et Virlet que la formation de ces crêtes est antérieure au dépôt des assises inférieures du terrain crétacé -, ainsi le peu qu’on sait sur l’époque de leur apparition se trouve conforme à l’idée de M. de Buch, qui les rapprochait du Thuringerwald, d’après la considération de leur direction.

VII. Système du mont Pilas , de la Côte-d’Or et de V Erzgebirge.

Une foule d’indices se réunissent pour attester que, dans l’intervalle des deux périodes auxquelles correspondent le dépôt jurassique et le système des terrains crétacés ( fVealden formation , green sand and chalk), il y a eu une variation brusque et importante dans la manière dont les sédiments se disposaient sur la surface de l’Europe. Cette variation a été considérable ; car si on essaie de rétablir sur une carte les contours de la nappe d’eau dans laquelle s’est déposée la partie inférieure du terrain crétacé, on les trouve extrêmement différents de ceux de la nappe d’eau dans laquelle s’est formé le terrain jurassique. Elle a été brusque; car en beaucoup de points il y a passage de l’un des systèmes de couches à l’autre, ce qui annonce que, dans ces points, la nature du dépôt et celle des habitants de la surface ont varié sans que le dépôt des sédiments ait été suspendu.

Cette variation subite paraît avoir coïncidé avec la formation d’un ensemble de chaînons de montagnes parmi lesquelles on peut citer la Côte-d’Or ( en Bourgogne ) , le mont Pilas ( en Forez ) , les Cévennes et les plateaux duLarzac (dans le midi de la France), et môme l’Erzgebirge ( en Saxe ).

L’Erzgebirge, la Côte-d’Or, le Pilas, les Cévennes, font partie d’une série presque continue d’accidents du sol qui se dirigent à peu près du nord-est au sud-ouest, ou de l’est 40° nord à l’ouest 40° sud depuis les bords de l’Elbe jusqu’à ceux du canal de Languedoc et de la Dordogne , et dont la communauté de direction , et la liaison de proche en proche conduisent à penser que l’origine a été contemporaine, que la formation s’est opérée dans une seule et même convulsion. Dans les départements de la Dordogne et de la Charente , en Nivernais, en

Bourgogne, en Lorraine , en Alsace et dans plusieurs autres parties de la France, les dérangements de stratification diriges dans le sens des chaînons de montagnes dont nous parlons , embrassent les couches jurassiques , tandis qu’ils n’affectent pas les couches inférieures du terrain crétacé à la rencontre desquelles ils se terminent près des rives de la Dordogne et en Saxe , où les couches de grès vert qui forment les escarpements pittoresques de ce qu’on appelle la Suisse Saxonne s’étendent horizontalement sur la hase de l’Erzgebirge. La Côte-d’Or, située au milieu de l’espace dont il s’agit, fait partie d’une série d’ondulations des couches jurassiques qui, après avoir donné naissance aux accidents les mieux désignés du sol du département de la Haute-Saône, se reproduit encore dans les hautes vallées longitudinales des montagnes du Jura, par-dessous lesquelles toutes les couches du terrain jurassique viennent passer pour se relever dans leurs intervalles et former les groupes arrondis qui les séparent. Dans le fond de plusieurs de ces vallées, on trouve des couches évidemment contemporaines du grès vert d’après les fossiles qu’elles contiennent ; et cômme ces couches ne s’élèvent pas sur les crêtes intermédiaires qui semblent avoir formé autant d’îles et de presqu’îles, elles sont évidemment d’une date plus récente que le reploiement des couches jurassiques qui a donné naissance à ces crêtes, aux vallées longitudinales et à tout le système dont elles font partie, et qui comprend la Côte-d'Or.

Il suit naturellement de là, qu’indépendamment des accidents plus anciens qui ont déterminé l’inclinaison de diverses couches, et notamment des couches schisteuses anciennes qui composent en partie le sol des parties de l’Allemagne et de la France comprises entre les plaines de la Prusse et celles de la Gascogne, ce sol a éprouvé un nouveau mouvement de dislocation entre la période du dépôt du terrain jurassique et celle du dépôt du système crétacé, mouvement qui a , pour ainsi dire, marqué le moment du passage de l’une des périodes à l’autre. La direction suivant laquelle cette dislocation s’est opérée est indiquée par la direction générale des crêtes dont le terrain jurassique fait partie, et dont le terrain crétacé entoure la base. Cette direction , ainsi que je l’ai dit plus haut, court en général à peu près du nord-est au sud-ouest. Cependant il y a quelquefois des déviations, suivant la direction de fractures plus anciennes : ainsi , dans la Haute-Saône, dans le midi de la Côte-d’Or et dans le département de Saône-et-Loire , on voit un grand nombre de fractures de l’époque qui nous occupe suivre la direction propre au système du Rhin.

Comme on devait naturellement s’y attendre, la direction des chaînes du mont Pilas, de la Côte-d’Or, de l’Erzgebirge et des

autres chaînes qui ont pris leur relief actuel immédiatement avant le dépôt du grès vert et de la craie, a eu une grande influence sur la distribution de ce terrain dans la partie occidentale de l’Europe. On conçoit, en effet, qu’elle a dû avoir une influence très marquée sur la disposition des parties adjacentes de la surface du globe qui, pendant la période du dépôt de ce terrain , se trouvaient à sec ou submergées. Parallèlement aux directions des chaînes que je viens de citer s’étend, des bords de l'Elbe et de la Saale à ceux de la Vienne, de la Charente et de la Dordogne, une masse de terrain qui formait évidemment dans la mer qui déposait le terrain crétacé inférieur une presqu’île liée, vers Poitiers, aux contrées montueuses déjà façonnées à cette époque de la Vendée , de la Bretagne, et par elles à celles du Cornouailles, du pays de Galles , de l’Irlande et de l’Ecosse. La mer ne venait plus battre jusqu’au pied des Vosges : un rivage s’étendait des environs de Ratisbonne vers Alais; et le long de cette ligne on reconnaît beaucoup de dépôts littoraux de l’âge du grès vert, tels que ceux de la perte du Rhône et des hautes vallées longitudinales du Jura. Plus au sud-est, on voit le même dépôt prendre une épaisseur et souvent des caractères qui prouvent qu’il s’est déposé sous une grande profondeur d’eau. Il est à remarquer que le dépôt du grès vert et de la craie a pris des caractères différents sur les diverses côtes de la presqu’île que je viens de nommer, et ce n’est peut-être que dans le large golfe qui continua longtemps à s’étendre entre la même presqu’île et les montagnes du pays de Galles, du Derbyshire, de l’Ecosse et de la Scandinavie, qu'il s’est déposé avec cette consistance crayeuse de laquelle est dérivé son nom général, quoiqu’elle tienne, selon toute apparence, à une circonstance exceptionnelle.

VUE Système du Mont Viso.

On est dans l’habitude de réunir en un seul groupe toutes les couches de sédiment comprises entre la partie supérieure du calcaire du Jura et la partie inférieure des dépôts tertiaires. Parmi ces couches sont comprises la craie, avec les sables et argiles qui lui servent de support, couches que les géologues anglais désignent par les noms de wealden formation , greensand et chalk. M. d’Omalius d’Halloy a proposé de nommer terrain crétacé ce groupe de couches, de même qu’on nomme terrain jurassique le groupe de couches dont le calcaire du Jura fait partie. Ces mêmes couches, que le besoin d’un nombre limité de coupures a fait réunir, forment un assemblage beaucoup plus hétérogène et beaucoup moins continu que celles dont on compose le groupe jurassique. 11 me paraît bien

probable que, pendant la durée de leur dépôt, il s’est opéré plus d’un bouleversement, soit dans nos contrées mêmes, soit dans les parties de la surface du globe qui en sont peu éloignées. Il me semble même qu’ori peut dès à présent signaler un groupe assez étendu et assez fortement dessiné d’accidents de stratification et de crêtes de montagnes , comme correspondant à la plus tranchée des lignes de partage que nous offrent les couches comprises dans le groupe crétacé.

L’ensemble des couches du terrain crétacé peut , en effet , se diviser en deux assises très distinctes par leurs caractères zoologiques et par leur distribution sur la surface de l’Europe : l’une , que je propose de désigner sous le nom de terrain créLacé inférieur, comprendrait les diverses couches de l’époque de la formation wealdienne et celle du grès vert jusque et compris le reigate firestone des Anglais, ou jusque et compris notre craie chloritée et notre craie tuffeau 5 l’autre , que je propose de désigner sous le nom de terrain crétacé supérieur, comprendrait seulement la craie marneuse et la craie blanche : le terrain crétacé supérieur se distinguerait zoologiquement de l’inférieur par l’absence des céphalopodes à cloisons persillées, tels que les ammnonites, les hamites, les turrilites , les scaphites, qui abondent dans certaines couches du terrain crétacé inférieur.

La ligne de partage de ces deux systèmes de couches me paraît correspondre à l’apparition d’un système d’accidents du sol que je propose de nommer système du Mont Viso , d’après une seule cime des Alpes françaises qui, comme presque toutes les cimes alpines, doit sa hauteur absolue actuelle à plusieurs soulèvements successifs, mais dans laquelle les accidents de stratification propre à l’époque qui nous occupe se montrent d’une manière très prononcée.

Les Alpes françaises et l’extrémité sud-ouest du Jura, depuis les environs d’Antibes et de Nice jusqu’aux environs de Pont-d’Ain et de Lons-le-Saulnier, présentent une série de crêtes et de dislocations dirigées à peu près vers le nord-nord-ouest, et dans lesquelles les couches du terrain crétacé inférieur se trouvent redressées aussi bien que les couches jurassiques. La pyramide de roches primitives du Mont Yiso est traversée par d’énormes failles qui, d’après leur direction , appartiennent à ce système de fractures. Au pied des crêtes orientales du Devoluy, formées par les couches du terrain crétacé inférieur redressées dans la direction dont il s’agit, sont déposées horizontalement, près du col de Bayard, celles des couches du terrain crétacé supérieur qui se distinguent par la présence d’un grand nombre de nummulites, de cérites, d’ampullaires

et d’autres coquilles dont on avait cru pendant longtemps que les genres étaient exclusivement propres aux terrains tertiaires. C’est donc .entre les périodes çle dépôt de ces deux parties du système du grès vert et de la craie que les couches du système du Mont Viso ont été redressées.

Plus à l’ouest, de nombreuses lignes de fractures, d’assez nombreuses crêtes, formées en partie par les couches redressées du terrain crétacé inférieur, se montrent depuis l’île de Noirmoutiers, où M. Bertrand Geslin vient d’en indiquer un exemple, jusque dans la partie méridionale du royaume de Valence. A Orthès (Basses-Pyrénées), et dans les gorges de Pancorbo (entre Miranda et Burgos), on trouve les couches du terrain crétacé inférieur redressées dans la direction dont il s’agit.

MM. Boblaye et Virlet ont. signalé, dans la Grèce, un système de crêtes très élevées qu’ils ont nommé système Pindique, dont la direction est sensiblement parallèle à celle d’un arc de grand cercle qui passerait par le Mont Also en se divisant du nord-nord-ouest au sud-sud-ouest, et dont les couches les plus récentes leur paraissent se rapporter au terrain crétacé inférieur.

Lorsqu’on cherche à restaurer sur une carte les contours de la mer dans laquelle s’est déposé le terrain crétacé supérieur, on reconnaît aisément que la direction des crêtes dont se compose le système du Mont Viso a exercé sur ces contours une influence très marquée.

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