DE LA PREMIERE ÉDITION ANGLAISE
Dans un ouvrage de la nature de ce Manuel , qui a pour but de donner un court exposé de l’état actuel d’une science , et en même temps d’indiquer quelques-unes des conséquences que les faits connus permettent de hasarder, il est fort difficile à un auteur de se maintenir exactement dans la véritable marche qu’il doit suivre. Sans doute il doit écarter tous les détails trop longs et peu importants; mais, d’un autre côté, il lui est absolument indispensable de rapporter une assez grande masse de faits, afin de convaincre le lecteur qu’on ne lui présente pas des assertions sans fondement, et qu’on ne l’entraîne pas dans le vague des hypothèses purement gratuites.
Les catalogues de débris organiques qu’on trouvera à chaque groupe de terrain paraîtront peut-être trop étendus. Il est certain qu’on y a attaché une grande importance , parce qu’aujourd’hui on s’occupe beaucoup de la détermination des caractères zoologiques des terrains, et que ce genre de recherches peut conduire à la découverte des conditions principales sous lesquelles se sont formés les divers dépôts fossilifères. L’auteur a en outre jugé que, pour que ces
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catalogues fussent utiles, il devait les rendre aussi complets qu’il lui était possible , et que sans cela autant vaudrait les supprimer tout à fait. Toutefois il reconnaît que, malgré le soin qu’il a pris de les établir toujours d’après les autorités réputées les plus sûres, ils doivent encore être soumis à une sévère discussion *, car il y a malheureusement, dans l’étude des débris organiques, deux causes d’erreur qui, quoique ayant des effets contraires, sont loin de se neutraliser autant qu’on pourrait d’abord le croire : l’une est le vif désir que l’on a souvent de rencontrer les mêmes espèces de fossiles dans des terrains qu’on suppose équivalents de position, même quand ces terrains sont séparés par de grandes distances-, l’autre est la tentation également forte de créer des espèces nouvelles, à laquelle souvent on ne cède que pour ajouter le mot nobis , qui semble avoir une influence magique.
Par suite de ces deux causes d’erreur, il n’y a aucun doute que, dans les catalogues de débris organiques donnés dans cet ouvrage, on ne puisse découvrir que le même fossile, surtout parmi les coquilles, a été souvent indiqué sous deux noms différents, et que certains fossiles se trouvent rapportés à des dépôts auxquels ils n’appartiennent pas. Malgré ces inexactitudes, on ne peut s’empêcher de reconnaître, en parcourant les catalogues de débris organiques, que nous avons déjà recueilli à ce sujet une grande masse de documents , et qu’on a lieu d’espérer qu’elle nous conduira aux résultats les plus importants, quand même ces catalogues subiraient, par la suite, des changements considérables.
L’auteur espère que les géologues consommés pourront trouver dans son ouvrage de quoi les intéresser-, cependant, comme cest moins pour eux qu’il Ta composé que pour ceux qui commencent l’étude de cette science , il a pris un soin particulier d’indiquer les différentes sources où il a puisé, même quand il avait lui-même visité les contrées dont il était question. Indépendamment du principe fondamental, suum quique , il est à désirer que celui qui étudie soit à même de profiter des travaux des différents auteurs cités, en recourant aux ouvrages ou Mémoires qu’ils ont publiés , pour y chercher des détails plus étendus que ceux auxquels on est forcé de se restreindre dans un volume tel que celui-ci.
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Dans une science qui avance rapidement comme la géologie, à laquelle on voit ajouter chaque jour de nouveaux faits, dont les combinaisons donnent nécessairement lieu à beaucoup de vues nouvelles, il est presque impossible, lorsqu’on passe en revue les différents faits, d’éviter de mettre en avant quelques conclusions générales. Dans celles que l’auteur a hasardées , il s’est toujours efforcé de ne pas s’écarter de ce système d’induction qui peut seul conduire à des connaissances exactes : mais comme la vérité , et la vérité seule, est le but de toute science, il déclare sincèrement que si, par la découverte de nouveaux faits ou par une meilleure interprétation des faits déjà connus, ses conclusions théoriques paraissaient ne plus être soutenables , il serait prêt à les abandonner } si même il avait le bonheur que ce fût son ouvrage qui eût provoqué de nouvelles recherches, il serait le premier à se réjouir de ce qu’une hypothèse inadmissible ait pu être un moyen de conduire à des connaissance plus exactes. Véritablement, il importe fort peu que ce soit telle ou telle théorie de tel ou tel auteur qui soit à la fin reconnue être la plus exacte j pourvu que nous nous approchions de la vérité, nous accomplissons tout ce qu’on peut attendre : et il est clair que plus les faits connus seront multipliés, plus nous aurons de chances d’exactitude dans les idées théoriques, non-seulement par suite des données plus nombreuses qu’on aura pour les établir, mais aussi en raison des fréquents démentis donnés aux conclusions trop précipitées.
Heureusement les faits se sont tellement accumulés, que la géologie tend de jour en jour à sortir de cet ancien état où une hypothèse , pourvu qu’elle fût brillante et ingénieuse, était sûre de trouver des défenseurs et d’obtenir un succès momentané, même quand elle péchait contre les lois de la physique et même contre les résultats des faits observés. Il n’est pas difficile de prévoir que cette science, qui est essentiellement une science d’observation, au lieu de rester comme autrefois surchargée d’ingénieuses spéculations, sera divisée en différentes branches, dont chacune sera cultivée par ceux que leurs facultés personnelles rendront plus compétents pour le faire avec succès. Les différentes combinaisons de la matière inorganique seront examinées par le physicien, tandis que le naturaliste trou-