Craie excavée jusqu'au niveau de la rivière
On voit, d’après cette coupe, que l’eau avait un pouvoir de transport assez grand pour charrier du sable grossier, et même du gravier, et qu’à une certaine époque ( n° 7 ) elle a apporté des coquilles brisées. M. Taylor m’a montré d’autres coupes des couches de crag qui présentent ces lignes diagonales à la stratification, si fréquentes dans les roches ou depots mécaniques de tous les âges , partout où elles ont été formées par des courants d eau irregulieis.
De cette circonstance et des variations que présentent les couches qui composent ces coupes, il paraît résulter que le terrain de crag a été déposé par des courants d’eau irréguliers , dont les vitesses , et par conséquent les pouvoirs de transport, ont éprouvé des variations. Quant aux silex non roulés, sur lesquels repose le crag, d est probable qu’ils proviennent de la destruction d’une partie de la craie de cette localité, destruction dont on a tant d’exemples dans
i Taylor, Geol. Trans , 2e série, vol. 1.
une grande partie de l’Angleterre et de la France, et qui a précédé le dépôt des roches supracrélacées.
Si nous portons nos regards du côté des Alpes , nous trouvons sur les deux versants de cette chaîne des couches plus ou moins puissantes de grès et de conglomérats, dont l’ensemble constitue une masse d une épaisseur considérable. En examinant attentivement ces dépôts, on reconnaît que les éléments dont se composent les gi ès ne sont en général que le résultat de la trituration des conglomérats, et que les uns et les autres proviennent des Alpes : ce sont évidemment des détritus de roches alpines. Les débris organiques y sont extrêmement rares 5 cependant on en rencontre dans quelques localités. Des caractères si généraux semblent indiquer que tous ces dépôts ont une origine commune, et que cette origine est dans les Alpes elles-mêmes. Ces detritus, roulés et triturés, peuvent avoir été transportés, soit par l’action prolongée de ce qu’on appelle les causes actuelles, soit par quelques forces plus violentes, qui, en occasionnant des mouvements rapides dans les eaux, et une plus grande dégradation à la surface du sol, ont dû produire, dans un temps donné, des effets beaucoup plus considérables.
Il est tout à fait évident que, dans certaines parties des Alpes, ces couches de détritus , quelle que soit leur position sur d’autres points, reposent à stratification discordante sur plusieurs calcaires et autres roches, dont quelques-unes se rapportent au groupe crétacé, et d autres à la série oolitique. Il paraît également constant qu elles ont été soulevées après leur formation par quelque force dont, d après la disposition des strates, le centre d’action se trouvait dans 1 intérieur des Alpes 5 car, sur les deux flancs de la chaîne, on voit les couches se relever vers elle, et présenter la même disposition que s il y avait eu une force tendant à élever la masse principale des Alpes à une plus grande hauteur, et par conséquent à soulever en même temps les dépôts latéraux de grès et de conglomérats.
Les ligures 32 et 33 montrent de quelle manière sont disposés les conglomérats : la première représente , d’après les observations du docteur Lusser, une coupe du Ri g hi } près Lucerne, sur le versant septentrional de la chaîne 5 l’autre est une coupe que j’ai prise
moi-même près de Côme , sur le flanc méridional de la même chaîne.
Glt OU P E S U P R A CR ET AC E .
Fig. 32,
rn le Murteberg -, r , le Righi ; a a , calcaire et argile schisteuse ( shale ) contenant des nummulites et autres fossiles; h b , conglomérat de cailloux roulés, composé de fragments de roches alpines préexistantes.
Fig. 33-
a a , couches verticales ou presque verticales de calcaire gi is, contenant beaucoup de silex, recouvertes par les conglomérats et grès b b , composés aussi de roches alpines préexistantes. On ne peut guère douter que ces conglomérats n'aient été soulevés depuis leur formation , et même qu’ils n’aient été renversés sur eux-mêmes au Righi, si toutefois les apparences que l’on observe entre cette montagne et le Murteberg ne sont pas le résultat d’une faille . On peut aussi remarquer un autre fait dans la coupe prise piès do Corne: c’est que les couches calcaires avaient été soulevées avant le dépôt du conglomérat.
Si de Corne nous nous transportons dans les Alpes maritimes, nous voyons qu’elles ont été aussi soulevées avant le dépôt de fragments roulés, qui proviennent évidemment des hautes montagnes adjacentes. Les roches soulevées dans les environs de Nice sont des calcaires blancs compactes avec gypse, ou des calcaires arénacés, et des couches contenant une grande quantité de grains verts; ces dernières se rapportent peut-être au groupe crétacé ; mais il y a ,
i M. Ebel m’a assuré (pendant que j’étais à Zurich en i 829 ) que ce caractère de renversement était encore plus marqué dans d’autres localités de la chaîne du Iliehi : il serait bien à désirer que l’on parvînt à déterminer d’une manière positive que c’est un renversement de couches, et non une grande faille longitudinale, qui pourrait facilement s’être produite en même temps qu’un grand soulèvement longitudinal de couches.
GROUPE SUPRACRÉTACÉ. 269
plus à lest, d’autres roches renfermant de nummulites et autres fossiles qui peuvent appartenir à quelques dépôts dont nous parlerons dans la suite.
Pendant que nous parlons des environs de Nice, nous croyons devoir décrire les roches supra crétacées qui se rencontrent généralement dans cette contrée. Apres le soulèvement des couches régulières que nous venons de citer, le niveau relatif de la mer et des Alpes maritimes devait être très différent de ce qu’il est maintenant ; car, sur le flanc occidental du mont Cao (ou Calvo), à une hauteur de 1,017 pieds, on trouve des blocs de la même roche que celle qui compose la montagne, c’est-à-dire de calcaire blanc compacte et de dolomie, lesquels présentent des cavités percées par des coquilles lithophages. Cette accumulation de blocs a dû se former pendant une période comparativement tranquille; caries fragments de roches sont anguleux, et ne peuvent pas évidemment avoir été transportés d’une distance considérable. La même espèce de brèche recouvre le flanc de la montagne, et sépare une grande masse de cailloux roulés et de grès d’avec le calcaire blanc disloqué qui compose la montagne. Les blocs sont encore percés de cavités, comme on peut partout l’observer. A la base du mont Cao, et à l’endroit nommé la Fontaine du Temple, on observe une excellente coupe de cette brèche : les blocs qu’on y voit sont anguleux ; ils ont quelquefois un volume considérable, et pèsent plusieurs centaines de livres. Ils sont constamment percés de trous semblables à ceux que font les coquilles lithophages, et sont enveloppés par un ciment composé de grains siliceux agglutinés par une matière calcaire. L’ensemble de la brèche indique un état de repos pendant sa formation; mais si l’on veut une autre preuve de ce fait, on la trouvera dans certaines coquilles qui ressemblent beaucoup à des spondyles , et que l’on rencontre non-seulement près de la Fontaine du Temple, mais encore plus haut sur la montagne. Leurs valves inférieures sont attachées aux blocs, et leurs parties saillantes les plus déliées sont légèrement recouvertes de ciment ; circonstance qui n’aurait jamais pu arriver, s’il y avait eu dans cet endroit un mouvement d’eau plus considérable qu’il n’y en a ordinairement dans un courant modéré; car ces parties saillantes, qui sont très minces et très fragiles, auraient été détruites.
Si nous nous transportons sur les bords de la mer actuelle, nous y observerons des faits qui indiquent un séjour tranquille des eaux sur les couches disloquées; car sous le château de Nice, on trouve une fente ouverte dont les parois sont percées par des coquilles lithophages; leurs tests sont encore dans les cavités : et il est