GROUPE S U PR A CR ÉT ACE
En 1829, M. Desnoyers a publié un mémoire sur des dépôts
marins tertiaires récents, dont il a tiré les conséquences principales suivantes : 1
1° Tous les bassins tertiaires ne paraissent pas avoir été contemporains, mais successivement formés et remplis.
2 Cette succession des bassins a pu résulter des fréquentes oscillations du sol produites, durant la longue série des terrains tertiaires, par 1 influence des agents volcaniques, alors très puissants
3° Cette différence dans l’époque de la formation des bassins pourrait faire distinguer, dans les terrains tertiaires, plusieurs grandes périodes, les unes stables, les autres transitoires.
4o Chacune de ces périodes comprendrait des dépôts formés dans la mer, soit par les eaux marines, soit par les eaux fluviatiles, et des dépôts formes en même temps hors de la mer par des lacs, par des sources thermales et par les fleuves 5 les uns et les autres offriraient suivant les bassins, toutes les variétés possibles de sédiments.
5° Les bassins de Paris, de Londres et de bile de Wight, ne contiendraient que les dépôts des périodes tertiaires anciennes et
moyennes.
6° Le dernier terrain lacustre de la Seine n’aurait donc point terminé la série de ces terrains : plusieurs formations, soit marines soit d’eau douce, lui auraient succédé dans d’autres bassins plus
7 Ces formations plus récentes semblent indiquer par leurs fossiles deux périodes au moins, auxquelles on pourrait ajouter comme étant aussi complète qu’aucune des périodes antérieures' celle dont nous sommes contemporains.
8° Toutes ces périodes offriraient , par leurs gisements et leurs fossiles, un passage insensible et progressif de l’une à 1 autre, de la nature ancienne à la nature actuelle, des plus anciens bassins tertiaires aux bassins actuels de nos mers.
Le même auteur essaie aussi d’établir d’autres opinions, qui cependant paraissent plus douteuses-, mais il m’a paru nécessaire de faire connaître ce qui précède, parce que, dans ces idées, il paraît y en avoir beaucoup de vraies, et que l’auteur a été un des premiers à remarquer qu’il y avait probablement un passage zoologique des anciens dépôts supracrétacés à l’état actuel des choses. Il n’est pas le premier toutefois, comme il le reconnaît lui-même, qui ait attribué les variations observées dans les bassins tertiaires ou supracrétacés aux différences produites par l’action locale de causes telles que celle» que nous voyons aujourd’hui : ette opinion avait été émise auparavant par MM. Prévost, Boué et d’autres géologues. M. Des-
90Q groupe supracrétace.
noyers remarque aussi que les eaux continentales ont dû ctorner a la Ur des coquilles terrestres et d’eau douce , avec des debr.s de .«rands mammifères, tels que les éléphants, les rhinocéros, les mastodontes les hippopotames, et des reptiles fluvmtiles et teiresties, qui ont dû ainsi se mêler avec des débris de cétacés et d autres am-
Desnoyers donne une liste de fossiles qu’il regarde comme les
débris des animaux qui vivaient à cette époque \
Polypiers. Beaucoup d’espèces des genres Retepora , Eschar a, Flustra, Cellepora, Favosites , MiUepora, Theonea, Porita, Alcyonium Les espèces les plus communes sont les grosses Favosites «lobuleuses de Guettard (t. m, pb 28, fig. 5), et un polypier qui se rapproche du genre Aleyonium. Il y a aussi beaucoup d autres genres de polypiers, tels que des Lanulites, des Astrea, des Caryophylha. Ou ‘trouve dans plusieurs autres contrées des especes des memes «cures plus ou moins semblables : à Albdorough, dans le Suffolck ; fcarenten, dans le tuf brun; aux Cléons, près de Nantes; sur les bords du Layon, près de Doué, etc. Ils ne sont pas moins abondants dans les bassins du Rhône que dans celui de la Loire. — Les poly- Ïs se rencontrent à divers états : roulés et brises, comme sur l’ancienne côte de Touraine; - disposés comme un sable, comme dans une mer plus profonde, à Doué; — en place et adherents aux coquilles, aux galets et aux roches, sur les bords du Layon (Maineet-Loire), et près des Cléons (Loire-Inférieure);-enfm formant une
pniiohe solide, comme au sein de l’Océan.
Fchinites Plusieurs grandes Scutella , telles que Scuteila sub -
rotunda (Scilîa, pl. 8; Parkinson, t. m, pl. 3, fig. 2); Scutella bifora (Parkinson, t. ni, ph 2, fig. 6), qui se trouvent en abondance dans les bassins de la Loire, de la Gironde et du Rhone comme aussi à Malte et en Sicile. Le Clypeaster altus^ Scilla, pl. 9, fi« 1 et 2) • le C. marginatus (Scilla, pl. 2) et le C. rosaceus les accompagnent quelquefois, comme à Reggio dans la Calabre, a Malte, aux environs de Dax et de Montpellier; et meme semblent les remplacer, comme en Corse, en Sardaigne et a Sienne.
CiRRi pèdes. Balanus tintinnabulum ; B. — sulcatus; B. tulipa; B. — cylindricus; B. — miser; B. — pustulans; B — crisvatus. On en trouve fréquemment en Italie et surtout en Piémont, où la plupart sont des analogues ou des variétés des especes
rénover S Sur des dépôts marins plus récents que les terrains tertiaires du ba*nl M Seine; Ann. des Se. nul., t. 16, p. 472.
» Ibid., p. 43G et suiv.
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vivantes. Quelques-unes de ces espèces se trouvent dans le bassin de la Loire, ou on rencontre aussi, comme en Dauphine, les Balanus delphinus et B.~virgatus (Defrance). Dans les tufs du Cotentin, on trouve des espèces plus petites, que M. Defrance a nommées Balanus circinatus et B. — - communis , et qui sont les memes que les B. — tesselatus et B. — crassus de Sowerby. Les balanes sont abondantes dans les sables et les calcaires marins de Dax, de Béziers, de Narbonne et de Montpellier; dans tout le bassin du Rhône, surtout aux environs de Marseille, et à Bolène et Saint- Paul-Trois- Châteaux, près Montelimart; dans la mollasse coquillière de Berne et de Lucerne; dans le conglomérat du Leitha et les plaines de la Hongrie. D après les habitudes des balanes actuelles, M. Desnoyers conclut que les mers où vivaient les balanes fossiles étaient peu profondes.
Conchifères. Les espèces les plus communes sont : Area diluvii j Cyprina is landico ides - Pectunculus p ulvina tus (plusieurs variétés); la grande Terebratula perforata (Defrance) (Scilla, pl. 16, %. 6), regardée comme très caractéristique; les grandes Huîtres étroites, à talon plus ou moins allongé, dont on a fait plusieurs espèces sous les noms d'Ostrea longirostris , O. — crassissima et O. — - virginica (Touraine, bords de la Dordogne, de la Garonne et du Lot; Béziers, Aix, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Berne, Bàle, Vienne, Messine) ; plusieurs espèces de Pecten à côtes : Pecten solarium : P . laticostatus ,* P. — rotundatus ; P. — benedictus ; accompagnées de petites espèces, P. — lepidolaris ,• P. — striatus ,* P. — gracilis (Sowerby).
Mollusques. Les espèces les plus fréquentes sont: Auricula rigens (très abondante); Turritella quadriplicata (Bast.); et C. — incrassata (Sow.); Scalaria communis (Var.); Voluta Lumber ti (Sow.); Pyrula clathrata; P. — rusticula ; Cyprœa pediculus • C. — coccinea ; Cerithium margaritaceum ; C. — papaveraceum ; C. — granulosum ,• Rostellaria pes pelicani ; Crepidula unguiformis • Calyptrœa muricata ; C . — sinensis (Var.); Conus deperditus , etc. Ces coquilles sont mêlées avec des coquilles terrestres et fluviatiles, tantôt par couches alternatives, tantôt dispersées irrégulièrement. Des dents de requin et des palais triturants de poissons sont communs.
Mammifères marins. Deux Phoques , un Dauphin , un Morse et au moins une espèce de Lamantin , tous décrits par Cuvier. Les débris de lamantin sont communs à Doué, en Touraine, aux environs de Rennes et de Nantes, dans le Cotentin, près de Dax et dans plusieurs autres endroits du bassin de la Gironde. Il y a des cétacés dans la mollasse coquillière du Dauphiné (Genton), dans la mollasse de Berne (Studer), et dans le sable de Montpellier (Marcelle de Serres).