ANCIENNES PLAGES
M. Brongniart décrit une singulière accumulation de coquilles qu’il a observée aux environs d ' Uddevalla , en Suède ; ces coquilles sont complètement semblables à celles qui existent maintenant dans la mer voisine ; on les trouve en si grande abondance, que depuis longtemps on les emploie sur les routes-, elles ne contiennent presque aucun mélange de terre, et quoiqu’il y en ait beaucoup de brisées, on en rencontre fréquemment qui sont encore entières. La masse la plus considérable se rencontre au milieu des roches de gneiss , jusqu’à une hauteur de soixante-dix mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce même géologue, pensant qu’il pourrait trouver des traces du séjour de la mer sur le gneiss, qui est la roche fondamentale de la contrée, poursuivit ses recherches avec la plus grande attention, et finit par découvrir des Balanes encore adhérentes aux rochers sur lesquels elles avaient vécu, et qui forment maintenant le sommet d’une colline, MM. Berzelius , Wolher et Ad. Brongniart étaient présents à cette découverte * .
Les coquillages que l’on trouve à Saint-Hospice , près de Nice , et qu’on a appelés sub-fossiles , ont depuis longtemps attiré l’attention. Ils sont semblables à ceux qui existent maintenant dans la Méditerranée; leurs couleurs même sont conservées, quoique le plus ordinairement elles aient blanchi. M. Risso a donné une longue liste de ces coquilles i 2. D’après mes propres observations , je ne puis guère douter qu’elles n’aient été élevées, à une époque récente, au-dessus du niveau actuel de la Méditerranée. Au-dessous de Baussi Raussi, escarpement voisin , et de là jusqu’au dépôt principal de ces coquilles sub-fossiles, on trouve des traces évidentes d’une ancienne plage qui a été élevée ; les cailloux sont arrondis et mêlés de sable , dans lequel on trouve des coquilles semblables à celles qui existent maintenant dans la mer voisine. Entre la presqu’île de Saint-Hospice et l’escarpement que je viens de citer, l’ancienne plage ressemble beaucoup à celles des environs de Plymouth, si ce n’est que cette dernière a été élevée à une plus grande hauteur 3. Cette élévation s’est probablement effectuée lorsque la surface du sol avait déjà reçu , en grande partie , la configuration que nous lui voyons aujourd’hui.
M. de la Marmora donne des détails très intéressants sur une espèce de couche ou de dépôt que l’on observe en Sardaigne , et qui
i Brongniart, Tableau des terrains qui composent l’écorce du globe , 89.
ï Hist.nat. de V Europe méridionale.
ô On trouvera une description plus détaillée de ces localités avec une vue et une coupe de l'escarpement de Baussi Baussi, dans mon Mémoire inséré dans les CeoL Trans vol. ni, "T série.
L1 DEPÔ1S DE COQUILLES SOULEVES. 201
conlient des coquilles sub-fossiles avec des fragments de poterie grossière ; elle présente un exemple de l’élévation , non-seulement a une plage, mais encore du fond d’une mer basse qui en formait e prolongement. La partie de cette couche qui est la plus éloignée de la cote actuelle, et qui par conséquent formait très probablement 1 ancien rivage avant l’élévation du sol ou l’abaissement du niveau de la mer, est terreuse et ferrugineuse, et contient des débris de coquillages terrestres, fluviatiles et marins, mêlés avec des fragments de poterie grossière : circonstances que l’on doit s’attendre à trouver sur une côte habitée, et particulièrement aux bords d’une mer qui, comme la Méditerranée, n’a presque point de marée. La partie de la couche qui est la plus rapprochée de la mer, et qu’on peut par consequent considérer comme ayant été autrefois sous les eaux , la couche s élevant graduellement vers l’intérieur de l’île, est formée d un grès calcaire ; la poterie disparait , et les Cérites et les Lueines deviennent plus rares. Au nord-ouest de Cagliari, dans un endroit ou la couche s’élève à environ 50 mètres au-dessus de la Méditerranée , et qui est à une distance d’au moins 2,000 mètres de la mer, on trouve des huîtres ( Ostrea edulis ) encore adhérentes au rocher sur lequel elles ont évidemment vécu. Ces coquilles subtossiles appartiennent aux mêmes espèces que celles qui existent maintenant sur les mêmes côtes , et sont bien conservées. Entre autres objets de poterie, M. de la Marmora a découvert dans ce depot , au nord-ouest de Cagliari , une boule de terre cuite , à peu près de la grosseur d’une pomme, et percée d’un trou à son centre, comme pour y faire passer une corde. M. de la Marmora pense que cetie boule peut avoir appartenu à des pêcheurs , qui ne connaissaient pas alors l’usage du plomb, et qui exerçaient leur industrie avant qu un changement de niveau eût mis à sec le fond d’une partie de la mer où les eaux étaient basses ' . Nous avons donc ici un exemple d une élévation du sol, ou d’un abaissement du niveau de la mer dans cette partie de la Méditerranée , dont l’époque est postérieure a l’apparition de l’homme dans l’île de Sardaigne. Si c’est avec raison que M. de la Marmora considère cette couche comme identique avec des couches semblables que l’on observe sur les côtes de la Toscane , des Etats romains et de la Sicile, ce changement de niveau paraîtrait n’avoir pas été tout à fait local \
M. Boblaye a observé sur les calcaires de la Grèce diverses lignes de dégradation élevées à des hauteurs différentes au-dessus du ni-
1 De la Marmora, Journ. de géol., t. m, page 309.
» M. de la Marmora distingue avec soin le grès dont il a été parlé ci-dessus de te loene qui se forme journellement dans la mer à Messine,