HISTOIRE POLITIQUE DU NORD SLESVIG DEPUIS
Historiquement parlant, l'ancien duché de SIesvig était dans son intégralité un pays danois. Au cours des siècles l'influence allemande a pénétré dans sa partie méridionale, et quoique la population fut même dans cette région, en grande partie de race danoise, elle l'avait oublié, et, au point de vue des nationalités, il nous faut aujourd'hui tracer à travers ce pays une frontière qui se confond presque avec la frontière linguistique. Mais dans la partie septentrionale du SIesvig le sentiment national danois est bien vivant, plus vivant qu'il y a quelques générations.
A ce droit doublement fondé, sur l'histoire et le sentiment populaire, — terrain sur lequel se tient la population nord-slesvicoise, — vient s'en ajouter un troisième, le droit de disposer librement d'elle-même qui lui a été reconnu par les traités. Tel est, en deux mots, te fondement sur lequel les Danois du Nord-Slesvig ont, pendant quarante ans de domination étrangère, basé leur nationalité. Le droit historique est peut-être plus théorique ; mais précisément pour une population comme celle du Nord-Slesvig, chez qui la conscience du
droit est si fortement développée, c'est un appui moral très précieux dans les luttes nationales.
Après la paix de Vienne de 1864, l'avenir du pays était encore peu rassurant. Le roi de Danemark s'était engagé à sanctionner toutes les dispositions que prendraient l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse. Aujourd'hui nous savons par M. de Bismarck lui-même que, dès le principe, l'intention de la Prusse fut de s'emparer du pays; mais cette fois la chose semble avoir présenté quelques difficultés.
Dans tes duchés contestés il y avait encore après la guerre des partisans d'une union personnelle entre le royaume de Danemark et les duchés; ce parti se composait surtout de ces germanophiles qui craignaient une annexion à la Prusse. Mais les progrès de ce parti étaient arrêtes.
D'un autre côté naissait un parti formé d'Allemands qui désiraient alors cène annexion. Dès le mois de décembre 1864 le Baron de Scheel-Plessen et huit autres chevaliers adressaient à M. de Bismarck une requête pour demander l'incorporation à la Prusse.
Cependant la grande majorité de la partie germanophile de la population des duchés désiraient un >SIesvig-Holsten< indépendant. Plus tard, surtout après les victoires prussiennes de 1870 — 71, le parti prussien a presque complètement absorbé le parti slesvig-holstenoîs, mais dans les années 1880 à 1890 la situation se retourna. Un exemple en donnera la preuve. Lorsque le baron de Scbeel-Plessen ci-dessus nommé fut installé dans ses fonctions de gouveneur prussien, avant même que te pays appartînt à la Prusse, l'assemblée des États du Holsten protesta contre cette nomination, et quand il fit son entrée a Kiel, siège du gouvernement pendant un certain nombre d'années, il fut hué par la foule.
II y avait enfin une quatrième solution: un partage d'après les nationalités. C'était et ce fut de plus en plus la manière de voir de la population danoise. Peut-être eût-ce été un déchirement pour plus d'un cœur slesvicois de voir ainsi une frontière diviser son étroite patrie, comme le fait la frontière actuelle qui, en suivant le Kongeaa, coupe en deux l'ancien royaume de Danemark; mais le droit des populations à disposer d'elles-mêmes est un principe si incontestable qu'il aurait recueilli l'adhésion de tous ceux qui ne s'inclinent pas devant la formule: >La force prime le droit*.
Le principe du partage d'après les nationalités avait un puissant champion en la personne de Napoléon 111. Le 31 décembre 1864, le ministre des affaires étrangères de France, Drouyn de Lhuis, envoyait aux représentants de la France à l'étranger une circulaire où ceux-ci étaient invités à déclarer aux gouvernements auprès desquels ils étaient accrédités que la France désirait qu'on donnât à la question slesvicoise une solution conforme au principe des nationalités. Quelques mois après, l'empereur Napoléon recevait du Slesvig septentrional une adresse où on le priait d'user de sa puissante influence •pour que le peuple même fût consulté au moyen d'un plébiscite et qu'alors la
partie qui opterait pour le Danemark fût réunie à ce pays*. L'adresse avait recueilli 4000 signatures, la plupart de Flensborg, bien qu'il fallût la faire circuler en toute hâte et avec la plus grande discrétion pour échapper à la surveillance policière. Au mois de mai, trois signataires de Flensborg furent condamnés chacun à six mois d'arrêts de forteresse »pour crime de haute trahison et pour avoir induit d'autres personnes à trahir», et cela bien que la campagne en faveur du partage fût absolument légale, puisque le sort définitif des duchés n'avait pas encore été réglé. Ce fut là une des premièees mesures de violence prises contre la population danoise du Nord-Slesvig.
L'année suivante, sur les instances de Napoléon III, la Prusse et l'Autriche admirent qu'on insérât dans le traité de Prague (art. V, voir pp. 299—313) une disposition stipulant que les districts septentrionaux du Slesvig seraient réunis au Danemark si la population, par un libre vote, en exprimait le désir. Dès lors la population pouvait appuyer son action politique sur un droit non seulement fondé historiquement et nation al em en t, mais encore reconnu par traité.
Et cependant tout le Slesvig était incorporé peu de temps après au royaume de Prusse I L'annexion n'eut pas lieu cependant sans que le premier ministre, le comte de Bismarck lui-même, renouvelât la promesse d'une consultation du peuple. Ce fut du côté national-libéral que s'éleva au Landtag prussien une protestation contre l'engagement qu'avait pris la Prusse de céder une partie du Slesvig. Alors Bismarck prononça au Landtag, le 20 décembre 1866, un discours où il reconnut que c'était la France qui avait fait insérer l'article V dans le traité de Prague. Il déclara en outre: » J'ai toujours été d'avis qu'une population, qui manifeste d'une façon indubitable et tenace sa volonté de ne pas devenir prussienne ou allemande, mais d'appartenir au contraire à un État limitrophe, ne peut être une force pour la puissance dont elle cherche à se séparer'. Le gouvernement prussien ne pouvait se faire relever par le Landtag de l'engagement qu'il avait pris: >nous devons le tenir, mais nous l'exécuterons de façon qu'il ne subsiste aucun doute au sujet de la consultation populaire, ni sur la spontanéité du vote et l'indépendance des votants, ni sur la volonté manifeste que ce scrutin révélera*.
Depuis lors, voici 40 ans que la population du Nord-Slesvig lutte constamment pour conserver sa nationalité et sa langue, pour se maintenir comme population danoise au milieu du royaume de Prusse. La lutte s'est livrée sur deux champs de bataille: les assemblées parlementaires de Berlin et le Nord-Slesvig.
Si on fait abstraction du Reichstag de 1867, assemblée constituante de la confédération de l'Allemagne du Nord, où siégeaient deux représentants danois, la population danoise du Nord-Slesvig n'a eu qu'un porte-parole au Reichstag; au Landtag prussien elle a pu en élire deux. C'est insignifiant, la première de ces assemblées comptant 398 membres et l'autre 433. Toutefois il faut dire que la voix des représentants danois s'est fait entendre et a trouvé
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H. V. CUun fec