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IX. Système des Pyrénées

Le défaut de continuité qui existe dans la série des dépôts de sédiment entre la craie et les formations tertiaires, et la conséquence qu’à cette époque de la chronologie géologique il y a eu renouvellement dans la manière d’agir des causes qui produisent des dépôts de sédiment, sont au nombre des points les mieux avérés de la géologie.

Ce défaut de continuité n’est nulle part plus funeste qu’au pied des Pyrénées. D’après les observations de plusieurs géologues, les formations tertiaires, parmi lesquelles se trouve compris le calcaire grossier de Bordeaux et de Dax, s’étendent horizontalement jusqu’au pied de ces montagnes, sans entrer, comme la craie, dans la composition d’une partie de leur masse; d’où il suit que les Pyrénées ont pris, relativement aux parties adjacentes de la surface du globe , le relief qu’elles nous présentent aujourd’hui , après la période du dépôt des terrains crétacés, dont les couches redressées s’élèvent

indistinctement sur leurs flancs, quelques-unes même jusqu’à leur crête, comme l’a prouvé M. Dufrénoy, avant la période du dépôt des couches tertiaires de divers âges, qui s’étendent indistinctement jusqu’à leur pied , et qui souvent, dans le bassin de la Gascogne, semblent se confondre les unes avec les autres 5 ce qui tend à prouver que, pendant une grande partie des périodes tertiaires, cette partie de l’écorce du globe est restée à peu près immobile.

Si Ton jette les yeux sur des cartes suffisamment détaillées de la France et de l’Espagne , on voit que les Pyrénées y forment un système isolé presque de toutes parts 5 la direction qui y domine le détache également des systèmes de montagnes de l’intérieur de la France et de ceux qui traversent l’Espagne et le Portugal. Cette chaîne, considérée en grand, s’étend depuis le cap Ortégal en Galice , jusqu’au cap de Creuss en Catalogne 5 mais elle paraît composée de la réunion de plusieurs chaînons parallèles entre eux, qui courent de l’ouest 18° nord à l’est 18° sud, dans une direction oblique par rapport à la ligne qui joint les deux points les plus éloignés de la masse totale.

Cette direction des chaînons partiels , dont la réunion constitue les Pyrénées , se retrouve dans une partie des accidents du sol de la Provence, qui ont en même temps cela de commun avec eux, que toutes celles des couches du système crétacé qui y existent y sont redressées, tandis que toutes les couches tertiaires qu’on y rencontre s’étendent transgressivement sur les tranches des premières.

La réunion des mêmes circonstances caractérise les chaînons les plus considérables des Apennins. Les principaux accidents du sol de l’Italie centrale et méridionale et de la Sicile se coordonnent à quatre directions principales, dont l’une, qui est celle des accidents les plus étendus , est parallèle à la direction des chaînons des Pyrénées. On la reconnaît dans les montagnes situées entre Modène et Florence , dans les Morges entre Bari et Tarente , dans un grand nombre d’autres crêtes intermédiaires et même dans deux rangées de masses volcaniques qui courent , l’une à travers la terre de Labour, des environs de Rome à ceux de Bénévent, et l'autre, dans les îles Ponces, de Palmarola à Ischia. Ces dernières masses, bien que d’une date probablement plus moderne , semblent marquer comme des jalons les lignes de fractures du sol qu’elles ont traversé.

Les montagnes qui appartiennent à cette série d’accidents du sol sont en partie composées de couches redressées du système du grès vert et de la craie , tandis qu’elles sont enveloppées de couches tertiaires , dont l’horizontalité générale ne se dément qu’à l’approche

des accidents d’un âge différent, auxquels sont dues les autres lignes de direction.

Les mêmes caractères de composition et de direction se retrouvent dans la falaise, qui, malgré des dislocations plus récentes, termine encore la masse des Alpes au nord de Bergame et de Vérone, et au pied de laquelle se sont déposés les terrains calcaréotrappéens du Vicentin, contemporains du calcaire grossier de Paris (Castel Gomberto, Montecchio maggiore, Val Bonca). Ils se retrouvent aussi dans les Alpes Juliennes, entre le pays de Venise et la Hongrie , dans une partie des montagnes de la Croatie , de la Dalmatie, de la Bosnie, et même dans celles de la Grèce, où MM. Boblaye et Virlet les ont observés dans les chaînons qu’ils ont désignés sous le nom de système Aeliaïque.

On les retrouve de même dans une partie des monts Carpathes, entre la Hongrie et la Gallicie, ainsi que dans quelques accidents du sol du nord de l’Allemagne, parmi lesquels on remarque principalement les lignes de dislocation, le long desquelles les couches du terrain crétacé se redressent au pied de l’escarpement nordnord-est du Harz.

Enfin, dans le nord de la France et le sud de l’Angleterre , la dénudation du pays de Bray et celle de Wealds, du Surrey, du Sussex et du Kent, et du Bas-Boulonais , ils paraissent avoir pris la place des protubérances du terrain crétacé dues à des soulèvements opérés immédiatement avant le dépôts des premières couches tertiaires, suivant des directions générales parallèles à celles des Pyrénées, mais avec des accidents partiels parallèles aux directions d’autres soulèvement plus anciens.

La convulsion qui accompagna la naissance des Pyrénées fut évidemment une des plus fortes que le sol de l’Europe ait jusqu’alors éprouvées ; ce ne fut qu’à l’apparition des Alpes qu’il en éprouva de plus fortes encore; mais pendant l’intervalle qui s’écoula entre l’élévation des Pyrénées et la formation du système des Alpes occidentales, intervalle pendant lequel se déposèrent la plus grande partie des couches qu’on nomme tertiaires, l’Europe ne fut le théâtre d’aucun autre événement aussi important; les soulèvements qui, pendant cet intervalle, changèrent peut-être à plusieurs reprises la forme des bassins tertiaires , ne s’y firent pas sentir avec la même intensité; et le système des Pyrénées forma, pendant tout cet intervalle , le trait dominant de la partie de la surface de notre planète qui est devenue l’Europe; aussi le cachet pyrénéen se découvre-t-il presque aussi bien sur la carte où M. Lyell a figuré indistinctement toutes les mers des diverses périodes tertiaires, que

sur colle où j’ai cherché à restaurer séparément la forme d’une partie des mers où se déposèrent les terrains tertiaires inférieurs. (Voyez Mémoires de la Société géologique de France , t. Ier,

pl. VII.)

On peut, en effet, remarquer qu’une ligne un peu sinueuse, tirée des environs de Londres à l’embouchure du Danube, forme la lisière méridionale d’une vaste étendue de terrain plat, couverte presque partout par des formations récentes. Cette ligne, qui est sensiblement parallèle à la direction pyrénéo-apennine , semble donc avoir été le rivage méridional d’une vaste mer qui , à l’époque des dépôts tertiaires, couvrait une grande partie du sol de l’Europe, et qui se trouvait limitée vers le sud par un espace continental traversé par plusieurs bras de mer, et dont les montagnes du système des Pyrénées formaient les traits les plus saillants.

Les lambeaux de terrain tertiaire qui se sont formes dans les dépressions de ce même espace y sont souvent disposés suivant des lignes parallèles à la direction générale du système des Pyrénées : on conçoit toutefois que , comme ce grand espace présentait aussi des irrégularités résultant de dislocations plus anciennes et dirigées autrement, il a dû s’y former aussi des lambeaux tertiaires coordonnés à ces anciennes directions. C’est par cette raison que la direction dont il s’agit ne se manifeste que dans une partie des traits généraux primitifs du bassin tertiaire de Paris, de l’île de Wight et de Londres. L’enceinte extérieure qui environne l’ensemble de ces dépôts se trouve, en effet, en rapport avec des accidents de la surface du sol tout à fait étrangers au système des Pyrénées, auquel semblent au contraire se rattacher les protubérances crayeuses qui, s’interposant entre eux , les ont empêchés de se former un tout continu.

De nouvelles montagnes s’étant ensuite élevées pendant la durée de la période tertiaire, les plus récentes des couches comprises sous cette dénomination sont venues s’étendre le long des nouveaux rivages que ces montagnes ont déterminés, mais sans que la forme générale des nappes d’eau cessât de présenter de nombreuses traces de l’influence prédominante du système pyrénéen.

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