‹ Manuel géologiqueChapitre 54 sur 121 · RECIFS ET ÎLES DE CORAIL · texte numérisé non relu

RECIFS ET ÎLES DE CORAIL

abondance ces îles et récifs de coraux , et où l’on trouve des traces si évidentes d une action volcanique comparativement récente , on doit s’attendre à rencontrer des preuves évidentes du soulèvement de pareils récils au-dessus du niveau de la mer. C’est, en effet, ce que les navigateurs ont observé. MM. Quoy et Gaymard rapportent que les rivages de Coupang et de Timor sont formés de bancs de coraux , ce qui avait fait penser à Péron que l’île entière était l’ouvrage des polypiers. Mais il paraît qu’en s’avançant vers les hauteurs on rencontre, à environ cinq cents pas de la ville, des couches verticales de schiste traversées par du quartz, et que sur ces couches et sur d autres roches reposent les bancs de coraux, dont 1 épaisseur, suivant MM. Quoy et Gaymard, n’excède pas 25 ou 30 pieds. A V Ile-de-France , on trouve entre deux coulées de laves un banc semblable de plus de dix pieds d’épaisseur; à Wahou, une des îles Sandwich , les lits de coraux s’étendent jusqu’à une petite distance dans l’intérieur de l’île. Nous pouvons ajouter à ces faits qu à la Jamaïque , autour de la côte orientale et septentrionale, il y a un banc de corail très étendu d’environ 20 pieds d’épaisseur, qui ne fait que border Pile, et qui présente toutes les apparences j un banc soulevé au-dessus de la mer, et exposé par là à l’action destructrice des vagues.

Dans tous les parages où, comme dans l’océan Pacifique, il y a à la fois un grand nombre de volcans et de récifs de coraux ; on doit s’attendre à trouver des rapports de position remarquables, et même des al ternances entre les matières volcaniques et les bancs de coraux. En admettant que les principaux polypiers saxigènes ne vivent pas au-dessous de 25 à 30 pieds d’eau, on conçoit encore que les mouvements du sol qui accompagnent l’action volcanique peuvent abaisser les bancs de coraux de manière qu’ils soient recouverts par des coulées de lave, et les soulever ensuite de nouveau au-dessus du niveau de la mer. Bailleurs l’exemple que nous avons cité dans 1 Ile-de-France suffit pour prouver qu’un banc de corail peut se trouver enfermé entre deux coulées de lave.

Nous ne terminerons pas ce sujet sans rapporter une circonstance singulière que nous savons avoir été observée par Lloyd pendant qu il parcourait l’isthme de Panama. Voyant quelques beaux polypiers sur le rivage, il en détacha des échantillons; mais ne pouvant les emporter pour le moment, il les déposa sur quelques rochers, ou sur d’autres coraux, dans un endroit abrité, et où l’eau était peu profonde. Y étant retourne quelques jours après , il vit qu’ils avaient sécrété de la matière pierreuse , et qu’ils s’étaient fixés solidement sur la place où il les avait mis. Cette propriété peut aider beaucoup

à la formation dos bancs solides de coraux*, cri* si l'on suppose que des fragments de coraux vivants soient détachés par les vagues, et jetés dans des cavités ou dans des endroits où l’eau est tranquille , ils peuvent se fixer aux matières qui s’y trouvent, et ajouter à leur

solidité.

Forêts sous-marines .

Sur plusieurs points des côtes de la Grande-Bretagne et du nord de la France, on trouve dans le sol des amas de bois et autres végétaux qui paraissent être identiques avec ceux qui existent aujourd’hui dans la contrée. Ces amas se rencontrent à des niveaux inférieurs à celui des hautes mers ; et il est impossible que ces végétaux aient pu croître tant que les hauteurs relatives de la mer et des côtes ont été telles que nous les voyons aujourd’hui. On a donne le nom de forêts sous-marines à ces débris de bois et autres végétaux. On ne peut ordinairement les observer qu’à marée basse , ou lorsque les vagues ont entraîné temporairement un banc qui bordait le rivage, ou dégradé la côte dans un endroit peu élevé.

On a fait différentes hypothèses pour expliquer ce phénomène ; mais celle qui l’attribue à un abaissement des côtes produit par des tremblements de terre ou des mouvements souterrains , est celle qui s’accorde le mieux avec les observations particulières et avec tous les faits généraux de la géologie. Cette explication a été proposée en 1799 par Correa de Serra, et elle a été plus tard développée par Playfair, qui ne regardait ces abaissements du sol que comme un cas particulier de ces dépressions et de ces soulèvements qui modifient constamment la surface du globe, et d’où il résul te qu’une même contrée peut être alternativement, tantôt le fond d’une mer , tantôt un continent ou des îles.

Correa de Serra décrit la forêt sous-marine qui se trouve sur la côte du Lincolnshire , et la représente comme composée de racines, de troncs , de branches et de feuilles d’arbres et d’arbrisseaux entremêlés de plantes aquatiques; dans plusieurs les racines se trouvaient encore dans la position dans laquelle elles avaient poussé , tandis que les troncs étaient abattus. On distinguait des bouleaux , des sapins et des chênes ; mais les autres arbres étaient indéterminables. En général le bois était altéré et comprimé ; cependant on en a trouvé des pièces entières bien conservées, que les habitants de la contrée ont employées dans des constructions. Cet amas de végétaux repose sur une argile recouverte par plusieurs pouces de feuilles comprimées, dont quelques-unes ont, été regardées comme

FORÊTS SOUS-MARINES. | gQ

appartenant à 1 Ilex aquifolium ,* on a aussi trouvé au milieu d’elles des racines del Arundo phragmites.

Ges dépôts de débris de végétaux n’existent pas seulement sur la côte, ils s étendent à de grandes distances dans l’intérieur du pays • de sorte que ce qu’on voit sur le rivage n’est qu’une coupe naturelle d un dépôt qui occupe une surface considérable dans la contrée. Un

puits que l’on a percé à Sutton a présenté la série de couches suivantes :

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