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Argile schisteuse bitumineuse, à feuillets contournés

7. Argile sableuse, grossièrement schisteuse, comblant des cavités dans la formation diluviale.

M. Phillips pense que les amas de tourbe des bords de V Humber

1 U parait que ce n est pas la craie proprement dite, mais seulement une substance crayeuse.

2 Correa de Serra, Phil. Trans., <799.

et de ses affluents appartiennent à la même époque que ces dépôts. Les couches qui y sont les plus constantes sont les numéros 1, 2 et 5. Les espèces de daims que Ton a trouvées dans la tourbe sont: le grand élan d’Irlande ( cervus giganteus ) , le daim rouge ( cervus elaphus ) , et le daim fauve ( cervus dama). Le dépôt de tourbe clés plaines marécageuses est recouvert, sur une épaisseur qui s’élève quelquefois jusqu’à 30 pieds, d’une couche de vase et d’argile semblables à celles que l’Humber dépose maintenant 1 ; la tourbe se trouve à un niveau inférieur à celui des basses eaux , de sorte qu’ici la certitude d’un changement arrivé dans la hauteur relative du sol paraît être aussi complète que dans les autres localités que nous allons citer.

Le docteur Fleming décrit une forêt sous-marine qui se trouve sur les bords du golfe de Tag (Écosse), et qui s’étend en portions détachées des deux côtés de la plage de Flisk, jusqu’à 3 milles du côté de l’ouest, et jusqu’à 7 milles vers l’est. Elle repose sur une couche d’argile dont on ne connaît pas l’épaisseur. Cette argile est semblable au terrain grossier qu’on trouve de 1 autre côté du golfe, et sur les bancs qui existent dans le canal. La partie supérieure de la couche a été pénétrée par un grand nombre de racines , qui sont maintenant changées en tourbe , et dont quelques-unes sont même converties en pyrite de fer-, sa surface est horizontale et se trouve à peu près au niveau de la basse mer. Il y a cependant à cet égard de légères variations en différents points. La couche de tourbe vient immédiatement au-dessus de cette argile : elle est formée de débris de feuilles, de tiges et de racines de beaucoup de plantes communes appartenant aux ordres naturels des Équisetacées , des Graminées et des Cypéracées , melees de racines, de feuilles et de branches de bouleau , de noisetier , et probablement aussi d'aune; on y rencontre fréquemment des noisettes privées de leur noyau. Tous ces débris de végétaux sont très comprimés ou aplatis lorsqu’ils se trouvent couchés dans une position horizontale; mais lorsqu’ils sont verticaux, ils conservent la forme arrondie qu’ils avaient primitivement. On peut facilement diviser la tourbe en petites couches, dont chacune a sa surface recouverte de feuilles ; celle qui se trouve à la partie inférieure est d’une couleur plus brune que celle de la partie supérieure ; sa texture est également plus compacte , et les végétaux qu’elle renferme sont plus altérés *.

Le même auteur remarque plus loin que Ton rencontre à la sur-

i Phillips, Illustrations of the geology of Yorkshire, 1829. s Trans. Royal Soc. of Edinburgh, vol. ix.

FORÊTS SOUS-MAR UNES. jgj

face de la tourbe des troncs d’arbres avec leurs racines , dans des

positions qui sont, sans aucun doute, celles dans lesquelles ils ont

végété. On n’observe aucun dépôt d’alluvion au-dessus delà tourbe,

dont la surlace est inférieure de quatre à cinq pieds au niveau des hautes mers.

Le docteur Fleming décrit aussi une autre forêt sous-marine sur les bords du golfe de Forth, dans la baie de Largo ; elle repose sm une argile brune dans laquelle les racines des arbres ont pénétré. L’auteur la regarde comme une tourbe lacustre : elle est reeouverte par un dépôt irrégulier de sable et de gravier menu. La tourbe est composée de plantes terrestres et d’eau douce , parmi lesquelles on trouve des débris de bouleaux , de noisetiers et d'aunes ; on y rencontre aussi des noisettes. Le docteur Fleming a suivi la racine d un arbre, qui probablement était un aune , jusqu’à plus de 6 pieds

Si du continent de l’Ecosse nous passons à ses îles, nous observerons des faits analogues. M. Watt décrit une forêt sous-marine dans la baie de Skaill, sur la côte occidentale de Vile de Mainland (Orcades). On trouve de petits sapins de 10 pieds de long et de 5 à 6 pouces de diamètre , en partie ensevelis dans un amas de matières végétales, principalement composé de feuilles, et en partie couchés sur sa surface; les tiges adhèrent encore à leurs racines, et toute la masse est fortement altérée, de manière qu’on peut facilement la couper avec une bêche. On a découvert , au milieu de ces débris de végétaux , un grand nombre de graines de la grosseur de celles de navet 3.

^ Le révérende. Smith décrit une forêt sous-marine sur la côte de 1 île de Urée , l’une des Hébrides. Il paraît que dans une plaine de 1,500 acres de superficie, il existe une espèce de dépôt tourbeux ( moss-land ) semblable à celui dont nous avons parlé plus haut et qui est recouvert par un dépôt diluvial de 12 à 16 pieds. Ce dépôt tourbeux borde la plaine du côté de Test , et la baie dans laquelle il se trouve est entièrement ouverte aux vagues de l’Atlantique. L’épaisseur moyenne de le tourbe ( ou terreau de mousse ) , s’élève à plusieurs pieds, mais à son affleurement sur le rivage elle n excède pas 4 ou 5 pouces; sa consistance est ferme, et elle adhère fortement à une argile sur laquelle elle repose. Outre les débris d’arbres bien caractérisés qu’elle contient,, on y trouve d’autres plantes plus petites et un grand nombre de graines qui

1 Journal of Science.

2 Edin. Phil. Journal, vol. m, p. 100.

d’abord paraissent être tout à fait fraîches, mais qui deviennent noires lorsqu’elles ont été exposées à l’air. Ces graines paraissent appartenir à quelque plante de la famille naturelle des Légumineuses , et M. Drummont pense que ce sont probablement celles du Genista anglica *.

D’après le même auteur, on rencontre fréquemment des forêts sous-marines sur les côtes de Yîle de Coll. Il cite aussi le révérend H. Macléan comme ayant observé dans l’île de Tirée des gisements analogues qu’il n’a pas visités lui-même.

En retournant sur le continent de l’Angleterre , nous trouvons des accumulations semblables de végétaux qui ont été décrites par M. Stephenson, sur les bords des plaines comprises entre la Mersey et la Dée, sur la côte du Cheshire. On y observe des souches d’arbres dont les racines s’étendent dans toutes les directions , et que l’on dirait avoir été coupées à environ 2 pieds du sol. La matière végétale repose sur une marne bleuâtre , et est recouverte par un sable 2.

M. Horner décrit une forêt sous-marine sur la côte de la partie sudouest du Sommer s et shire , dans le canal de Bristol ; on la voit très bien entre Stolford et l’embouchure du Parret, point entre lesquels la côte est basse 5 une plage élevée de galets, composés principalement de lias (qui est la roche des environs), protège contre les vagues de la mer la plaine qui se trouve derrière elle. Le dépôt de débris végétaux est ici, comme dans les autres localités, semblable à une couche de tourbe ou de feuilles altérées , et renferme des troncs , des tiges et des branches d’arbres 5 on y trouve de menus rameaux ( twigs ) , des noisettes et une plante ( souvent entière ) que M. Brown croît être la Zostera oceanica de Linnée. Quelques tiges d’arbres ont jusqu’à 20 pieds de long: les bois paraissent appartenir au chêne et à Vif; ordinairement ils sont peu altérés , et au contraire assez durs et assez solides pour être employés pour la charpente et pour le chauffage 5 ceux même qui sont mous quand on les retire , deviennent durs en se desséchant. La matière de ce dépôt végétal est brune 5 elle a ordinairement de 1 pied à 18 pouces d’épaisseur, et repose sur une argile bleue 3.

De la côte dont nous venons de parler part une vaste plaine unie, qui s’étend aune distance considérable dans l’intérieur du pays,

î Smith, Edin. New. Phil, journal, 1829.

s Edin. Phil, journal, vol. xvm. M. Smith cite le Courrier de Liverpool de décembre 1827, qui rapporte qu’après Une violente tempête, on a découvert sous le sable, au-dessous du niveau de la haute mer, des troncs et des racines d’arbres qui, selon toutes les apparences, avaient poussé sur le lieu même.

3 Horner, Geol. Trans., vol. ut, p. 380, etc.

entrecoupée de collines allongées en chaînes ou isolées, et présentant

toires rde's îlëseMeHdU **“ de ,aqUeIle s’élèveraient ^ promons‘f, deS 1,es- M> Horner rapporte, d’après Du Luc, qu’en creusant de nouveaux canaux entre le Brue et l’Axe, on a trouvé un lit e our e sous la surface du sol. Cette couche, si l’on peut lui don ner ce nom , a été observée en d’autres points de la même plaine et on a meme assure qu’on en avait retiré des arbres. II semblerait apres cela, que la forêt qu’on rencontre sur la côte, n’est autre

chose qu une coupe d’un vaste dépôt situé au-dessous des plaines qui aboutissent a Ja baie de Bridgewater.

La description qu’a donnée le docteur Boase de la forêt sousmanne de la baie du Mont (Mount's bay ) dans le Cornouailles, près de Penance, a beaucoup ajouté à ce que nous savions sur ce sL' Cette couche de matières végétales consiste en une masse brune composée d’ecorces, de menus rameaux et de feuilles d’arbres qui

j. l ' i • ^ ont au noisetier. Au milieu

de ces débris on trouve un grand nombre de branches et de troncs

du meme arbre meles avec de l 'aune , de l’orme et du chêne. A environ un pied au-dessous de la surface de la couche, la masse se compose principalement de feuilles, au milieu desquelles on trouve une grande abondance de noisettes; on y rencontre aussi des filaments de mousses et des portions de tiges et d’enveloppes de graines (seed-vessels) de petites plantes, dont plusieurs appartiennent évidemment a l’ordre des graminées. Avec ces tiges et ces graines on observe des débris d 'insectes, particulièrement des fragments d elytres et des mandibules d’espèces de la famille des scarabees qui déploient encore les couleurs les plus belles et les plus brillantes, mais qui, des qu’ils sont exposés à l’air, ne tardent pas à se réduire en poussière. Au-dessous de cette partie de la couche la matière végétale prend un tissu plus serré, et finit par devenir terreuse et schisteuse ; elle repose sur un sable granitique qui lui-même recouvre un schiste argileux. La couche végétale plonge vers la mer sous un angle d’environ 2 degrés; elle est recouverte par une couche de galets de hornblende, dont la surface est polie, et qui ont de deux a trois pouces de diamètre; cette couche de galets a 16 pieds d épaisseur, et elle est couronnée par un sable granitique sur une hauteur d environ 10 pieds. La couche végétale , par suite de sa pente qui se releve vers le continent, vient paraître sous un marais

au milieu des terres, après avoir passé sous la masse de cailloux et de sables qui la recouvre 1 .

1 Boase, Trans, geol. Soc. Cornwall.

M. de la Fruglaye a observé, en 1811 , qu une partie du rivage des environs de Morlaix , qui auparavant paraissait entièrement composé de sable, présenta tout à coup, après une violente tempête pendant laquelle le sable avait été emporté, une masse considérable de matières végétales et d’arbres unis ensemble , qui s’étendait a une grande distance le long de la côte; les feuilles étaient bien conservées, mais les troncs et les branches d arbres étaient pourris. On reconnut des chênes dans cette masse de bois , et on y découvrit des insectes avec leurs couleurs très bien conservées. Quelques jours après, cette accumulation de végétaux fut de nouveau couverte par le sable

Les nombreux exemples qui viennent d etre cites suffisent poui faire reconnaître la ressemblance générale qui existe entre eux. Je me bornerai en conséquence à faire une simple mention des forêts sous-mannes que j’ai observées sur les côtes de la Normandie, 1 une à l’est des rochers des Taches-Noires, et l’autre près de Sainte- Honorine, toutes les deux à l’embouchure de vallées. Dans le Dorsetshire on trouve aussi quelques traces d’un dépôt du même genre à l’embouchure du Char.

On ne peut douter qu’il n y ait eu un changement dans les niveaux relatifs de la mer et des continents voisins, depuis l’époque à laquelle ces arbres et ces plantes ont végété; mais on peut avoir différentes opinions sur la maniéré dont ce changement s est opéré. Comme nous voyons les tremblements de terre produire quelquefois des affaissements du sol , nous pouvons présumer que la Grande- Bretagne, les îles Shetland, les Hébrides et la côte septentrionale de la France en ont également éprouvé. Mais si cet abaissement du sol s’était effectué subitement par suite d’un violent tremblement de terre, il aurait dû occasionner un grand mouvement des vagues à la surface de la mer, et dans ce cas il est à croire que les substances végétales légères, telles que les feuilles, qui constituent une si grande partie des forêts sous-marines, auraient dû être entraînées; or ce n’est pas ce que l’on observe. On peut donc présumer que le changement du niveau s’est fait d’une manière en quelque sorte o-raduelle, quoique cette hypothèse ne s accorde pas tout a fait avec les arbres brisés, qui paraissent indiquer quelque chose de soudain, tel qu’un ouragan ou des vagues résultant d’un tremblement de terre. On peut aussi supposer, pour expliquer ces forêts sous-marines, que la mer s’est élevée graduellement, et qu’elle a accumulé sur son riva<>e. en avant des plaines, des bancs qui les ont protégées, et que

i Journal des Mines, t. xx.x, p. 339.

les vagues ont poussées en arrière à mesure qu’elles atteignaient un niveau plus élevé.

Quelle que soit l’hypothèse qui approche le plus de la vérité, il est certain qu il y a eu un changement dans les hauteurs relatives de la mer et des continents, autour de la Grande-Bretagne et le long des côtes septentrionales de la France, et que ce changement s’est opéré depuis l’époque où ces contrées ont commencé à jouir de climats peu différents de ceux qui y existent aujourd’hui, et peutêtre tout à fait les mêmes. L’absence de fossiles marins au milieu de ces dépôts de végétaux semble indiquer que les forêts qui les ont formés n’ont pas été subitement englouties par la mer; car s’il en avait été ainsi, elle aurait laissé quelques traces de sa présence. Si un soulèvement soudain du sol venait rétablir les niveaux relatifs tels qu ils étaient dans l’origine, ces forêts aujourd’hui sous-marines, quoique relevées alors au-dessus de la mer, conserveraient des traces évidentes de leur position actuelle au-dessous de son niveau, car on menait des substances marines attachées aux arbres qui souvent sont percés par hspholades .

Les détails qui précèdent sont peut-être trop étendus pour un simple Manuel de géologie; mais il nous a paru important de faire voir que des changements dans les niveaux relatifs de la mer et des terres se sont opérés le long de nos côtes, à des époques géologiquement aussi récentes; et il nous était d’autant plus nécessaire de les faire connaître, que nous allons plus bas chercher à prouver que ces changements ont été précédés par une variation, au moins partielle, dans ces mêmes niveaux, mais tout à fait en sens contraire, laquelle a eu lieu sur nos côtes méridionales.

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