‹ Manuel géologiqueChapitre 49 sur 121 · ÉMANATIONS GAZEUSES · texte numérisé non relu

ÉMANATIONS GAZEUSES

Emanations gazeuses .

Oo voit sortir de terre, dans divers cantons éloignés de tout foyer volcanique, autant du moins que nous en pouvons jugei pai la surface du sol, des jets naturels de gaz inflammable, preuves irrécusables des décompositions chimiques qui s opeieut a de cer taines profondeurs. Dans plusieurs pays, les prêtres se sont sei\is de ces jets extraordinaires pour abuser la multitude ignorante-, en d’autres endroits, ils ont été employés dune maniéré plus utile.

On sait que le feu grisou {fire-damp ) des mines de houille n’est autre chose que du gaz hydrogène carboné qui s’échappe des couches de charbon , s’accumule dans les galeries mal aérées. Lorsqu’il se trouve mêlé en proportion suffisante avec 1 aii atmosphérique, et qu’on approche imprudemment une flamme libre, le mélange prend feu et produit ces terribles explosions qui répandent le deuil et la misère dans les familles des mineurs. Le génie de Davy n’eût-il inventé que la lampe de sûreté , ce serait encore un titre

suffisant à la reconnaissance du genre humain.

Puisque le gaz hydrogène carboné se dégage ainsi dans 1 intérieui des mines de houille, on doit s attendre a le voir parfois jaillir a la surface du sol : c’est, en effet, ce qui a lieu -, mais on observe aussi des jets de gaz inflammable dans quelques localités où l’on n a nulle raison de supposer l’existence de couches de houille 5 nous en avons un exemple dans le jet de gaz bien connu des enviions de Pietra Mala , qui sort d’un terrain de calcaire et de serpentine entre Bologne et Florence.

Le capitaine Beaufort a observé près de Deliktash, sur la côte de la Caramanie , un jet de gaz enflammé nommé le 1 anar , qui peut-être a figuré jadis dans des cérémonies religieuses. « On voit encore, dit ce voyageur, dans un coin intérieur d’un édifice en ruines, une muraille creusée en dessous de manière à laisser une ouverture d environ trois pieds de diamètre, ayant la foi me d’une bouche de four} de cette ouverture s échappé la flamme, qui produit une vive chaleur sans déposer aucune fumée sur le mur . » Quoique le jet de gaz n’eut pas sensiblement noirci la muraille, on trouva à l’entrée du conduit souterrain de petites masses de suie agglomérée. En cet endroit le sol n’est autre chose qu’une accumulation de fragments de serpentine et de calcaire. A une petite distance, au pied de la colline sur laquelle s’élève le vieil édifice, se trouve une seconde ouverture qui paraît avoir jadis donné passage a de semblables dégagements de gaz. On pense que le Yanar date

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d’une époque très reculée : c’est peut-être le jet décrit par Pline 1 * D apres le capitaine Beaufort, le colonel Rooke a observé sur une montagne de la partie occidentale de Y île de Samos , un jet intermittent de gaz enflammé, de la même nature; et le major Rennell nous apprend qu’à Chittagong , au Bengale, il existe dans un temple un jet naturel de gaz inflammable dont les prêtres

tirent parti de différentes manières, et entre autres pour faire cuire leurs aliments.

Le village Fredonia , dans l’état de New-York , est éclairé par

un jet naturel de gaz qu’un tuyau conduit dans un gazomètre. On

recueille ainsi environ 80 pieds cubes de gaz en 12 heures. C’est de

hydrogène carboné que l’on croit être fourni par des couches de

houille bitumineuse. Le même gaz se dégage en beaucoup plus

grande quantité dans le lit d’un ruisseau, à environ un mille du village.

D après M. Imbert, missionnaire français, on se sert à Tsee- Lieou-Tsing, en Chine , d’émanations gazeuses, pour évaporer des eaux salées que fournissent des sources voisines. Des tuyaux de bambou conduisent le gaz de sa source à l’endroit où on le consomme. A 1 extrémité de ces bambous est ajusté un tuyau en terre glaise pour en prévenir la combustion. Une seule source de gaz chauffe ainsi plus de 300 chaudières. La flamme est extrêmement vive , et met en quelques mois les chaudières hors de service. D’autres conduits de bambous distribuent convenablement le gaz destiné à l’éclairage des rues et des grands appartements, ou àl’usage des cuisines’- » Ce sont, suivant M. Imbert, des recherches d’eau salée qui ont donné nuisance a ces jets de gaz: les sources déjà existantes venant à tarir on es ht sonder très profondément pour se procurer de nouvelles eaux salées; mais au lieu de ce résultat, on obtint un jet de gaz qui se forma tout à coup avec un bruit considérable 3. 1

M. Klaproth indique encore en Chine d’autres jets de gaz inflammable; l’un d’eux, qui est maintenant éteint, paraît avoir brûlé depuis le second siècle de notre ère jusqu’au treizième. Cette source de feu ( ho tsmg ) était placée à 80 lieues au sud-ouest de Khiong- Icheou et servait, comme celle dont nous avons déjà parlé plus haut, à l’évaporation d’eaux salées 4.

1 Beaufort’s Karamania.

* Bibl. univers., et Edin. New Phil, journ,, 1830.

s Humboldt, Fragments asiatiques.

4 Humboldt, Fragm. asiat. On trouvera dans le même ouvrage, page 197 une ,lres mtercssante de la manière dont les Chinois exécutent des sondages très profonds pour leurs recherches d’eaux salées. Leur sonde consiste en une pièce

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La connexion qui existe entre ces émanations de gaz inflammables et les sources salées on les masses de sel gemme, n’a point ete observée seulement en Chine, mais aussi en Amérique et en Europe. Dans des recherches d’eaux salées faites à Rocky Hill , dans Y état de rOhio , près du lac Erié, la sonde, après avoir perce une profondeur de 197 pieds , tomba tout à coup^ des eaux salees jaillirent au même instant , et après avoir coulé pendant plusieurs heures, firent place à une quantité considérable de gaz, qui, ayant été enflammé par un feu voisin , brûla tout ce qui se trouvait à sa

portée

Il paraît aussi que M. Rœders , inspecteur des mines de sel de Gottesgabe, à Reine, dans le comté de Tecklenberg, se sert, depuis deux ou trois ans , d’un gaz inflammable qui sort de ces mines , non-seulement pour l’éclairage, mais aussi pour les usages de la cuisine. Il le tire des travaux souterrains qui ont été abandonnés , et le conduit par des tuyaux jusqu’à sa maison. Un jet continu de ce gaz s’échappe depuis soixante ans de l’une de ces mines \ On pense que ce gaz est formé d’hydrogène proto-carboné et de gaz oléfiant.

On voit en différents lieux des jets de gaz inflammable sortir de terrains imprégnés de pétrole et de naphte. Nous en a\ons plusieurs exemples dans le voisinage de la ville de Bakou , port sur la mer Caspienne , près de laquelle ces deux substances sont si abondantes , qu’elles forment le seul combustible des habitants. Au nord-est de cette ville, à environ 10 milles, s’élèvent d’anciens temples de Guèbres, dans chacun desquels on voit sortir du sol des jets de gaz inflammable. La flamme est pâle et claire, et répand une très forte odeur de soufre. Un autre jet, bien plus considérable, sort des flancs d’une montagne voisine. Le pays est généralement plat et en pente douce vers la mer. Si , dans un rayon de deux milles autour de la ville, on fait un trou en terre , le gaz en sort aussitôt, et s’enflamme a 1 approche d une torche . aussi les habitants n’ont qu’à enfoncer un roseau dans le sol pour donner issue

d’acier, du poids de 300 à 400 livres, qui bat constamment le roc, absolument comme nos fleurets d’acier dans un trou de mine; mais dans le travail des Chinois, l’outil d’acier est suspendu par une corde à l’une des extrémités d’une pièce de bois fixée susun support de telle manière qu’un ouvrier, en sautant sur l’autre extrémité du levier, soulève et laisse tout à coup tomber la sonde d’environ 2 pieds à chaque fois. Par ce procédé, lent mais assez sûr, ils percent verticalement des trous parfaitement réguliers qui’ont 5 à 6 pouces de diamètre, et qui, d’après M. Imbert, vont jusqu’à un* profondeur de 1500 à 4800 pieds de France, i Trans. New. York Phil. soc.

Edin. Phil . Journal, vol. vu

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