LA RENONCIATION AUX CUNQUÉTES
s’exposer aux risques d’une expérience douteuse. Le fait seul de montrer à l’Europe la France en armes pour la défense de ses intérêts aurait au contraire suffi à modérer les convoitises que ses embarras intérieurs excitaient. Ne craignant pas la guerre, elle eût de toute manière, suivant le vieux proverbe, et autrement, assuré la paix. Son désintéressement parut à ses voisins une défaillance, symptôme certain delà décadence qu’ils escomptaient: «L’Angleterre, écrivait notre ambassadeur à Londres, se persuade qu’elle n’a plus rien à redouter de la France. »
C’était une défaillance en eflét, moins complète il est vrai qu’on ne se l’imagina au delà de la Manche et du Rhin, nullement irréparable : car elle ne procédait pas d’un défaut de cœur et de confiance, mais d’une erreur, où entrait une part de vérité. Si la France se laissait désarmer, ce n’était point par lâcheté. Elle le prouva plus tard. Elle croyait alors à une paix facile et générale entre les nations. Elle les supposait libres, maîtresses de leurs destinées et désintéressées, en quoi elle se trompait. Mais il était vrai que la moitié des puissances européennes désirait la paix, par calcul, sinon par esprit de justice, et que la nation française, en la leur procurant, accordait leurs intérêts et les siens. Elle leur permettait d’empêcher en Orient les bouleversements qui les effrayaient, et se donnait à elle-même le temps d’apaiser les troubles intérieurs qui l’affaiblissaient. Cette trêve aurait pu sans doute être plus solide, si on l’eût appuyée de la force et des menaces nécessaires. Telle qu’elle était pourtant, elle dura presque deux années et ne se rompit en somme que par la volonté des Français.
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