‹ Manuel géologiqueChapitre 53 sur 121 · RÉCIFS ET ÎLES DE CORAIL · texte numérisé non relu

RÉCIFS ET ÎLES DE CORAIL

Récifs et îles de corail.

Par suite du grand nombre de localités où on peut observer des récifs et des îles de corail , dans V océan Pacifique et dans les mers des Indes , on a d’abord généralement adopté des idées fort exagérées sur leur importance. On pensait que des masses considérables, que l’on regardait comme l’ouvrage de myriades de polypiers, avaient été élevées de grandes profondeurs par le travail de ces animaux ; et I on supposait que le fond des mers était recouvert de bancs de coraux d’une étendue immense. Pendant le voyage de Kotzebue , M. de Chamisso eut l’occasion de visiter quelques groupes remarquables d’îles disposées en cercle ou en ovale , et laissant entre elles des passages par lesquels un vaisseau pouvait entrer de l’extérieur dans l’intérieur du bassin; ces îles paraissaient n’être autre chose que les parties les plus élevées d’une ligne circulaire ou ovale de récifs de corail d’inégales hauteurs. M. de Chamisso a décrit les différents états par lesquels il suppose que le récif a passé successivement avant de devenir une île habitable pour l’homme ; cette description a été si souvent citée , qu’elle doit être connue de la plupart des lecteurs.

Postérieurement au voyage de Kotzebue, MM. Quoy et Gaimard, qui faisaient partie de l’expédition de M. de Freycinet, portèrent une attention particulière sur les îles et les récifs de corail qu’ils eurent l’occasion d’examiner; et il résulta de leurs observations que l’importance géologique de ces îles et récifs avait été grandement exagérée. Loin d’admettre que les polypiers élèvent des masses de profondeurs considérables , ils pensent que ces animaux ne produisent que des incrustations de quelques brasses d’épaisseur. Dans les régions où la chaleur est constamment intense, et où les rivages sont découpés par des baies dans lesquelles les eaux sont tranquilles et peu profondes, les polypes saxigènes prennent un accroissement considérable en incrustant les roches inférieures. Les mêmes auteurs observent que les espèces qui produisent constamment les bancs les plus étendus appartiennent aux genres Meandrina , Caryophyllia et Astrea , mais surtout au dernier ; et que ces genres, ne vivant que près de la surface, ne se rencontrent plus au-dessous d’une profondeur de quelques brasses. Ils en tirent cette conséquence , qu’à moins qu’on n’attribue à ces animaux la faculté de vivre à toutes les profondeurs, sous toutes les pressions et à toutes les températures, il est impossible d’admettre qu’ils aient produit les masses qu’on leur a attribuées. Des considérations

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précédentes et de plusieurs autres, ils concluent que la disposition que présentent les îles et récifs de corail dépend des inégalités des masses minérales inférieures , et que le caractère circulaire de quelques groupes est dû à des cratères sous-marins 1 * 3 . Cette conclusion paraît n’être pas dépourvue de probabilité; car nous savons que les volcans en activité sont communs dans ces mêmes parages, et que , dans les Indes occidentales et les parties tropicales de l’Atlantique, où les coraux sont assez nombreux, on n’observe pas cette disposition d îles en cercle dans des endroits où les bouches volcaniques qui s’y rencontrent sont loin d’être aussi considérables que celles de hocéan Pacifique ou des mers des Indes.

MM. Quoy et Gaymard observent que l’ancre et la sonde n’ont jamais ramené des fragments d’astrées, qui sont seules capables de couvrir des espaces considérables, sinon dans les endroits où l’eau était basse et n’avait environ que 25 ou 50 pieds de profondeur ; mais qu’ils ont trouvé que les coraux branchus , qui ne forment pas des masses solides, peuvent vivre à de grandes profondeurs Ils pensent avec Forster que les polypiers peuvent former de petites îles, quand des masses de rochers leur présentent un point d’appui sur lequel ils peuvent élever leurs habitations jusqu’au niveau de la mer, et à la surface desquelles les sables et autres matières s’arrêtent et se consolident. Ce mode de formation s’accorde avec celui que j’ai observé sur les côtes de la Jamaïque.

Quant à la grande profondeur d’eau que l’on trouve fréquemment sur le bord des récifs de corail, les mêmes auteurs pensent qu’on peut l’expliquer en supposant que les polypiers ont bâti leurs demeures sur le bord d’un rocher escarpé, comme on l’observe communément sur le flanc des montagnes et sur les côtes. A l’appui de cette opinion, ils citent Vile de Rota , où Ton trouve, sur des escarpements, des coraux semblables à ceux qui existent actuellement dans les mers environnantes. Il y a cependant certaines localités où les récifs de coraux sont rangés suivant une ligne parallèle à celle de la Côte, dont ils sont séparés par une grande profondeur d’eau, circonstance qui semble demander une explication différente.

Dans des régions telles que celles qui présentent en si grande

i Quoy et Gaimard, sur V Accroissement des Polypes lithophytes , considérés

géologiquement ; Ann. des Sc. nat., t. fi, page 273.

3 En sondant à la hauteur du cap Horn, à environ 56° de latitude australe, et à une profondeur de 50 à 80 brasses, ils ramenèrent de petits madrépores ram eux vivants; et, à une profondeur de 100 brasses, sur le banc des Aiguilles (à la pointe méridionale de T Afrique), ils ord obtenu dés rc té fiord. Ibidem, page 284. f

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