‹ Manuel géologiqueChapitre 36 sur 121 · ACTION DE LA MER SLR LES CÔTES · texte numérisé non relu

ACTION DE LA MER SLR LES CÔTES

sur elles dépend beaucoup de leur sens d’inclinaison relativement â la direction des brisants. Ainsi, dans beaucoup de parties de la côte sud du Devonshire et du Cornouailles, les roches de schiste plongent vers la mer de telle manière , que les vagues n ont pu y produire d’autres effets que d’entraîner quelques matières incohérentes superficielles, semblables à celles qui couvrent toutes les collines du voisinage. Dans le fait , le plus habile ingénieur n aurait pu défendre la côte contre l’envahissement des flots mieux que ne l’a fait la disposition naturelle des couches. L’action destructrice des vagues sur d’autres points est bien connue, et on en rencontre des preuves nombreuses sur la côte orientale de l’Angleterre, où l’on voit des envahissements considérables de la mer qui se sont produits dans l’espace de quelques siècles. Les produits de ces dégradations des rivages opérées par les brisants doivent éprouver ensuite différents genres d’action, suivant leur poids, leur forme et leur solidité. Les marées ou les courants en entraîneront tout ce qu’ils seront capables de transporter, et le reste demeurera sur le rivage, sous l’influence immédiate des brisants, qui tendent constamment à les réduire en plus petits fragments, et enfin en sable.

Dans la destruction d’un escarpement composé de parties d’inégale dureté, il arrive assez souvent que les portions les plus dures , quand elles sont volumineuses, telles que beaucoup de concrétions qui se rencontrent dans les grès et les marnes , ou des blocs de couches dures, restent à la base de l’escarpement, et le défendent en grande partie des effets de l’action des brisants, comme on peut le voir dans la figure ci- jointe.

Fig . 15.

a , amas de blocs formant une jetée protectrice, provenant des couches dures b et des concrétions c.

Parmi les roches non stratifiées, la dureté est tellement variable , qu’elles présentent souvent à la mer un front inégal, résultant de ce que la décomposition et la destruction sont plus faciles dans certaines parties que dans d’autres. Des veines d’une substance ou d’une roche qui en traversent une autre ont généralement une texture

PLAGES DE GALETS. gg

et une solidité différentes de celle qui les renferme, et par conséquent rien n’est plus fréquent sur les rivages de la mer que de voir ces veines former des saillies à l’extérieur, ou présenter des cavités ( coves) résultant de leur destruction.

Quand , sur des plages formées de galets ou de sables, mais plus particulièrement de galets , la masse est en partie soulevée et tenue momentanément en suspension par les brisants durant une forte tempête, l’action des vagues est très considérable, même sur les roches les plus dures, au point que ces plages sont quelquefois rasées presque jusqu’au niveau ordinaire de l’Océan. Dans des localités exposées à l’action de la mer, elle creuse souvent dans les roches les plus dures des trous ou cavernes, suivant que des circonstances locales portent les vagues plutôt dans une direction que dans une autre, ou par suite de la dureté moindre de différentes portions de la roche. La plus belle des cavernes des pays baignés par l’Océan, la gi otte de Fingol , dans File de S taffa , doit son existence à ce que les prismes basaltiques y sont partagés par des fissures transversales, quoiqu’en général ces prismes ne présentent pas ce caractère b

Après avoir formé une caverne dont la voûte ne s’élève pas audessus des hautes eaux, la mer travaille quelquefois à s’ouvrir un passage à 1 extrémité intérieure, ce qui a lieu en partie par le moyen de 1 air comprimé et refoulé par chaque vague qui se précipite dans la caverne. Celle de Bosheston mere , dans la partie sud du pays de Galles, est un exemple de cette espèce de caverne, qui est très remai quable et sur une grande échelle : elle s’est creusée à travers les couches du calcaire carbonifère; et le bruit violent que produisent la compression de Fair et le choc de la mer contre les parois s entend à une distance considérable.

L influence protectrice des brisants se fait voir dans ces plages allongées de galets et de sables qui souvent garantissent de Faction destructive de la mer des terrains bas et marécageux, particulièrement à l’embouchure des vallées.

Plages de galets .

Lorsque le rivage de la mer est une plage de galets, on observe, durant les tempêtes, que chaque brisant est plus ou moins chargé des matériaux qui composent la plage ; les galets sont projetés aussi loin que la vague peut les porter , et dans leur choc sur la

1 Macculoeh , Western Islands qf Scotland.

plage, ils en poussent devant eux beaucoup d’autres que le brisant n’a pas tenus momentanément en suspension. Il en résulte , surtout dans les plus hautes marées, que des galets sont projetés sur le sol au delà des limites du mouvement rétrograde des vagues. C’est par l’action combinée des violentes tempêtes et des hautes marées que se produisent les plages les plus élevées. A la vérité , les mêmes causes opèrent quelquefois des brèches dans les remparts qu’elles ont élevés contre elles-mêmes , mais eiies ne tardent pas à les réparer.

Il est évident que quand une fois il s’est produit une grande accumulation de galets sur un rivage pendant la marée montante, le reflux ne peut enlever au sol tout ce que le flux y a apporté. Dans les temps calmes, et pendant les marées basses, il se forme sur le rivage plusieurs petits bancs de galets qui sont plus tard emportés par une tempête 5 et en voyant ainsi disparaître ces bancs peu épais, un observateur peu exercé pourrait supposer que la mer détruit, sur cette côte, les plages qui la bordent : mais, avec plus d’attention , on ne tarde pas à reconnaître que les galets ainsi entraînés de la place où ils avaient été d’abord déposés, se sont bientôt accumulés ailleurs. Ces remarques ne s’appliquent pas aux localités où la mer , durant les tempêtes , vient frapper jusqu’aux escarpements ou aux jetées, d’où la vague, en se retirant, emporte tout devant elle, mais à ces rivages, qui sont nombreux , où les brisants n’éprouvent pas de résistance, et ne viennent frapper que sur le plan plus ou moins incliné d’un banc de galets. Même dans les cas où les vagues, pendant de fortes tempêtes et de hautes marées, atteignent les escarpements, et, en se retirant, emportent pour un moment les bancs de galets qui s’étaient accumulés , il est curieux de voir avec quelle promptitude ceux-ci se reforment, lorsque le temps est calme, et que les brisants, n’ayant plus une force de projection aussi puissante, cessent de venir frapper les escarpements situés en deçà du rivage.

Les bancs de galets amoncelés sur le rivage de la mer ont un mouvement de progression dans la direction des vents dominants , ou de ceux qui produisent les plus forts brisants : nous en trouvons de nombreux exemples sur la côte sud de l’Angleterre, où les vents d’ouest ou de sud-ouest étant dominants, les bancs s’avancent vers l’est jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés par quelque avance de terrains. La mer y élève une barrière contre elle-même, et laisse souvent un espace libre entre elle et l’escarpement qu’elle attaquait auparavant. Cet espace, dans des circonstances favorables, se couvre d’une végétation appropriée à ce genre de position, et même les escar-

percents sont quelquefois couverts des végétaux ordinaires des cotes de la mer, quand ils peuvent trouver à y prendre racine. On construit quelquefois des ouvrages pour arrêter les bancs , soit pour protéger la contrée qui se trouve derrière eux, soit pour empêcher qu ils ne franchissent les môles qui forment des ports artificiels. Pour } parvenir, le plus grand soin des ingénieurs est de se mettre en garde contre la tendance qu’il ont à s avancer dans la direction c e certains vents. Cette marche progressive des bancs est loin d etre rapide et ne peut être que proportionnée à la prédominance de tel vent plutôt que de tel autre , en force et en durée : de plus es galets, dans leur marche, doivent devenir plus menus, et il en resuite qu’il n’y a que les plus durs qui soient susceptibles d’être emportes a des distances considérables.

Le banc qu on nomme Chesil-Bank , qui réunit l’île de Portland avec le contipent de l’Angleterre , a environ 16 milles de longueur et on peut établir, comme un fait général, que les galets qui le composent augmentent de grosseur en allant de l’ouest à l’est. Il protege un canton dont le sol n’a évidemment jamais été exposé à 1 action destructive des vagues de l’Atlantique, qui viennent se briser avec fureur contre ce banc; car le terrain en avant duquel ce banc est situé, étant composé de couches tendres et faciles à désagréger, céderait promptement à une action aussi puissante. Peutetre est-ce a un affaissement graduel du sol qu’on peut attribuer , ori8’ine des apparences actuelles; car, quand même la mer aurait attaque le terrain , lorsque les niveaux relatifs étaient différents, la tonne de la baie et la position de l’île de Portland en avant du continent, auraient bientôt donné naissance à un banc, qui see\eiait à mesuie que le sol s’enfoncerait, si bien que, finalement on n observerait plus de traces de l’ancien escarpement. Dans cette hypothèse, Portland n’aurait pas formé une île , mais simplement la pointe la plus avancée d’une baie, qui, par suite de sa position , aurait bientôt produit l’accumulation du banc dont il s agit. On doit remarquer que cette supposition d’un enfoncement graduel du terrain est d’accord avec les faits qu’on observe plus à

1 ouest sur la même côte, et qui semblent conduire à une explication analogue.

La mei sépare le Chesil-Bank du continent sur environ la moitié e sa longueur, de sorte que, pendant environ 8 milles, il forme un amas de galets ou jetée allongée (ridge) dans la mer. Néanmoins les etïets des vagues ne sont pas les mêmes sur les deux côtés : à ouest, elles amènent et accumulent une énorme quantité de matériaux; tandis qu à l’est, ou dans la partie qui sépare le banc du

continent principal, leur action est presque nulle. La coupe suivante

servira à faire comprendre la position de ce banc.

Fig. 16.

a, banc dit Chesil-Bank ; b , amas d’eau appelée le fleet ; c , petits escarpements formés par les vagues du fleet et les sources venant de terre 5 d , diverses roches tendres de la formation oolitique, garanties de la destruction parle Chesil-Bank a; e, pleine mer.

La côte méridionale du Devonshire nous présente un autre exemple d’un terrain protégé par un banc de galets. Il est fort remarquable, en ce qu’on y reconnaît que la mer, à son niveau relatif actuel avec les continents, n’a jamais atteint le terrain situé derrière le banc, ce qui admet la même explication que celle donnée plus haut pour le Chesil-Bank. Au fond de la baie de Start, et sur la longueur d’environ 5 à 6 milles , on voit un banc considérable composé principalement de petits galets de quartz, qui a été formé par les flots de la mer. La ligne de côte fait face à l’est. Entre Tor Cross et Beeson Cellar se trouve une pointe de terre soumise à l’action des brisants; mais là comme ailleurs, en deçà du banc, le terrain a évidemment gagné sur lamer, ou, en d’autres termes, la mer s’est élevé à elle-même une barrière qui l’empêche d’atteindre l’escarpement, même pendant les plus fortes tempêtes, comme elle l’a fait autrefois.

Ce banc , généralement connu sous le nom de Slapton sands , quoique composé en totalité de petits galets , garantit et bloque , pour ainsi dire , les embouchures de cinq vallées. Au milieu du Slapton sands , il y a un lac d’eau douce , divisé en deux parties : au pont de Slapton , où les eaux de la partie nord s’écoulent dans la partie sud, la partie nord est presque entièrement remplie de détritus boueux, apportés par une rivière qui reçoit les eaux d’un pays de quelques milles d’étendue, et elle est presque toute couverte de joncs et autres plantes aquatiques ; la partie sud , qui est la plus considérable, est tout à fait découverte, et a plusieurs acres d’étendue : les eaux sont fournies par des ruisseaux qui viennent des cantons situés en arrière , et filtrent ordinairement à travers les galets pour arriver à la mer. Cependant, aux époques des hautes

marces, ou lorsque les flots sont soulevés par des tempêtes, il arrive quelquefois, par suite du changement dans les niveaux relatifs nue eau de la mer passe à travers les galets et pénètre dans le’ lac , ont elle rend alors les eaux saumâtres jusqu’à une certaine distance. C est ordinairement pendant l’hiver que cela arrive; mais généralement parlant, les niveaux relatifs sont tels, que les eaux du lac versent leur surplus dans la mer, et restent complètement couces. 11 contient une grande quantité de truites, de perches de brochets, de rougets et de carrelets. La présence de ce dernier poisson, qu’on pêche ordinairement dans la mer ou dans les emouchures des rivières, montre qu’il peut s’accoutumer peu à peu à vivre dans l’eau douce. La filtration de l’eau de mer à travers les galets, durant la tempête, ne paraît pas nuire aux poissons d’eau touce; néanmoins, lors de la violente tempête de novembre 1824 . Se forma une brèche à travers ce banc, par laquelle la mer fit une irruption soudaine qui fit périr presque tous les poissons; mais le petit nombre qui échappa suffit pour qu’au bout de cinq ans le lac lut abondamment repeuplé.

, La ruPture fefie au banc de Slapton sands resta ouverte pendant a peu près un an, mais en devenant graduellement plus petite. On trouva moyen de hâter son entière réparation en jetant l’un sur 1 autre dans la brèche, quelques sacs remplis de cailloux, sur lesquels deux ou trois grosses mers eurent bientôt reformé un banc

L ancien banc doit être resté sans altération pendant une longue période de temps , car la végétation y était devenue fort active comme on e voit encore par les parties qui sont demeurées in-

cailkmx°U U ^aZ°n m^me des genêts épineux ont couvert les

Fig. 17.

La figure ci-dessus représente une coupe du banc et du lac de Slapton sands : a, mer qui vient se briser sur le banc b; c, le lac eau douce situé en deçà du banc; d, couche de débris de schiste

et de sable, de quelques pieds d’épaisseur, provenant des roches schisteuses e.

Ce dessin montre que la mer n’a eu aucune action sur la colline

de depuis l'accumulation des matières incohérentes qui existent en d car elle les aurait entraînées dans un instant.

Le volume énorme de fragments de roches qui sont remués par Faction des brisants atteste leur grande puissance. Durant de violentes tempêtes , il arrive que des blocs du poids de plusieurs tonneaux sont déplacés, et que d’autres, même rectangulaires et réunis ensemble en forme de môles ou de jetées, sont séparés violemment les uns des autres par la fureur des vagues qui les frappent. Durant la tempête de novembre 1824, qui ravagea une grande partie de la côte méridionale de l’Angleterre, un bloc rectangulaire, du poids d’un et demi à deux tonneaux, fut violemment arraché d’une jetee à Lyme Regis , et rejeté au-dessus par la force d un brisant. M. Harris, de Plymouth, m’a assuré que pendant cette même terrible tempête , et au commencement de 1829, des blocs de calcaire et de granit , du poids de deux à cinq tonneaux, furent lancés sur la jetée comme de simples cailloux , et qu’environ trois cents tonneaux de blocs de cette dimension furent transportés à une distance de deux cents pieds, et sur le plan incliné de la jetée. Ces blocs furent accumulés sur l’autre côté, où ils restèrent après la tempête épars dans diverses directions. Un bloc de calcaire, du poids de sept tonneaux fut enlevé à l’extrémité ouest de la jetée, et charrié à cent cinquante pieds de distance. A la jetée de la baie de Bovey sands , sur la côte orientale de l’entrée de la rade de Plymouth, on voit une masse de maçonnerie qui a été transportée en arrière d’environ dix pieds, et qui, au moment où elle fut atteinte par la vague, était à seize pieds audessus du niveau des grandes marées de dix-huit pieds. Cette masse de construction pèse environ sept tonneaux, et est formée d un petit nombre de pierres de taille calcaires, cimentées ensemble et îecouvertes d’un énorme bloc de granit: ces pierres étaient réunies entre elles à queue d’aronde, et la masse formait une partie d’un parapet qui faisait face a la mer.

1 Aux îles ScUly, les blocs de granit qui se détachent des escarpements sont réduits, par le frottement, en grosses masses arrondies, qui deviennent le jouet des vagues de l’Atlantique dans les moments

de tempête.

L’effet produit par une grosse mer dépend beaucoup de la forme du bloc sur lequel elle agit : ainsi une face plane présenterait le plus de prise au choc de Feau, et la masse ainsi frappée tendrait à être déplacée plus aisément qu’un bloc arrondi sans la résistance que sa base oppose , et qui est beaucoup plus considérable.

Les brisants ont aussi un autre genre d’action comparable à celle

d un coin ( wedging power ) dans les endroits où de gros blocs difficiles a ébranler, sont mêlés de pierres plus petites et faciles à transporter; un banc de celte nature acquiert quelquefois beaucoup de solidité, parce que souvent les plus petits morceaux sont introduits au milieu des plus gros, et serrés si fortement contre eux, qu’il faut

une très grande force, et même une fracture, pour qu’on puisse les enlever.

Quoique les bancs de galets, et ceux qui sont composés en partie de cailloux et en partie de masses plus grosses, prennent dans leurs déplacements la direction principale des brisants les plus violents, il paraîtrait que nous n’avons aucune preuve évidente qu’ils soient jamais entraînés loin des continents ou dans les profondeurs de 1 Océan, mais qu’au contraire les vagues de la mer tendent toujours a les jeter sur les côtes, ce qui a lieu , non-seulement dans le cas où ils sont formés de matériaux provenant des continents, mais de même quand ils ne contiennent que des coraux, des coquillages et ces plantes marines, qui sont des produits de la mer elle-même. Dans les contrées tropicales, on trouve plusieurs îles et récifs de coraux qui, du côté le plus exposé aux vents dominants, sont protégés par des bancs formés de débris et même de gros rochers de coraux. Le lieutenant-colonel Hamilton Smith m’a dit que pendant un ouragan dont il fut témoin à Curaçao en septembre 1807, de gros blocs de coraux furent soulevés d’une profondeur de 10 brasses, et je tes sur le banc qui réunit Punta-Brava avec le continent. Il n’est pas rare de trouver des rivages composés en totalité de débris de coquilles marines, et nous en parlerons dans la suite.

Dans la plupart des bancs de galets, particulièrement dans ceux qui protègent une grande étendue de pays plat, le côté qui regarde la mer est bordé par une ligne qui forme une arête tout le long du banc. Au-dessus de cette ligne le banc fait généralement un angle considérable avec les sables, dans le cas où la plage est unie et sablonneuse. Dans les cas où les bancs de galets ne sont pas entièrement à découvert à marée basse, la sonde indique des fonds de sable, de coquillages et de graviers très fins à une petite distance du rivage’ a moins que le fond ne soit de roches. Il paraîtrait, d’après cela’ que si les continents où les îles qui existent aujourd’hui venaient à s eJever au-dessus ou à s’abaisser au-dessous du niveau actuel de Ocean, on trouveraifque les bancs de galets qui sont amassés sur

les rivages ne font que border les continents, sans s’étendre au loin dans la mer \

* Quand nous trouvons des galets au fond de la mer dans différents sondages, nous devrions avoir soin de remarquer qu’il y a autant de probabilité d’en trouver au

Plages de sables.

Les observations faites sur les plages de galets s’appliquent en grande partie à celles qui sont composées de sables. Le sable provient, soit des détritus apportés par les rivières, soit du frottement des cailloux qui bordent le rivage les uns contre les autres, soit enfin immédiatement des sables et des grès de la terre ferme. Les brisants que nous avons vus former des amas de galets sur les côtes ont une égale tendance à y amonceler les sables : mais les sables étant bien plus légers , peuvent être transportés par des marées de côte ou par des courants dont la rapidité serait insuffisante pour déplacer des galets. D’un autre côté cependant, il faut des forces moindres et des masses d’eau moins considérables pour amener le sable sur le rivage. Le léger flot qui ne pourrait transporter un galet peut charrier du sable, et par conséquent le sable peut être, et est en effet, porté bien au delà des points où le reflux de la vague peut se faire sentir. Quand la marée est basse ou la mer peu agitée, du sable, desséché par le soleil ou par les vents, est souvent transporté par ces derniers à de grandes distances, au point qu’il a recouvert quelquefois des contrées entières autrefois fertiles.

Quand des amas de sable ainsi transportés suffisent pour former des collines, on les appelle dunes ; elles sont plus ou moins communes sur tout le globe , derrière les rivages ou plages de sable. Le golfe de Biscaye offre un exemple frappant des progrès de masses de sables ainsi transportées dans l’intérieur des terres. Sa côte orientale a été entièrement envahie par les sables qui continuent à couvrir de grandes étendues de pays. Cuvier regarde la marche progressive de ces dunes comme tout à fait impossible à arrêter ; elles poussent devant elles des lacs d’eau douce formés par les pluies qui ne peuvent trouver un passage jusqu’à la mer. Forêts, terres cultivées, maisons, tout est recouvert et englouit par elles.

fond de la mer que sur les continents, et que leur présence dans la mer n’est pas une preuve qu’ils ont été transportés par les courants existants, à moins que l’on ne puisse démontrer que la rapidité d’un courant déterminé est suffisante pour entraîner de semblables détritus, et que , d’après sa direction , il doit transporter les débris provenant d’un point connu où il existe en place des roches de même nature que les galets observés. Faute de cette considération, on serait porté à supposer que les petits galets qui couvrent le fond du banc nouvellement décou^rt à la hauteur de la côte nord-ouest de l’Irlande, y ont été apportés par les courants actuels, tandis qiFil est tout à fait probable qu’ils ont été produits autrement. Ces galets ne sont plus déplacés aujourd’hui ; c’est ce qui est démontré par les serpules et autres productions marines adhérentes à quelques-uns d’entre eux, qui ont été recueillis au moyen de la sonde parle capitaine Vidal, durant son voyage de reconnaissance.

Il y a plusieurs villages, connus au moyen âge, qui ont été recouverts* et dans le département des Landes seul, il y en a actuellement dix qui sont menacés de la destruction. Un de ces villages, appelé Mimisan, a lutté pendant vingt ans contre les dunes ^ et on voit s’avancer chaque jour contre lui une montagne de sable de plus de CO pieds de hauteur. En 1802, les lacs envahirent cinq belles fermes dépendant de la commune de Saint- Julien. Ils ont depuis longtemps recouvert un chemin romain qui conduisait de Bordeaux a Bayonne, et qu on voyait encore il y a environ quarante ans, quand les eaux étaient basses. L’Adour, qui autrefois coulait par le Vieux- Boucaut , et se jetait dans la mer au Cap-Breton , est aujourd’hui détourné de son lit de plus de mille toises

IVI. Bremontier a calcule que ces dunes avancent de 60 et meme de 72 pieds par année.

Dans des circonstances favorables, les sables transportés du rivage dans l’intérieur des terres parviennent à se consolider. On en voit un bon exemple sur la côte nord du Cornouailles, où les matières qui y sont accumulées sont formées de débris de coquilles. Leur consolidation s’effectue principalement au moyen de l’oxyde de fer. Par suite de la succession des époques auxquelles il s’est déposé,, ce grès calcaire récent est stratifié, et de temps en temps on y trouve interposés des restes de végétaux. Il y a eu des maisons englouties ainsi que des cimetières, et par conséquent des restes humains. M. Carne décrit un vase plein d’anciennes monnaies qui a été retiré de ce grès. La solidité de cette roche est si considérable , qu’on y a creusé des cavernes dans une falaise, à New Kay , pour y mettre des embarcations à l’abri. On l’a aussi employé dans les travaux de construction $ et le docteur Paris assure que c’est avec cette roche que 1 église de Crantock est bâtie. Le même auteur dit que les escarpements élevés formés de cette roche récente, lesquels s’étendent à plusieurs milles dans la baie de Fistrel, sont traversés çà et là par des veines de brèche. Dans les cavités, on voit pendre à la voûte des stalactites calcaires, d’apparence grossière, opaques et de couleur grise. Le rivage est couvert de fragments qui se sont détachés des escarpements supérieurs , et dont plusieurs sont du poids de 2 à 3 tonneaux \

1 Cuvier, Discours sur les révolutions du globe.

2 Paiis, Transactions géologiques du Cornouailles. Ce ne sont pas seulement es jancs de sables qui se durcissent, les bancs de galets en fournissent aussi des exemp es. Le capitaine Beaufort décrit une plaine de plusieurs milles de longueur, près de Selinty , sur la côte de Caramanie , qubest bordée par un banc de gravier amoncelé sur le rivage. Ce banc s’est consolidé depuis sa crête jusqu’à une certaine

On trouve des dunes consolidées dans différentes parties du monde. Péron en cite dans la Nouvelle- Hollande ,* et la roche de la Guadeloupe où Ton a trouvé des restes humains paraîtrait appartenir à la même classe. Ces ossements humains ont été découverts au Port du Moule , dans un banc durci composé de débris de coquilles et de coraux. L’échantillon, qui est au Musée britannique , est formé de corail et de petits fragments de calcaire compacte. M. Kœnig y a observé un millepora miniacea , des madrépores et des coquillages que l’on rapporte à Yhelix acuta et au turbo pica. D’après M. Cuvier, l’échantillon qui est au Jardin-du- Roi à Paris présente une gangue de travertin contenant des coquillages de la mer voisine et des coquilles terrestres, spécialement le bulimus gaudaleupensis de Férussac. Près de Messine , on voit un sable, d’abord désagrégé , qui s’est consolidé sur la plage, et que l’on emploie aujourd’hui, pour bâtir. On a reconnu que les cavités qu’on forme dans ce dépôt sableux pour en extraire des matériaux ne tardent pas à se remplir de nouveau de sable , qui lui-même se consolide et est employé à son tour.

Le docteur Clarke Abel décrit un banc considérable, qui sort de la mer à la hauteur d’environ une centaine de pieds, à l’ouest de Simon’s town , au cap de Bonne-Espérance, et qui est formé de coquillages et de sables accumulés par le vent de sud-est. H y a découvert des masses cylindriques singulières qui ressemblaient à des os blanchis par l’air. Après un examen plus attentif, on reconnut que plusieurs se partageaient en branches, et on en découvrit d’autres qui élevaient à travers le sol plusieurs tiges ramifiées partant d’un tronc principal plus gros. Leur origine végétale était la conjecture qui se présentait d’elle-même à l’esprit , et les recherches ultérieures n’ont fait que la confirmer. Ces masses cylindriques sont rarement solides : le centre en est, ou vide, ou rempli d’une substance grenue, noirâtre, qui a beaucoup de rapports, si ce n’est pour la couleur, à ce que les minéralogistes appellent Loolite ( roestone]). Leur croûte extérieure est principalement composée d’une

distance dans la mer; sa consolidation s’étend à la profondeur d’un à deux pieds, et sa surface est généralement recouverte de sables et de graviers incohérents, de sorte qu’il n’esl pas facile de l’observer. Les galets sont cimentés par une pâte calcaire, et la masse est si dure, qu’en la frappant, on réussit plutôt à briser les galets de quartz qiLà les arracher de leur gîte. D’autres bancs du même genre, mais sur une plus petite échelle, ont été observés sur d’autres points des côtes de l’Asie mineure et de la Grèce; des bancs de roches d’une nature semblable se rencontrent à l’ouest de Sidé, partie au-dessus, partie au-dessous de la surface des eaux. Ils contiennent des tuiles brisées, des coquillages , des morceaux de bois et autres débris. Ces bancs de roches sont très durs, et cimentés par une matière calcaire qui provient probablement de quelque schiste calcaire du voisinage. (Beaufort, Caramanie, p. 182 et 185.)

PLAGES DE SABLES. gg

grande quantité de sables et d’une faible proportion de matière calpaire, et contient, dans beaucoup d’échantillons, des fragments de minerai de 1er et de quartz de la grosseur d’un pouce. Ce sont réellement des incrustations formées sur des végétaux qui se sont ensuite décomposés; c’est ce que prouvent les divers degrés de changement. que les parties intérieures de différents échantillons ont éprouvés. Dans quelques-uns l’organisation végétale subsiste assez pour ne pas laisser de doute sur sa nature, et, près du bord de la mer, on peut étudier le commencement des progrès de l’incrustation sur les énormes fucus répandus sur le rivage \

Pérou avait donné antérieurement une description presque entièrement analogue du changement éprouvé par des substances végétales, dans des positions semblables, sur les côtes de l’océan Austral. Il établit que les coquillages éprouvent une décomposition et forment un ciment avec le sable, et que les végétaux s’altèrent peu à peu, et sont finalement remplacés par cette espèce de grès ne conservant plus rien qui rappelle leur origine, sinon leur forme générale.

Sur les côtes de l’Angleterre, les sables amoncelés sur le rivage par l’action de la mer, et emportés ensuite par les vents, forment souvent des masses comparativement très considérables, M. Ritchie cite dans le comté de Moray une contrée de dix milles carrés (qu’on appelait autrefois le grenier de Moray ) comme ayant été engloutie par les sables. Cette contrée stérile, dit hauteur, peut être considérée comme montagneuse; les sables accumulés qui composent ses collines varient fréquemmeut en hauteur et en position \

Le fait suivant, cité par M. Macgillivray, offre encore un exemple de la tendance qu’ont les vagues à porter sur les côtes les substances mêmes qui sont formées dans le sein de la mer. « Tout le long de « la côte occidentale des Hébrides extérieures, depuis le cap Barrav «jusqu’au promontoire de Lewis, le fond de la mer paraît être (( composé de sable. Sur les rivages, le sable paraît çà et là en amas « de plusieurs milles de longueur, séparés par des intervalles de (( roches d’une étendue égale ou même plus grande. Dans quelques « endroits les rivages de sables sont plats ou très peu inclinés et « forment ce qu’on appelle dans le pays des fords • dans d’autres,

« en arriéré de la plage, il y a une accumulation de sables formant a de petites buttes, de la hauteur de 20 à 60 pieds. Ces sables sont « toujours mouvants, et dans quelques endroits, il s’est formé des

1 Clarke Abel, Voyage en Chine . p. 308.

» Noies ajoutées à la Théorie de lu Terre , de Cuvier, par M. Jameson.

« îles par la destruction des isthmes. Les cantons immédiatement a situés en deçà de la plage sont aussi exposés à être inondés par « les sables ^ et il en est résulté, dans beaucoup de ces îles, des dom-

u mages très considérables Le sable est presque entièrement

« formé de débris de coquillages, dont les espèces paraissent être « les mêmes que Y on trouve dans les mers voisines. Il est plus ordi- « nairement à gros grains-, mais durant les forts coups de vents, « le frottement des particules les unes contre les autres produit une « sorte de poussière fine , qui , à une certaine distance , ressemble à t( de la fumée. Étant dans File de Berneray, j’en ai vu s’élever, qui a a été emportée vers la mer à la distance de plus de 2 milles, et qui « avait l’apparence d’un léger brouillard blanchâtre »

Il serait inutile d’accumuler ici des faits concernant ces différents amas de sables mouvants, où l’on trouve souvent des débris de matières végétales qu’ils ont successivement recouvertes, et dont on a donné des coupes \ L’action des vagues sur les côtes tend à troubler le fond de la mer à certaine profondeur, et à y remuer les coquillages, les sables et autres substances dont ce fond est composé, pour les rejeter sur la plage. Il paraît qu’on n’a jamais déterminé bien exactement jusqu’à quelle profondeur s’étend cette action des vagues pour remuer le fond de la mer 5 et, en effet, on conçoit que cette déterminaison doit être extrêmement difficile, la puissance des vagues, en général, étant constamment variable. On a quelquefois admis la profondeur de 90 pieds, ou 15 toises, comme étant la limite à laquelle cesse l’action des vagues sur le fond de la mer 5 mais cette fixation aurait besoin d’être confirmée. Autour des côtes et sur les rivages où la profondeur n’excède pas 10 ou 12 toises, on a une preuve évidente de cette action des vagues sur le fond, par le changement de couleur de l’eau pendant les gros temps -, car les eaux ne deviennent troubles que parce que les vagues remuent le fond de la mer, et d’autant plus que cet effet est plus marqué, suivant

1 Noies ajoutées à la Théorie de la Terre, de Cuvier, par Jameson.

2 Ce n’est pas seulement la mer qui forme ainsi des dunes , mais on en connaît également qui ont été élevées par les vagues des grands lacs d’eau douce. Le docteur Bigsby annonce ( Journal of Science, vol. 18) qu'il y a d’immenses quantités de sables accumulés entre le cap Crays et le cap Otter, sur la rive orientale du lac supérieur, et que sur une étendue de 7 à 11 milles à l’est de ce dernier point, il y a des dunes de sable de 150 pieds de hauteur. Dans les environs , on trouve aussi des fragments anguleux, détachés des rochers voisins, qui forment des monceaux considérables, dispersés au milieu des arbres. Cette accumulation doit être fortement secondée parle soulèvement que les eaux éprouvent par un fort vent d’ouest; car le docteur Bigsby assure que lorsque ce vent continue de souffler violemment pendant plus d’un jour, il élève les eaux de 20 ou 30 pieds sur la rive orientale du lac.

PLAGES DE SABLES. jq[

que l’eau devient moins profonde , soit en approchant du rivage soi sur les. bas-fonds. La force de transport des vagues sera donc en proportion de la profondeur de l’eau qu’elles ont au-dessous

i e es.> leu1, acüon la Plus puissante devant être dans les endroits les moins profonds. Les vagues tendent à accumuler des substances sur les cotes, parce que les vents de terre produisent des vagues p us faibles que les vents qui portent au rivage. Sur les bas-fonds c oignes des continents, les effets seront un peu différents et la puissance des vagues pour enlever et pousser des sables devant elles sera la plus considérable du côté où les vents sont le plus vio ents ou soufflent le plus habituellement. Les bas-fonds ou les bancs doivent aussi être sujets à changer de position, quand des eaux troubles arrivant vers leurs parties supérieures sont poussées au -delà du cote qui est à l’abri du vent. Aussi trouvons-nous que ces deplacements ont lieu surtout dans les bancs qui sont près de

a surface, à moins qu’un courant ou les marées n’opposent de i autre côté une résistance égale.

En observant la forme qu’a prisa le talus extérieur de la digue ou brise -lame ( breakwater ) construite à Cherbourg, on peut apprendre a connaître les effets des vagues à différentes profondeurs. Les blocs de pierre qu’on y a jetés, dont les quatre cinquièmes sont peu volumineux, ont été arrangés par les vagues elles-mêmes de la maniéré la plus convenable pour mieux résister à leur action.

apres M. Cachin , il y a là, dans la coupe de cette digue, quatre lignes de talus, disposées l’une au-dessous de l’autre : la ligne supérieure de talus, qui n’est atteinte que par les lames les plus hautes est inclinée de manière que sa hauteur est à sa base dans le rapport de .100 a 185; la seconde ligne, qui s’étend sur tout l’intervalle entre es niveaux des hautes et basses mers, à l’équinoxe, et qui est ainsi exposée à l’action des brisants durant tout le temps du flux et du reflux, est en conséquence la plus inclinée ou la plus rapprochée de la ligne horizontale, et sa hauteur est à sa base comme 100 est à 540; la troisième ligne, qui est au-dessous des plus basses eaux, à I équinoxe, n’est battue par les vagues que pendant le premier moment du flux ou le dernier du reflux : sa hauteur est à sa base comme 100 est à 302 ; la quatrième ligne, qui est la base de toutes les autres n étant en aucun temps frappée par les vagues , conserve un talus dont la hauteur et la base sont entre elles comme 100 est à 125 Les amas de détritus que les vagues accumulent sur les rivages

î Mémoires de V Académie, tom. 7, pag. 413.

102 PEAGES DE SAULES.

de la mer, dans la direction de leur plus grande lorce, et qui rejettent quelquefois de côté Fembouchure des rivières, ne sont pas les seuls résultats de leur action sur les côtes : elles forment aussi devant Fembouchure des rivières des barres , comme on les appelle, qui y rendent la navigation dangereuse, quelquefois même impossible, quoique ces rivières en deçà de ces barres puissent avoir une profondeur et une largeur considérables. Dans quelques localités, ces barres sont en partie laissées à sec à la marée basse; dans d’autres, elles ne sont jamais découvertes, mais leur position est toujours reconnaissable par le bouillonnement des vagues qui viennent s’y briser. Il serait inutile d’en citer des exemples, car ils sont communs dans toutes les parties du monde Dans beaucoup de cas, les barres sont sujettes à changer de position, surtout après une forte bourrasque; de sorte qu’il y a souvent des vaisseaux qui se perdent en suivant la direction des anciens passages; et pour bien s’assurer de la position exacte des nouveaux qui se sont formés, il faut, de la part des pilotes, une attention continue.

Quand les rivières sont petites, la force des vagues obstrue souvent leur embouchure, et il faut avoir recours à des moyens artificiels pour faire écouler les eaux, qui autrement formeraient un lac dans la partie basse de là contrée, derrière le banc lormé. Si la digue est un banc de galets, l’eau filtre ordinairement au travers; au contraire, si elle est composée de sables, l'eau s’accumulera derrière jusqu’à ce que son niveau soit assez élevé pour qu’elle puisse se frayer un passage et s’écouler ; ensuite, après cet écoulement, la brèche se bouchera de nouveau , et donnera lieu à une nouvelle accumulation d’eau derrière la digue, et ainsi de suite; mais en même temps, le niveau de la plaine devra s’élever, d’abord par les dépôts amenés par les eaux de la rivière , et en outre par le sable rejeté par dessus la digue. Dans un terrain d’alluvions semblables, on doit s’attendre à trouver des restes de coquilles terrestres, fïüviatiles et même marines, mais celles-ci toujours roulées ou brisées.

Les rivières sont détournées de leur cours, à leur embouchure dans la mer, par des bancs qui s’étendent à partir de l’une des rives, et qui sont produits par les vents et les brisants. Les uns et les autres concourent à pousser en avant les détritus qui sont composés de sables et de débris de coquilles; mais les brisants seuls peuvent agir sur les galets, excepté sur de très petits, quand ceux-ci se trouvant élevés à l’extrémité des plus fortes vagues, le vent peut les saisir et les chasser devant lui ; on voit des exemples de ce dérangement dans les eaux des rivières dans ^beaucoup de localités, et le

port de Slioreham , sur la côte méridionale de l’Angleterre en est un bien constaté l.

Quand les rivières sont détournées de leur cours par des bancs que la mer a formés sur une de leurs rives, elles se jettent généralement dans la mer du côté opposé bordé d’escarpements, lequel semble leur offrir le plus de facilité pour s’y creuser un lit.

Sous les tropiques, les brisants élèvent souvent des barrières contre 1 envahissement des bois de mangliers, soit dans une baie profonde ou une crique, soit aux embouchures des rivières, si elles sont soumises à leur influence. Le capitaine Tuckey remarque « que la péninsule du cap Padron et du promontoire de Shark, (( qui sont sur le côté sud du golfe de Zaïre, a été évidemment « formée par la réunion des dépôts combinés de la mer et du fleuve } « la partie extérieure, ou celle qui borde la mer, est formée d’un (( sable quarzeux qui y constitue un rivage escarpé, tandis que la « partie intérieure, ou celle qui borde la rivière, présente un dépôt « de vase tout couvert de mangliers ; les deux rives du fleuve, cc vers son embouchure , sont aussi de semblable formation , et les « baies nombreuses où l’eau est parfaitement stagnante, dont elles « sont entrecoupées, donnent à ces rives l'apparence d’un groupe « d îles. » Ces forêts de mangliers paraissent s’étendre dans les tenes, sur les deux rives, jusqu à environ 7 ou 8 milles, et on les représente comme impénétrables. Si la mer n’avait pas élevé là une barrière contre cette forêt, et n’avait pas ainsi travaillé à

la garantir de ses propres attaques, elle aurait certainement été détruite 2.

Des phénomènes semblables, quoique sur une plus petite échelle, se présentent à J embouchure du Rio-Minho, et de plusieurs autres rivières dans 1 île de la Jamaïque. On y voit des masses de sables accumulées sur le rivage de la mer, devant des forêts de mangliers, dans des circonstances a peu près semblables. Dans la même île, dont le côté méridional, particulièrement près du domaine d’Albion,' présente des lacs qui sont formés au milieu d’un banc de galets élevé par la mer, le lac voisin d’Albion a une petite ouverture à tra-

i "Voyez Notes géologiques, pl. 1 , %. 2 ; voyez aussi Philos. Mag. and Annals of Philosophy , N. S., vol. vu, pl. % fig. g.

a Expédition au Zaïre ou Congo, pa g. 85. L’auteur remarque plus loin qu’il y a dans beaucoup d endroits de petites îles formées par le courant de la rivière; et, sans aucun doute, dans la saison des pluies, quand la force du courant est à so‘n maximum, ces des peuvent etre entièrement détachées des rives auxquelles elles étaient adhérentes; et les racines formant avec leurs tiges flexibles des liens qui unissent tous les

J ’rneS e" une seule masse, elles flottent en suivant le cours de la rivière, et mériten! le nom d îles flottantes.

vers le banc qui le protège, laquelle permet au surplus de ses eaux de s’échapper : cette eau paraît provenir des pluies qui descendent des montagnes, et aussi de quelques lames que la mer y introduit durant les tempêtes. Les eaux qui viennent des montagnes ont entraîné dans le lac beaucoup de boue , sur laquelle ont poussé des mangliers. Ceux-ci, par leurs racines, enveloppent diverses substances , et forment ainsi un terrain nouveau composé de substances minérales , végétales et animales ‘. Un lac bien plus considérable , présentant les mêmes caractères et rempli d’alligators, se rencontre au pied de la montagne d’Yallah, où le point le plus avancé de la plage forme la pointe d’Yallah.

Le banc appelé les Palissades, à l’extrémité duquel se trouve Port-Royal, à la Jamaïque, semble avoir été formé par l’action des brisants dominant dans cette localité, qui sont produits par les vents de mer ou par les vents d’est et du sud-est qui portent les matériaux qui composent le banc de l’est à l’ouest. Ce banc, qui a de 8 à 9 milles de long, forme une falaise peu élevée du côté de la mer, tandis que son côté intérieur est, sur plusieurs points, recouvert de mangliers. Si le passage entre l’extrémité ouest de ce banc et la côte qui lui fait face venait à être fermé par le prolongement même du banc, il se formerait là un lac étendu dans lequel se déchargerait le Rio-Cobre. Lés mangliers aideraient beaucoup la formation d’un nouveau terrain, dans lequel viendrait s’enfouir un mélange de débris marins, d’eau douce et terrestres.

Les mangliers favorisent la formation des bancs que la mer accumule sur son rivage , et si un banc prend naissance sur un basfond , ils exercent toujours une influence qui tend à augmenter le terrain du côté qui est opposé au vent. Aussitôt que l’abri est formé, les mangliers viennent d’eux-mêmes s’y établir, et accumulent autour de leurs racines de la vase, de la boue et toutes sortes de débris flottants : ainsi le banc primitif est protégé, et il s’y accumule sans cesse de nouveaux matériaux qui y sont portés du côté du vent par l’action des brisants, et la masse est encore consolidée, du côté de la mer, par les herbes rampantes qui y croissent sous les tropiques^ en même temps, le banc continue à s’accroître du côté de dessous le vent, jusqu’à ce que le terrain qui touche immédiatement à la côte ferme, devenant trop sec pour les mangliers, d’autres arbres, plus appropriés au nouveau sol, viennent les y

i Une coupe de ce lac se trouve dans les Coupes et vues explicatives des phénomènes géologiques, pl. 35, fi g. G.

Page 1