Si
Si les recettes de la période triennale 1881-1883 sont à peu près aussi élevées que celles de la période quinquennale 1884 — 1888, la principale cause en est que la cotisation annuelle qui était à l'origine de 5 marks fut abaissée à 2 marks.
Depuis le 9 octobre 1900, la Ligue possède un établissement à Âbenrâ, le iFolkehjeim (Maison du Peuple), ou le secrétaire est logé et où se trouve le dépôt de livres de la Ligue. Ce dépôt compte aujourd'hui 20.000 volumes.
A la prospérité de la Ligue sous le rapport du nombre des adhérents et de la situation financière correspond, en dépit des difficultés signalées plus haut, une activité de plus en plus étendue et de plus en plus intense.
Cène activité se manifeste principalement par les bibliothèques de prêts et les dons de livres faits dans le but de répandre dans le Nord -Slesvig l'habitude de lire le danois.
On commença à fonder des bibliothèques danoises peu de temps après la création de la Ligue. Leur nombre atteignait déjà environ 80 en 1882 et 90 en 1884. Dans les dix années suivantes leur nombre augmenta graduellement. En 1893 et 1894 il s'en fonda aussi quelques-unes dans les contrées de la fron-
tière linguistique, et dans les dix dernières années cène augmentation a continué sa marche ascendante, de sorte que, à l'heure actuelle, la Ligue compte 131 bibliothèques indépendantes, tant grandes que petites, sans compter un certain nombre de succursales répandues dans tout le Nord-Slesvig. Pour fonder ou enrichir ces bibliothèques la Ligue a dans les 23 dernières années envoyé en moyenne 3200 à 3300 volumes par an, au total 75.000 volumes, dont un certain nombre au cours de cette période ont disparu, détruits par l'usure ou d'autres causes.
Comment ces bibliothèques de la Ligue sont-elles composées? La majorité des livres sont des ouvrages récréatifs: romans et nouvelles, ainsi que des contes et récits pour enfants. La plupart des auteurs de ces livres sont Scandinaves; mais ces bibliothèques renferment aussi de nombreux ouvrages traduits des meilleurs écrivains étrangers. En second lieu vient la littérature plus instructive: poésies des classiques danois et norvégiens, ouvrages et traités historiques, descriptions de la nature et de la vie du peuple, traités sur l'agriculture, etc. — Le mouvement des livres est dans la plupart des endroits très satisfaisant; dans de nombreuses régions il est même considérable. Presque partout les bibliothèques ont pour lecteurs habituels non seulement les membres de la Ligue, c'est-à-dire des paysans, des marchands et des ouvriers, mais aussi leurs femmes et leurs enfants ainsi que leurs domestiques et leurs compagnons.
Ce n'est qu'en 1890 qu'on commença à distribuer des livres en grande u°n. quantité. Dans les 1 ; années qui suivirent, on distribua chaque année en moyenne plus de 7000 volumes ou opuscules, soit en tout 110.000 livres et fascicules, sans compter un grand nombre d'images, et ces ouvrages furent offerts en cadeaux aux membres de la Ligue et en particulier aux enfants. A ceux-ci on donne surtout des manuels scolaires, des récits bibliques, des histoires universelles et nationales, des géographies, des ouvrages d'histoire naturelle, des exercices de style, des recueils de chants. Mais ce qu'on offre le plus souvent, ce sont des abécédaires et des livres de lecture et en outre, comme ouvrages recréatife, des livres d'images avec texte, des journaux illustrés pour enfants, sans oublier un nombre considérable de ces «cahiers de Noël* illustrés, toujours bienvenus.
D'autre part, la Ligue a fait encore preuve de son activité en éditant des livres danois pour l'usage spécial des Nord-SIesvicois. Parmi ces livres citons tout particulièrement le Recueil des Chants danois et l'»Almanach de la Ligue*.
Le Recueil des chants danois, ou comme on le nomme généralement a cause u r< de sa reliure bleue, le Recueil bleu, a eu jusqu'ici 5 éditions. La première, parue peu de temps après la fondation de ta Ligue comptait 6000 exemplaires, et chacune des autres, publiées en 1885, 1891, 1894 et 1899 en comptait jooo, ce qui fait un total de 26000 Recueils de Chants. Ce livre contient plus de ^oo des meilleurs chants danois, chansons patriotiques, romances populaires, hymnes religieuses, chansons de société, chansonnettes enfantines, etc„ ainsi que d'assez nombreux chants norvégiens et quelques chants suédois. Dans la
dernière édition du Recueil il y a 22 chants, qui en vertu de sentences de tribunaux ou de décisions des autorités prussiennes, sont considérés comme illicites, et sont marqués d'astérisques, >afin que les Nord-Slesvicois puissent voir ce qu'ils n'ont pas le droit de chanter, t
L'autre livre, «l'Almanach de la Ligue*, n'est pas édité directement par la Ligue elle-même, mais par un comité à qui incombe la responsabilité pécuniaire. A la tête de ce comité se trouve depuis l'origine M. Andreskk, alors secrétaire, ajourd'hut président de la Ligue. L'Almanach est vendu par les soins des hommes de confiance de la Ligue et les bénéfices rentrent dans la caisse de la société. Outre la matière ordinaire des almanachs, celui de la Ligue contient une série de petits récits illustrés, d'esquisses, de biographies, de poèmes, etc., qui, à peu d'exceptions près, sont tous écrits par des Nord-Slesvicois.
L'Almanach de la Ligue parut la première fois pour l'année 1894, et depuis 12 ans qu'il existe il a eu un débit annuel de 10 à 12000 exemplaires. Ce qui fait la valeur de cet Almanach comme arme dans la lutte des langues, c'est que son contenu et son bon marché (o fr. 75) lui ont permis de pénétrer dans toutes les maisons du Slesvig du Nord même chez les plus pauvres et les plus indifférents, 'de sorte que dans bien des endroits l'Almanach est peut-être le seul livre qu'on possède avec la Bible et le psautier.
La Ligue a eu jusqu'ici comme présidents: t° J. P. Junggreen, d'Âbenrâ, fabricant de tabac, plus tard membre du Reichstag, depuis la fondation de la Ligue jusqu'au 19 juillet 1886, date de sa mon; 2° C. H. Bekkek, d'Âbenrâ, avocat et notaire, jusqu'à sa mort (7 mai 1887) ; 30 J. Michelsen, de Kolstrup près Âbenrâ, propriétaire foncier et lieutenant, jusqu'à sa mort (ié février 1899); 40 M. Andkesen, fabricant de tabac à Âbenrâ, aujourd'hui encore en fonctions.
» Les personnes qui ont d'autre part le plus contribué aux traveux du Comité sont les Présidents du Comité des livres qui jusqu'ici ont été: i° C. F. Monrad, professeur à Flensborg, depuis la fondation de la Ligue jusqu'à sa mort (1" juin 1889}; 2° M. Andresen, journaliste, plus tard fabricant de tabac à Âbenrâ, depuis la mort de M. Monrad jusqu'à ce jour. Lorsque M. Andresen eut accepté les fonctions de Président de la Ligue, il dut confier la partie essentielle de la besogne centrale de la Ligue à un secrétaire appointé. M, Nikolaj Andersen, licencié en mathématiques.
B. LA LIGUE SCOLAIRE Le règlement scolaire prussien du 18 décembre 1888, qui exclut à peu près complètement la langue danoise de toutes les écoles nord-slesvicoises, provoqua la formation d'une nouvelle société. Le 30 novembre 1892 fut fondée sla Ligue scolaire du Slesvig du Nord*, dont le but est »de favoriser l'instruc-
tion du peuple, notamment en s'effbrçant d'obtenir par des moyens légaux que l'enseignement de l'enfance et de la jeunesse soit donné dans la langue maternelle.*
Dans ses grands traits l'organisation de la Ligue scolaire est la même que °'i'"[ celle de la Ligue pour la Défense de la Langue danoise. Elle est dirigée par un comité qui compta i s membres jusqu'au 2J mars 1898, date à laquelle ce nombre fut porté a2i; mais le 13 avril 1901, pour tes raisons que nous avons indiquées plus haut, il fut réduit à deux membres: un président et un trésorier. Elle a également divisé le pays en districts ayant chacun son président de district. Mais ces subdivisions sont souvent plus petites, de sorte que la Ligue scolaire compte 370 présidents de district qui encaissent les cotisations des membres (officiellement un mark par an), reçoivent les contributions volontaires et font le nécessaire dans l'intérêt de la société.
La Ligue scolaire a eu jusqu'ici deux présidents : depuis sa fondation jus- p™n qu'au 2S mars 1898 M. Jens P. Jensen, propriétaire foncier à Laurup, et depuis lors M. A. Tyssen Hansen, propriétaire foncier à Randerup. Son secrétairetrésorier a toujours été M. Hinkich Thomskn, un homme d'une rare énergie et un esprit d'une grande précision.
L'organisation des deux sociétés est la même, aussi les difficultés que la »'Ffi=u' Ligue scolaire a eu à surmonter sont-elles de même nature que celles qu'a rencontrées la Ligue pour la Défense de la Langue danoise et que nous avons signalées précédemment: diminution des recettes résultant de la diminution du nombre des membres par suite des réglementations et de la terreur inspirée aux adhérents; et, d'autre part, efforts des autorités pour augmenter les dépenses au moyen d'amendes infligées pour de prétendues infractions à la loi sur les associations et des procès consécutifs. On peut en particulier relever le fait que dans l'année 1902 une partie des présidents de district furent poursuivis pour souscription illégale, parce qu'ils avaient reçu des contributions volontaires dans les domiciles respectifs des donataires, et les procès-verbaux et les listes de la Ligue scolaire furent saisis par les autorités prussiennes. Cependant les accusés furent acquittés et les papiers saisis durent être restitués.
Ces difficicultés, surtout sous l'administration de M. de Kôller, ont quelque Nomb' peu entravé le développement de la Ligue scolaire au point de vue du nombre de ses membres. En effet, dès sa fondation la Ligue scolaire jouit d'une grande vogue, de sorte que, après une existence de 13 mois, le i" janvier 1894, elle comptait 4002 membres, et au cours des quatre années suivantes ce chiffre s'éleva à 4740, mais par suite de la pression exercée sur les adhérents ce chiffre tomba dans les cinq années suivantes à 3750, depuis il s'est pourtant élevé à plus de 3900.
Si les cotisations des adhérents ont diminué dans ces dernières années, par au» contre les dons volontaires ont considérablement augmenté, ainsi qu'il ressort du tableau ci-dessous:
neuvième partie Recettes de la Ligue scolaire
Années
Re
cette* en marks
oyc
ne annuelle er
marks
La Ligue scolaire emploie ses ressources à venir en aide pécuniairement aux parents nord-slesvicois qui désirent envoyer après la confirmation leurs enfants dans les écoles de perfectionnement, les écoles supérieures ou les écoles d'agriculture du Danemark, mais qui n'ont pas les moyens de faire face à toutes les dépenses qui en résultent. Du 1" novembre 1893 au ia novembre 1904, la Ligue a subventionné ainsi 2425 élèves, soit une moyenne de 220 élèves par an.
C. AUTRES GROUPEMENTS ET AUTRES TENTATIVES Outre les deux sociétés dont il a été question, il existe un nombre assez considérable de groupements locaux plus ou moins importants qui, à côté d'entreprises plus personnelles, se donnent pour but la conservation de la l langue maternelle, Au premier rang de ces associations se placent les sociétés de conférences qui ont pour mission de satisfaire le besoin qu'a le peuple de s'instruire en organisant de fréquentes conférences populaires. Ces sociétés se développèrent surtout vers 1885, et dans les années qui suivirent elles prirent un si grand essor que vers 1895 le pays entier était couvert d'un véritable réseau de sociétés de conférences. Cependant les autorités prussiennes avaient essayé d'entraver ce mouvement en interdisant aux conférenciers venus de Danemark de parler dans le Slesvig du Nord. Cette interdiction, qui tout d'abord pesa d'un poids très lourd sur le développement des sociétés, était destinée à les étrangler dès leur naissance; mais elle eut aussi son bon coté: elle obligea les Nord-Slesvicois à se mettre eux-mêmes à l'œuvre et elle fit naître ainsi dans le pays annexé de nouvelles forces qui contribuèrent à la solution du problème national. Plus tard, sous l'administration de M. de Kôller, les autorités apportèrent une nouvelle entrave au fonctionnement des sociétés en menaçant les hôteliers et les aubergistes pour les empêcher de prêter leurs locaux à des meetings danois. Ces nouvelles interventions de l'administration réduisirent d'abord le nombre des conférences dans des proportions extraordinaires. Mais ces mesures n'eurent qu'un effet passager. Il en est résulté en effet que dans bien des endroits on a construit une salle de réunion où le peuple peut s'assembler chez lui, et tout fait espérer que le
nombre de ces salles croîtra considérablement avec le temps. Les réunions, qui doivent toujours être notifiées à la police et auxquelles assistent toujours des gendarmes, s'ouvrent généralement par un chant, puis a lieu la conférence, ensuite on entonne un second chant, et pour finir on lit quelques pages choisies de la littérature danoise. Dans la plupart des cas, les assistants, après que la réunion proprement dite a pris fin, ont coutume de rester ensemble quelques heures à causer et à chanter pour ranimer leur courage et fortifier les liens qui les unissent.
A côté des sociétés d'instruction populaire sont nées un certain nombre d-mun™ de sociétés d'artistes amateurs qui, comme tant d'autres créations sont une conséquence directe des mesures de rigueur prises par les autorités prussiennes. Comme depuis une vingtaine d'années il a été interdît aux acteurs danois de donner des représentations dans le Nord-Slesvig, il en résulta que, dans bien des endroits, on se groupa pour monter des pièces danoises avec les ressources dont on disposait dans le pays même. L'exemple fut donné par les villes, puis peu à peu il fut suivi dans les différentes régions du Slesvig, de sorte qu'a l'heure actuelle on compte environ cinquante troupes d'amateurs, Il va de soi que, en général, elles ne peuvent représenter que de petites pièces faciles, mais il arrive assez souvent qu'elles osent, et cela sans faire fiasco, assumer des tâches plus difficiles. Ces représentations d'amateurs qui sont en grande faveur et auxquelles assistent beaucoup de gens, ont leur importance, car non seulement elles apprennent aux Nord-Slesvicois à connaître les richesses de la littérature dramatique danoise et à s'y intéresser, mais elles empêchent les troupes théâtrales allemarïdes d'avoir leurs grandes entrées dans la province, et en outre elles inspirent aux jeunes acteurs une plus grande confiance en soi qui leur permettra de se produire en public dans d'autres occasions.
Les sociétés chorales méritent aussi une mention spéciale. La police con-5**"4" d,™,M trecarre leurs efforts. Elle exerce sur elles une surveillance minutieuse: les chants patriotiques danois ne peuvent naturellement être chantés, et dans certains endroits on a même interdit de chanter tous les chants qui contiennent le mot >Danemark<. Mais en dépit de ces tracasseries il y a dans le Nord-Slesvig un bon nombre d'orphéons qui ont contribué pour une bonne part à la conservation de la langue maternelle en faisant connaître et aimer les bonnes chansons danoises.
L'enseignement dans la famille a joué un grand rôle dans la lutte pour la d,"'^?.™"' défense de la langue danoise. Comme les enfants ne peuvent à l'école, par suite de l'enseignement qui y est donné, acquérir aucune connaissance du danois écrit, ies parents en sont réduits à se charger de cette tâche dans la mesure de leurs moyens, s'ils ne veulent pas courir le risque de voir un jour leurs enfants, éloignés du foyer domestique, ne pouvoir correspondre avec eux qu'à l'aide d'un intermédiaire. Cène crainte, jointe à l'amour de la langue maternelle, a fait que, presque partout, tes enfants apprennent a lire le danois a la maison et que, dans bien des cas, ils s'excercent en même temps à écrire le
danois sous la direction de leurs parents.' Vers 1890 ceux-ci étaient aidés dans leur œuvre par quelques maîtres ambulants qui passaient d'une à trois semaines dans chaque famille pour donner des leçons aux enfants en dehors des heures légales de classe et surtout pour donner aux parents des conseils pratiques leur permettant de continuer efficacement les études commencées. Mais cet état de choses ne put durer, les autorités interdisant cet enseignement oral. L'enseignement familial a trouvé un autre appui plus durable dans une revue bimensuelle, le «Journal illustré des enfants du Nord-Slesvig« qui pendant 14 ans parut comme journal indépendant; mais depuis le iw janvier 1905, sous le nom de «Journal des Enfants*, elle sert de supplément à tous les journaux du Nord-Slesvig. De cette façon 15000 exemplaires environ en sont répandus deux fois par mois. Cène publication est fort utile non seulement parce qu'elle encourage les enfants à lire le danois, mais encore parce qu'elle a institué, à intervalles plus ou moins longs, des concours de style pour ses petits lecteurs, et elle a donné des prix aux meilleures compositions. C'est ainsi que de décembre 1894 à janvier 1904 le journal a reçu et corrigé S7Î S devoirs d'enfants, et tout porte à croire que, maintenant que le Journal des Enfants pénètre dans la grande majorité des familles du Sonderjylland, le nombre de ces exercices de style va croître d'une façon considérable.
Nikolaj Andersen