DU TRADUCTEUR
Le Manuel géologique de M. de la Bêche a eu un très grand succès, non-seulement en Angleterre, mais par toute l’Europe. La première édition anglaise a été épuisée en quelques mois, et la seconde a paru en 1832. Cette faveur du public est due principalement à la réputation que l’auteur s’est acquise depuis plus de dix ans par les nombreux Mémoires géologiques qu’il a publiés 5 en outre, il y avait longtemps qu’il n’avait paru en Angleterre un traité général de géologie, et on trouve réunie dans celui-ci une masse considérable d’observations anciennes et récentes , surtout de l’Angleterre, lesquelles sont éparses dans des recueils scientifiques.
Aussi un grand nombre de géologues ont désiré que cet ouvrage fût traduit en français, et plusieurs amis m’ont engagé à entreprendre ce travail. Malgré mes occupations multipliées, j’ai consenti à m’en charger, uniquement dans la vue d’etre utile à la science et à ceux qui suivent mon cours de géologie -, et je l’ai fait avec d’autant plus de plaisir que, dans les considérations théoriques, les idées de l’auteur sont presque toujours d’accord avec les miennes. J’ai été d’ailleurs soulagé dans ce travail par l’utile coopération de MM. de Boureuil, Malinvaud, Baudin et d’Hennezel, anciens élèves des mines, auxquels je suis fort redevable. Toutefois, comme j’ai revu
f PRÉFACE DU TRADUCTEUR.
moi-même toutes les parties de leurs traductions, c’est à moi seul qu’on doit imputer les erreurs que l’on pourra y trouver.
M. de la Bêche , avec qui la géologie m’a donné depuis dix ans des rapports dont je sais sentir tout le prix, a bien voulu prendre quelque intérêt à ma traduction, et a eu la bonté de m envoyer plusieurs corrections et additions. Enfin, j’ai été encouragé en apprenant qu’un des géologues les plus distingués de l’Allemagne, M. de Dechen, s’occupait aussi de traduire en allemand le Manuel de M. de la Bêche, ce qui m’a confirmé dans le jugement que j’avais
porté sur l’utilité de cet ouvrage.
Cette traduction allemande ayant paru à Berlin à la fin de 1832, tandis que celle que je présente au public a éprouvé de longs retards qu’il n’a pas dépendu de moi d éviter, j’ai pu la consulter, et on va voir qu’elle m’a été fort utile relativement aux listes de fossiles. Cependant il y a une différence essentielle entre cette traduction et la mienne. M. de Dechen ne s’est pas toujours astreint à reproduire dans sa langue le texte de M. de la Bêche-, il y a fait beaucoup de suppressions et d’additions : il annonce lui-même qu il a remanié l’ouvrage anglais.
J aurais pu aussi faire divers changements, ne fût - ce qu’en puisant dans des notes que j’ai recueillies pour mon cours-, néanmoins, tout en reconnaissant que ceux introduits par M. de Dechen sont en général bien motivés, j’ai jugé ne pas devoir suivre son exemple. Il m’a semblé qu’en France l’empressement de ceux qui cultivent la géologie pour connaître les opinions et le livre de M. de la Bêche, était principalement fondé sur ce que, d’après le succès rapide que deux éditions de son ouvrage ont obtenu en Angleterre, on a lieu de présumer que ses opinions représentent, jusqu’à un certain point, les opinions les plus accréditées parmi les géologues anglais.
Je me suis donc fait une loi de conserver strictement le texte de Fauteur, et je me suis efforcé de rendre fidèlement ses idées. Comme il parle parfaitement notre langue, je désire vivement obtenir, sous ce rapport , son approbation.
Je me suis réservé cependant d’ajouter quelques notes, mais elles sont en très petit nombre; la crainte de trop grossir ce volume
preface du traducteur.
m’ayant fait supprimer celles relatives à des idées théoriques qui auraient exigé trop de développement.
J’ai fait des additions aux listes de fossiles données par M. de la Bêche pour chacun des terrains de sédiment, particulièrement pour les groupes crétacé et oolitique. J’en ai puisé beaucoup dans la traduction allemande de M. de Dechen , et les obligeantes communications de M. Yoltz m’en ont fourni un plus grand nombre. Je suis aussi fort redevable, sous ce rapport, à MM. Deshayes, Roissy et Boué.
Toutes ces additions sont soigneusement distinguées par une astérisque. Lorsque M. de Dechen a réuni plusieurs espèces de fossiles en une seule, j’ai eu soin de l’indiquer ; mais j’ai conservé néanmoins à leurs places les espèces supprimées par lui, lorsqu’elles se trouvaient indiquées dans l’ouvrage anglais, et surtout quand elles portaient une indication de figure.
J’aurais pu faire aussi des additions encore plus nombreuses aux fossiles du groupe supra-crétacé, si l’auteur n’eût pas annoncé qu’il ne voulait indiquer que les principaux fossiles de ce groupe. En outre, il eût été assez souvent difficile de fixer la place des différents fossiles de cette classe de terrains d’après les nouvelles divisions qu’on propose aujourd’hui d’y introduire.
M. de la Bêche a toujours pris soin, pour chaque fossile, d’indiquer l’auteur qui l’a nommé ou décrit; j’ai pensé qu’il était utile de faire davantage, et de citer aussi les figures qui en ont été publiées, du moins dans les ouvrages les plus répandus et que j’ai pu avoir à ma disposition > comme ceux de Sowerby, Goldfuss , Schlotheim , Deshayes, Mantell, Philipps, Zieten, Al. Brongniart, Ad. Brongniart, etc. Je souhaite vivement que les lacunes qu’on trouvera dans ces citations puissent déterminer quelque savant, également versé dans la géologie et dans la zoologie, à rédiger un répertoire général des figures de fossiles publiées jusqu’ici, avec l’indication du terrain où ces fossiles ont été trouvés. J’ai la conviction qu’un ouvrage de ce genre, dont il a été déjà fait en Allemagne des essais incomplets, s’il est composé avec tout le soin et les connaissances nécessaires, contribuera éminemment aux progrès de la géologie, parce que d’abord il donnera la facilité de consulter les figures, qu’on est souvent bien