‹ Manuel historique de la question du Slesvig; documents, cartes, pièces justificatives et renseignements statistiques, publié sous la direction de Franz de JessenChapitre 40 sur 102 · IO · texte numérisé non relu

IO

Émigrés

>Entlassungsurkunde«. Personnes des deux sexes.

Departem. de Haderslev . .

— d'Aabenraa , . .

— de Sanderborg .

— de Flensborg . .

— de Tender ....

Totaux ....

Conformément à une décision de la Diète fédérale en date du 9déc. 1887, les renseignements de ce genre ne seront plus recueillis (Notification de Ministère de l'intérieur prusien, en date du 29 février 1888).

Ainsi donc, pendant le temps compris entre décembre 1867 et décembre 1900, l'excédent des émigrations a été de 61.404; telle est la perte considérable en hommes que le Slesvig septentrional a subie au cours de ces 3 % années.

Pour éclaircir nos idées sur la perte économique qui en est résultée, nous pouvons tenter une supputation des valeurs représentées par cette émigration. Il est bien vrai que des évaluations de ce genre sont assez incertaines; cependant si l'on part des chiffres les plus faibles établis par les statisticiens allemands, et si l'on admet que chaque émigrant emporte avec soi 150 thalers en

STATISTIQUE GENERALE

argent ou en valeurs et que sa force de travail représente un capital moyen de 500 thalers , de la sorte chaque émigrant représentera une perte économique de 650 thalers. D'après cela la perte totale qu'a subie le Nord-SIesvig du fait de l'émigration au cours des années 1868— 1900 s'élèvera à la somme de 39.912.600 thalers (1 thaler — 3 Reichsmarks — 3 francs 70 centimes).

Si maintenant on rassemble les résultats principaux de la statistique officielle des migrations en périodes limitées approximativement par les recensement effectués, on arrive aux chiffres suivants pour tout le Nord - Slesvîg, d'après les données officielles:

Années

Immigr.

Émigr.

Excédent d' émigr.

S -444 8.oî9

En comparant l'excédent d'émigrations ainsi constaté officiellement avec l'excédent réel (voir plus haut p. 328), on voit que l'écart est particulièrement considérable pour les années 1868 — 71 et 1881—85, tandis que pour la période de 1872 à 1880 l'excèdent calculé d'après les chiffres officiels se rapproche davantage du chiffre réel.

L'émigration réelle a donc été sans aucun doute sensiblement plus forte que l'émigration constatée par les chiffres officiels. C'est ce qui peut aussi se démontrer facilement pour chacun des départements pris à part. Prenons par exemple la chiffre de la population du département de Haderslev lors du recensement de décembre 1867; ce chiffre est de $$.662; ajoutons-y l'excèdent des naissances pour les années 1868 — 71, soit 2.04Î, plus l'immigration officiellement constatée, soit 6 personnes; nous arrivons au chiffre de 61.913, lequel est supérieur de 1.578 unités au chiffre réel en décembre 1871: donc l'émigration doit avoir atteint au moins ce chiffre de 1.578, tandis que l'émigration constatée par les autorités n'était que 106 unités, c'est-à-dire à peine Vw« du chiffre réel.

La seule remarque qu'on pourrait faire à propos de ce calcul, c'est qu'il faudrait avancer d'un mois dans le temps le chiffre de la population pour que les chiffres pussent être absolument contemporains; mais cette erreur est, dans le cas actuel, d'importance très secondaire, car le chiffre de la population s'est maintenu a peu près sans changement. L'écart entre l'émigration réelle et l'émigration officiellement constatée est donc très considérable.

Pourtant les chiffres officiels donnés pour l'émigration ne sont pas sans valeur. Et tout d'abord l'incertitude ne porte que sur une partie des données,

savoir les données relatives aux émigrés non déclarés ; - - il est vrai que leur nombre est dans beaucoup de cas sensiblement supérieur a celui des émigrés qui ont fait leur déclaration aux autorités et reçu leur 'Entlassungsurkunde*, pièce officielle constatant qu'ils cessent d'être sujets de l'État prussien. En second lieu, l'émigration par mer, qui constitue une partie notable de l'émigration totale, peut parvenir assez facilement à la connaissance des autorités, car elle se fait sur des bateaux spéciaux réservés aux émigrants et elle part d'un certain nombre, très restreint, de grands ports, de même qu'elle peut être contrôlée ultérieurement par les données de la statistique américaine. Cette partie de la statistique d'émigration peut donc être assez complète et assez digne de foi. Enfin une partie des émigrants non déclarés réclament par la suite une >Entlassungsurkunde< pour pouvoir obtenir la naturalisation dans les pays où ils ont transporté leur foyer.

Les pertes subies du fait de l'émigration trouvent souvent une compensation au moins partielle dans une augmentation des naissances, laquelle arrive comme une conséquence naturelle de l'émigration même, le développement de la population s'arrangeant instinctivement pour combler les vides produits. Une semblable relation entre l'émigration et la fréquence des naissances peut se démontrer indirectement et en gros par une comparaison entre des pays qui présentent des tendances très différentes a l'émigration, par ex. l'Angleterre et la France, — bien qu'il y ait là naturellement d'autres facteurs en jeu; et pour ce qui concerne le Slesvig du Nord en particulier, on ne constate pas jusque vers 1893 une élévation considérable dans le nombre des naissances. La compensation la plus réelle et la plus facilement saisissable vient de l'immigration ; et pourtant l'immigration en Nord-Slesvig, et particulièrement dans les districts ruraux, est loin de compenser la pêne causé par l'émigration, surtout quand on met des entraves à l'immigration naturelle. On cite d'ordinaire comme une heureuse conséquence de l'émigration l'établissement de relations économiques plus actives entre la mère-patrie et les pays où s'est dirigé le flot des émigrants; il est certain que le grand nombre d'émigrants déversés par l'Allemagne et l'Angleterre sur diverses parties du globe a une importance essentielle pour le commerce et l'industrie de ces deux puissances; mais il arrive rarement que ce soient précisément les régions d'où sont partis les émigrants qui recueillent le plus grand avantage de la fréquence plus grande des relations. II est certain en tous cas que, malgré l'émigration considérable des Slcsvicois en Danemark après 1864, les relations économiques entre le Danemark et le Nord-Slesvig, loin d'être plus actives qu'autrefois, se sont trouvées presque entièrement interrompues par suite de la séparation politique. D'ailleurs le mobile qui a poussé les émigrants à quitter le Slesvig n'a pas été le besoin de créer de nouvelles relations commerciales, mais au contraire le mécontentement causé par la situation politique. Que le facteur politique ait eu en réalité une influence importante sur l'étendue du mouvement émigrateur non seulement en Nord-Slesvig mais dans toutes les provinces conquises par la

STATISTIQUE GÉNÉRALE 3 3 J

Prusse en 1866, c'est ce qui ressort de ce fait que le Hanovre, la Hesse- Nassau et le Slesvig-Holsten ont fourni ensemble en 1867 — 71 environ les */s« de tous les émigrants dont le nombre a été constaté, alors que la population de ces provinces ne formait pas le sixième de la population totale de l'État prussien.

On peut se faire une juste idée de l'étendue de l'émigration du Nord-Slesvig en Amérique d'après la statistique prussienne officielle des émigrants pour les années 1867 — 71, qui donne des renseignements détaillés pour chacun des départements. Au cours de ces cinq aminées, 1.752 SIesvîcois émigrèrent en Amérique, soit environ 39% de l'émigration totale, officiellement constatée pour la dite période. Il faut remarquer en outre qu'une partie des Siesvicoîs émigrèrent en Amérique en passant par Copenhague.

Renseignements donnés sur le mouvement migrateur par la statistique danoise officielle.

La statistique danoise des immigrations de SIesvîcois en Danemark fournit un supplément précieux a la statistique prussienne des émigrations. Il est vrai que nous ne sommes pas renseignés directement sur ce mouvement d'immigration; mais nous pouvons mesurer jusqu'à un certain point son étendue par le moyen des données statistiques qui ont été rassemblées lors des recensements danois sur les divers lieux d'origine des habitants.

Sur une population de 880.807 hommes et 903.934 femmes comptée pour le royaume de Danemark le i" février 1870, il y avait 29.37e individus masculins et 23.479 individus féminins qui étaient nés en dehors du royaume. Or dans ce nombre le duché de Slesvig entrait pour une part de 1 1.174 hommes et 9.656 femmes, le Holsten pour 2.873 h- et 2-39° î-t M 'e Lauenbourg pour 196 h. et 103 f.

Recensement du 1" février 1 870

Nés en Slesvig

Nés en Holsten et Lauen bourg

Nés dans le reste de l'Allemagne

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

VUlcs de province ....

i.ij]

Iles, non compris Copen-

D'après le recensement du 1" février 1880, sur une population qui, — en dehors des quelques individus dont le heu de naissance n'était pas donné, — s'élevait au chiffre de 1.979.397 habitants des deux sexes, 62.134 étaient nés

à l'étranger; et parmi eux un tiers, soit 22.007, étaient Slesvicois; le nombre des individus nés dans d'autres provinces allemandes était de 11. 145.

Recensement du 1" février 1880

Nés en

Slesvig

Nés dans le reste de l'Allemagne

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Villes de province ....

Page 1