‹ Manuel géologiqueChapitre 72 sur 121 · GROUPE S U P R A.CR ETAGE · texte numérisé non relu

GROUPE S U P R A.CR ETAGE

évident que ces trous étaient forés avant l’époque du transport d’une si grande quantité de cailloux roulés alpins sur la surlace de ce district; car ces cailloux comblent une partie de la fente, et enfouissent ainsi un grand nombre de ces cavités avec les animaux qui les habitaient. Ce qui prouve que le séjour de la mer sur ces couches n’a pas été momentané, c’est que, comme nous layons observé à l’article des brèches osseuses, on trouve des cavités et des coquilles lithopbages de diverses grandeurs; que les petites sont mêlées avec les grandes, et que, d’après cela, il est évident qu elles

sont d’âges très différents. , , ,

Les seuls débris organiques que j’aie rencontres dans la brec e

du mont Cao sont : un grand Pecten , que l’on trouve aussi en Piémont , les coquilles lithophages et autres citées plus haut , une dent appartenant (peut-être) à un Saurien , et une petite espece de Pec ten ; mais on ne peut douter que des recherches assidues ne procurent une récolte plus abondante.

Près de la Fontaine du Temple, la brèche est recouverte par des marnes grises , qui probablement forment la base de 1 argile marneuse bleue ou grise qui lui succède dans l’ordre de la superposition. Cette argile contient une grande abondance de debris marins, dont M. Itisso a donné l’énumération % et parmi lesquels plusieurs sont identiques avec ceux que Brocchi a cités dans les terrains subapennins. On y rencontre aussi quelques débris de végétaux, mais ils sont rares. Tout indique dans ce dépôt une continuité d état de repos- les coquilles les plus délicates n’ont reçu aucune atteinte, et leurs parties saillantes les plus déliées sont parfaitement conservées. A cette période de tranquillité a succédé un état de choses très différent, une période pendant laquelle les cailloux des Alpes ont été arrondis par le frottement et transportés pai la force de l’eau sur les dépôts qui venaient de se former paisiblement. Les courants, soit marins, soit d’eau douce, qui ont effectué ce transport , ont dû nécessairement dégrader la surface des couches d’argile; car il est impossible qu’une masse d’eau ayant une force et une vitesse capables de charrier des cailloux , puisse passer sur de pareilles couches sans qu’elles éprouvent aucun changement; elle doit y opérer des coupures profondes, rendre leur surface irrégulière, et former, à la ligne de jonction des deux dépôts, un mélange d’argile, de gravier et de sable. Or, c’est précisément ce qui est arrivé, comme on peut le voir par la coupe suivante , destinée à faire comprendre la disposition que l’on observe

i Uist. nat. de l’Europe méridionale.

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héquemment aux environs de Nice, dans les vallées creusées dans le dépôt supracrétacé.

Cette coupe, prise dans la vallée de la Madeleine , représente seulement la discordance de stratification des deux roches 5 il était

tout à fait superflu d’y indiquer le mélange qui se trouve à leur liçne de jonction.

Fig. 34.

c c > lit du torrent ; a , argile marneuse bleue ; b b , couche de cailloux roulés alpins. Ce dépôt de sable et de gravier a une épaisseur considérable 5 il plonge faiblement vers la mer, et se relève vers les montagnes. Il s’étend en forme d’éventail, ;dont le centre ou le point de convergence des rayons se trouve du côté des montagnes. Cette forme ne peut nous servir à déterminer si ce dépôt a été formé par une rivière , successivement et pendant une longue suite d’années, ou d’une manière plus subite, par de violents courants cl eau. Quoi qu’il en soit, il est de la dernière évidence que les causes qui ont opéré dans cette localité 11’ont pas toujours été les mêmes. Une période relative de tranquillité a été suivie d’une nouvelle période, pendant laquelle les eaux avaient un mouvement assez considérable ; et si l’on veut regarder l’un et l’autre dépôt comme des détritus transportés par une rivière, il faut nécessairement admettre que cette rivière , d’abord peu rapide , a pris ensuite une vitesse considérable 5 que, pendant sa première période de tranquillité, qui s’est longtemps prolongée, elle ne pouvait transporter que des particules argileuses et calcaires, tandis que, devenue un torrent impétueux, elle a été capable de charrier des sables et des cailloux. La seule manière de concilier les observations avec l’hypothèse d’une rivière, paraît être de supposer que, primitivement , avant et pendant 1 epoque du dépôt de l’argile et de ses coquilles, la rivière n avait qu’un faible courant, et que la vase se déposait à une certaine distance du bord; mais que, depuis, les niveaux relatifs de la mer et du continent ayant changé un peu brusquement par l’élévation du sol de la contrée , le cours de la

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rivière a été allongé, et que sa pente est devenue plus lorte ce qui, augmentant sa vitesse, l’a rendue capable de transporter des callloux au-dessus de l’argile ! . , , A ,

Que Fou adopte cette hypothèse ou celle qui attribue le depot de cailloux à des courants d’eau plus violents et plus subits on es obligé d’admettre que le sol s’est élevé d’une quantité considerable, et que ce soulèvement a eu lieu entre les deux époques du depot de l’argile et de celui des cailloux. Si nous supposons que ce ^ulevement a eu lieu tout à coup, de manière à produire une difference de niveau telle qu’on suppose qu’elle a dû être, cest-a-dire de plus de mille pieds, la masse des eaux qui se trouvaient dans les environs a dû entrer en mouvement; des vagues , dont la hauteur était proportionnée à la force perturbatrice, ont dû se précipiter avec fureur sur le sol soulevé et disloqué qui était expose a toute leui violence; et il a dû en résulter une grande abondance de cailloux roulés et de grandes dégradations à la surface de 1 argile.

En observant rapidement les Alpes maritimes, on pourrait croit e que l’argile et les cailloux alternent ensemble , et que ces alternatives indiquent un dépôt unique qui était successivement, tantôt d’une nature , tantôt de l’autre. Il est certain qu’il y a des endroits où ils semblent alterner jusqu’à un certain point, surtout près de la lio-ne de jonction. C’est ce qu’on observe à Vintimille , où les lits alternants d’argile contiennent des débris organiques; néanmoins, dans cette localité , la base du dépôt est formée par une argile qui a plusieurs centaines de pieds d’épaisseur, comme on le voit sous le château d’Appio, et sa partie supérieure est une masse de cailloux. Ainsi, quelle que soit l’hypothèse que l’on adopte , on est forcé d’admettre qu’il y a eu un grand changement dans la vitesse des eaux qui ont passé sur le même canton , et que leur mouvement, qui d’abord était lent , est ensuite devenu très rapide. Il parait difficile d’expliquer ces circonstances par aucune autre hypothèse que celle d’un changement plus ou moins subit dans les niveaux îelatifs

de la mer et du sol.

Ce n’est pas seulement aux environs de Nice et de Vintimille que l’on observe cette superposition d’un gravier contenant des cailloux roulés, quelquefois assez volumineux, et indiquant une variation considérable dans la vitesse des eaux qui ont passé sur la même contrée; on la retrouve dans d’autres endroits, entre ces deux villes

Il est à remarquer que dans certains endroits la marne devient arénacée à sa nartie supérieure, et se change en sable; ce qui me semble indiquer que le pouvoir de. transport s’est accru plus graduellement en certains points que dans d’autres.

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et Genes, et on peut aussi l'observer de l’autre côté du «olfe dans d autres parties de l’Italie. On ne rencontre pas toujours l’argi.e, parce que les causes qui l’ont produite n'ont pas agi partoutmais j ai remarque dans plusieurs endroits, sous la masse de sables et de cailloux, des fragments de roches qui, par leur caractère anguleux, leur position et le mélange accidentel de fossiles non brisés

desaSlxtulés" q"'ilS n’°nt nU!!ement M Partie du tr8nsP^

JL"™, pénétron® da"s », et que nous nous avancions du cote de Florence et de Rome, nous trouvons une série de sables de

marnes ou d argiles, qui contiennent plusieurs des mêmes débris organiques existant dans les terrains de Nice, et qui, probable!," sont contemporains avec elle. Nous pouvons également remarquer ic, un changement dans la vitesse de l'eau qui a déposé ces diverse! substances. Ainsi, entre Sienne et Florence, on observe une succession d argile ou de marne, de sables et de cailloux: ces derniers abondent particulièrement à l’approche de Florence, et paraissent constituer les bancs supérieurs. 11 paraît, par conséquent , que les circonstances qu, se présentent à Nice ne sont pas tout à fait particulières a ce canton, mais qu’elles sont, jusqu’à un certain point generales bien que, dans chaque localité, elles aient pu être modihees par des causes particulières. De l’autre côté des Apennins sur le versant qui regarde l’Adriatique, on trouve plusieurs terrains qui, d apres leur structure et leur mode général de dépôt, même indépendamment de la concordance des fossiles, montrent qu’ils ne foi ment qu une partie de quelque grand tout. .Te ne doute pas qu’on ne parvienne facilement à établir, d’une manière générale certains faits que l on peut observer dans le grand golfe de terrains supracréaces qui s etend dans l’Italie septentrionale, entre les Apennins et es Alpes, et a obtenir ainsi une connaissance intime de toute la masse. Cependant, plus j’ai observé les parties de cette masse plus je me sms convaincu que les faits recueillis jusqu’à présent sont loin d être aussi complets qu’il est nécessaire pour en tirer des considérations generales. Il est certain que les marnes et les sables subapennms conservent un même caractère général le long des collines qui bordent le pied des Apennins jusqu’à l’Adriatique, et que 1 abondance et la nature de leurs fossiles ont été souvent l’objet de 1 attention des géologues; mais, à en juger du moins par les documents qui ont ete publies les diverses liaisons de -ces terrains subapenmns avec d autres dépôts , particulièrement avec ceux qu’ils recouvrent, et la connexion de ces derniers avec d’autres, ont en-

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core besoin d’etre examinés avec beaucoup de soin. Si quelque géologue faisait une bonne coupe de Rimini à Foligno, en suivant la route de Rome qui traverse les Apennins, il retirerait un grand fruit de ses travaux ; ou si , au lieu de prendre cette direction de la grande route, il côtoyait les bords de là mer à partir d’ Ancône, en suivant les divers terrains jusqu’au point où ils viennent successivement plonger dans l’Adriatique, et en profitant ainsi des coupes que présentent les escarpements des côtes , il rendrait un grand service à la science : il jerrait que le calcaire blanc de la chaîne principale est disloqué et contourné dans toutes les directions, et que les roches qui lui sont superposées ne le recouvrent pas d une manière aussi régulière qu’elles sembleraient devoir le faire théoriquement-, il observerait aussi dans les roches les plus récentes quelques exemples remarquables de dénudation, d’où il est résulte un grand nombre de buttes isolées et escarpées, qui sont actuellement couronnées par des villes et des villages dont la position pittoresque, s’il est amateur de belles vues, n’ajouterait pas peu au plaisir de son

Dans le bassin qui sépare les Alpes du Jura, en Puisse, et de là jusqu’en Autriche, on trouve d’immenses accumulations de cailloux roulés et de sables, connues généralement sous les noms des nagel fluhe et de mollasse , qui sont entièrement composées de détritus alpins et qui renferment des débris d animaux terrestres, lacustres et marins. On a fait dans cette masse diverses divisions artificielles et on en a considéré certaines parties comme étant des équivalents de certains dépôts du bassin de Paris, c’est-à-dire comme étant de formation contemporaine avec eux. M. Studer, qui a étudié ces terrains en Suisse avec beaucoup d’attention 1 , s’accorde avec M Brongniart pour rapporter la mollasse à une époque postérieure au dépôt gypse» du bassin de Paris. Quel que soit l’âge auquel on doive rapporter les différentes parties de ce grand depot,

ses caractères minéralogiques paraissent indiquer qu’il a été produit

en entier par des causes presque semblables, telles qu’une degradation opérée dans les Alpes , et le transport hors de ces montagnes

des détritus qui en ont été le résultat.

Les cailloux y sont, en général, si volumineux, qu’ils supposent que la masse d’eau qui les a charriés avait une vitesse considéiable. Nous devons donc chercher à determiner de quelle naluie devaient être les courants qui ont opéré un pareil transport. Si nous parve-

i Monographie der Molasse , Berne, 1825.

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nons a trouver une explication probable pour les plus grands effets nous pourrons attribuer les effets moindres à une moindre intensité des mêmes forces. M. Studer regarde comme évident que les couches les plus récentes sont les plus éloignées des Alpes et les plus rapprochées du Jura. En effet, c’est précisément ce que l’on conçoit qui a dû arriver, soit dans l’hypothèse de l’action prolongée des causes météoriques, soit dans celle d’une série de débâcles venant des Alpes. Si ce sont des rivières qui ont charrié les cailloux, d’après la grosseur de ceux-ci, elles devaient avoir une vitesse très considérable; elles ont dû pousser leurs détritus jusque dans le grand bassin compris entre les Alpes et le Jura; mais, une fois sorties des hautes montagnes et des lits encaissés de roches dans lesquels elles étaient resserrées, ces rivières ont dû, comme toutes celles dont l’action n’est pas traversée par celle de marées ou de courants trop rapides, tendre à former des deltas qui pouvaient d’abord notre qu’un mélange de gravier, de sable et d’argile. Mais plus ces deltas prenaient d’accroissement, plus les dépôts devaient tendre à s’opérer en lits horizontaux ; et par conséquent plus les courants devaient perdre de leur vitesse , et plus leur pouvoir pour transporter des détritus devait diminuer. Ainsi, la même rivière qui, à une certaine époque, charriait jusqu a la mer des cailloux volumineux, a dû, après un certain laps de temps, ne plus être capable d’un pareil transport, à moins qu’un soulèvement des montagnes d’où elle provenait ne soit venu établir un nouveau système de niveau , et n’ait donné ainsi à cette rivière un accroissement de vitesse qui ait pu la rendre de nouveau capable de transporter des cailloux dans des endroits qu’elle ne recouvrait auparavant que de vase et de sable.

On peut maintenant demander si la hauteur des Alpes, comparée à la distance qui les sépare des montagnes où l’on trouve de gros cailloux roulés alpins, permet de regarder comme possible le transport de ces cailloux par des rivières. Pour répondre à cette question, il faut avoir soin d’exclure ces graviers superficiels que l’on trouve répandus dans les contrées basses et dans la grande vallée du Rhin, et dont il paraît excessivement difficile de concevoir le transport autrement que par des eaux dont la vitesse et la masse devaient être bien plus considérables que celles d’aucun cours d’eau provenant des Alpes. On doit se borner à considérer ces bancs de sable et de cailloux qui, avant d’avoir été dénudés comme nous le voyons aujourd’hui formaient une ligne de collines en avant des Alpes. La solution de la question, meme ainsi restreinte, demanderait quelques calculs extrêmement délicats; il faudrait se rappeler que, plus le climat est chaud, et plus la limite des neiges perpétuelles est élevée, plus nécessairement

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doit être grande la hauteur de la chute des eaux qui descendent des

'^'iJans'lliÿpothèse où l’on regarde les rivières comme les agents du transport, on aura aussi à expliquer cette uniformité extraordinaire des couches de cailloux alpins et leur ressemblance generale sur une étendue si considérable; or, c’est ce qui est assez difficile . car si cette grande masse a été accumulée par des rivieres, chaque rivière a dû charrier des détritus particuliers; et quoique leuis différents deltas aient pu finalement se réunir, il n’a pas du en résulter une stratification uniforme pour toute la masse, chaque de a avant dû présenter une stratification particulière. Il est a remarquer nue les détritus alpins les plus anciens, et par consequent les pre miers transportés, qui indiquent le commencement de cette gram e dégradation des Alpes, recouvrent les roches inferieures sur i es étendues considérables; et cette circonstance est difficilement comnatible avec l’hypothèse des deltas ou du transport par les rivieres. On ne peut pas toutefois faire une objection contre cette hypothèse, de ce que ces dépôts de cailloux s’élèvent à plusieurs milliers de pieds et constituent, tout aussi bien que les roches inférieures, une partie des grandes vallées transversales; car les causes qui ont soulevé les Alpes ont dû soulever ces couches de cailloux avec le reste, et les fentes transversales qui ont affecté les roches inférieures on dû également affecter les dépôts de cailloux qui les recouvraient.

L’hypothèse qui attribue le transport des cailloux et des sables hors des Alpes à des débâcles causées par des mouvements qui se sont opérés dans l’intérieur même des Alpes, et qui ont violemment aKité les mers qui baignaient leurs flancs, n’exige pas que ces montagnes fussent aussi élevées que cela semble nécessaire dans hypo thèse qui attribue ce mémo transport à des rivières : les tourbillons d’eau et les courants qui se sont produits ont dû disposer en lits horizontaux, non-seulement les détritus résultant immédiatement d’une convulsion, mais encore ceux qui avaient été antérieurement formés par les rivières, et qui, se trouvant déposés sur les rivages ou dans des deltas, ont dû céder à l’impulsion d’une force supe-

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‘ pendant que nous sommes sur ce sujet, considérons un instant les lacs de la Suisse, qui se trouvent dans des positions dont il est impossible de rendre compte, si l’on regarde les rivieres comme les seules forces capables de .produire de pareilles excavations. Le lac de Constance est entièrement creusé au milieu des terrains dont il est actuellement question ; le lac de Genève l’est, partie dans ces terrains, partie dans d’autres plus anciens; il en est de meme du

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lac de Lucerne ; le lac de Neufchâtel est bordé, d’un côté, par le Jura, de 1 autre, par la mollasse et le nagelfluhe. On ne peut pas expliquer la lormation de ces lacs en supposant qu’ils ont été creusés par des rivières* car, du moment que la vitesse d’un courant vient à cesser, son pouvoir d’excavation cesse en même temps : or , il est impossible de concevoir qu’un fleuve ait pu creuser un bassin profond, dont tous les bords sont à la même hauteur, et tellement meme, que le point d’écoulement de l’eau est à peu près au même niveau que son point d’entrée. Mais si l’on suppose une grande masse d’eau en mouvement, alors les difficultés s’aplanissent; car les divers tournoiements et les grands remous qui ont dû se produire ont dû déchirer la surface du sol et y former des dépressions qui, bien qu’elles puissent nous paraître considérables, sont cependant très peu de chose quand on les compare à la surface générale de la terre. Si une grande masse d’eau débouchait subitement des grandes vallées transversales des Alpes, il est évident qu’elle tendrait à dégrader fortement le sol des plaines basses dans lesquelles elle viendrait d’abord se décharger, jusqu’à ce que sa grande vitesse fût amortie. Je reconnais que cette supposition n’aplanit pas toutes les difficultés ; aussi je ne présente ces observations que pour appeler l’attention sur ce sujet; car le lac de Constance, en effet, ne se trouve pas dans la vallée. La position du lac de Neufchâtel n’est cependant pas incompatible avec l’idée d’une masse d’eau qui serait venue battre les flancs du Jura : le lac est creusé d’une manière très inégale; et en y faisant des sondages, j’ai trouvé au milieu une proéminence qui n’est qu’à quelques toises au-dessous

ne la surface, et qui présente d’un côté un escarpement très abrupte

Je n’ai intercalé ces remarques, en traitant du nagelfluhe et de la mollasse, que pour montrer qu’il était nécessaire d’admettre des forces d’excavation autres que celles des rivières pour expliquer quelques phénomènes que l’on observe maintenant dans ce pays, et que , si ces forces ont agi à une certaine époque, il ne paraît pas y avoir de raison, d’après la nature de la contrée en général, pour qu’elles n’aient pas pu agir à d’autres époques.

Plusieurs parties de la formation de nagelfluhe et de mollasse semblent indiquer un dépôt tranquille; par exemple, les dépôts de lignite, tels que ceux de Kœpfnach , aux environs de Zurich, qui

j. G.e«e Proéminence est peut-être une portion de la roche la plus solide du Jura qi . étant plus dure, a mieux résisté à la force d’excavation que les sables et les cailloux, lesquels ont dû être facilement entraînés.

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contiennent les débris du Mostodon angustidens , d’un Rhinocéros et d’un Castor ; une des plantes est indiquée sous le nom d Endoqenites bacillaris. On trouve d’aulres lignites à Lausanne, Yevav, XJgg etc. D’après M. Ad. Brongniart, on rencontre, dans ta partie Inférieure de la mollasse de Lausanne, ie Flabellaria Schlotheimii. On a aussi découvert des débris de Palœotherium dans les carrières de pierres à bâtir exploitées dans la mollasse du lac de Zurich. Ces débris paraissent indiquer une période pendant laquelle une partie de la formation se déposait tranquillement, et probablement dans des eaux doüces, si, comme on l’a avancé, on ne trouve que des coquilles lacustres mêlées avec ces débris.

Néanmoins, les parties supérieures de ces roches semblent indiquer décidément la présence de la mer, car elles contiennent des débris marins ' \ en voici la liste :

Turritella imbricalaria (Lam.)

— terebra (Brocchi.)

— triplicata (Broc.)

— subangulata (Broc.)

Nalica glaucina (Lam.)

Mitra rnitrceformis (Broc.)

Cancellaria cassidea (Broc.)

Buccinum corrugalum (Broc.) pl. 15,

fig. 1 6.

Cerilhium lima (Brug.)

— quadrisulcatum (Lam.)

Murex rugosus (Sow.) pl. 34.

— minax.

Pyruta Jicoides ( Bulla Jicoides , Broc.) Oslrea virginica (Lam.)

— edulina (Sow.) pl. 388, fig. 3, 4.

Pecten latissimus (Broc.)

— médius (Studer.)

Meleagrina Margaritacea (Studer.)

Area antiquata (Lam.)

Cardium edulinum (Sow.) pl. 283, fig. 3.

— oblongum (Broc.)

— sem igra nulatum (Sow.) pl. 144.

— hians (Broc.) pl. 13, fig. 6.

clodiense (Broc.) pl. 13, fig. 2.

— multicostatum (Broc.) pl. 13, fig. 1.

Tellina lumida (Broc.) pl. 12, fig. 10. Venus islandica (Lam.)

— rustica (Sow.) pl. 169.

Astarle excavata (Sow.) pl. 233.

Cytherea convexa (Brong.)

Corbula gallica (Lam.)

Panopcea Faujasii.

Solen vagina (Lam.)

strigilalus (analogue à l’espèce vivante (Lam.)

— legumen (Linn.)

Balanus perforatus (Studer.)

Le professeur Sedgwick et M. Murchison ont décrit la continua tion de ces roches sur les flancs du Salzbourg et des Alpes de la Bavière ,* ils ont observé des alternatives de grandes masses de conglomérats, de grès et de marne, au nord de Gmunden-, plus au nord, dans la partie supérieure du groupe, ils indiquent des couches de lignites. En donnant la coupe de Nesselwang, ils remarquent que les couches supracrétacées ou tertiaires inférieures ont une grande épaisseur, et s’appuient verticalement contre les Alpes. Les conglomérats sont extrêmement abondants, et la mollasse et la marne leur sont entièrement subordonnées. D’après ces géologues, il \ a trois ou quatre dépôts distincts de lignite, séparés les uns des autres par

Brongniart, Tableau des terrains qui composent V écorce du globe.

GROUPE SUPRACRETACE. 279

d’épaisses couches de sédiments, ce qui les conduit à penser que la présence seule de ces lignites est sans importance, parce qu’ils se trouvent dans des positions très différentes. Dans une coupe faite à travers les montagnes qui sont situées à l’extrémité orientale du lac de Constance, la partie inférieure du système supracrétacé ou tertiaire se compose d’un grès micacé vert, dans lequel les couches de conglomérat sont subordonnées, et qu’ils considèrent comme identique avec la mollasse de la Suisse. La partie supérieure du groupe supracrétacé est formée de conglomérats, qui alternent avec un grès verdâtre et des marnes diversement colorées, et qui constituent la masse de la chaîne de montagnes qui s’étend au nord de Bregenz.

Il existe dans la vallée de l’Inn des roches supracrétacées qui contiennent, près de Haring , un dépôt de combustible de 34 pieds d épaisseur, qui est exploité; ce dépôt est accompagné de marnes fétides plus ou moins solides. Dans le combustible et dans les couches qui le recouvrent, on trouve beaucoup de coquilles terrestres et fluviatiles: ces dernières couches présentent en outre un grand nombre d’impressions de plantes dicotylédones et autres; on y découvre aussi plusieurs coquilles marines. MM. Sedgwick et Murchison pensent que les différentes coupes qu’ils ont observées prouvent que la partie de la chaîne des Alpes située dans cette contrée a été soulevée à une époque comparativement très récente, et que les dépôts supracrétacés les plus modernes qu’ils ont visités se trouvent dans le même rapport avec les Alpes que les terrains sub-alpins du nord de l’Italie avec les hautes montagnes des environs; d’où ils concluent que les parties septentrionales et occidentales du bassin du Danube, et le bassin supracrétacé des régions sub-alpines et sub-apennines ont été mis à sec à la même époque ‘.

D’après le professeur Sedgwick et M. Murchison , les terrains supracrétacés de la Styrie inférieure, observés dans une coupe faite d’Eibeswal à Radkersburg , présentent les roches suivantes, eu remontant de bas en haut.

1. Grès micacés, graviers (gris), et conglomérats, provenant des roches schisteuses sur lesquelles ils reposent actuellement avec une forte inclinaison.

2. Argile schisteuse ( shale ), et grès avec combustible. A Seheineck, où le combustible est exploité sur une très grande étendue, il contient des ossements d ' Anthracotherium , et l’argile schisteuse renferme des Gyrogonites ( Char a tuber culata ) de File de Wight,

V Sedgwick et Murchison, Proceedings of the Geol. Soc . qf London, 4 dec. 1829,

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