FRIEDLAND
définitivement les Alliés. On prête à Bennigsen l’intention d’avoir voulu alors, évitant toute bataille, entraîner par un système de temporisation, qui réussit en 1812, les Français au fond de la Russie. « Il faudrait lasser Bonaparte. » Il ne le fit pas, soit qu’il fût pressé par Frédéric-Guillaume de débloquer Rœnigsberg, sa capitale, très menacée, soit qu’AlexandreP^’eût formé le projet de rallier autour de lui par une victoire les puissances hésitantes. Il s’imagina surprendre Ney le 5 juin, à Guttstadt, n’y réussit pas, et se vit poursuivi à son tour jusqu’aux portes de Rœnigsberg, du 10 au 14 juin, par l’armée française tout entière. La bataille de Friedland, qui dura une longue journée, et deux fois reprit aux dépens des Russes (14 juin 1807), décida par la perte de trente mille ennemis, blessés ou pris, de la campagne en faveur de Napoléon. Rœnigsberg, Tilsitt, toute la Prusse jusqu’au Niémen, la frontière russe lui appartenaient. Alexandre était vaincu, sans allié désormais; son empire se trouvait ouvert au conquérant, exposé au sud en meme temps aux attaques des Turcs et des Persans. Ainsi se terminait, par l’effondrement total de la monarchie prussienne, la guerre que depuis le mois de juillet 1806 le tsar avait contraint Napoléon de soutenir, et qu’il avait engagée avec l’espoir de lui opposer l’Allemagne. La Prusse étant, par ses défaites, réduite à l’impuissance, et l’Autriche immobilisée par la crainte du même sort, la partie sanglante qu’Alexandre avait jouée était perdue. Il ne lui restait plus qu’à désarmer le vainqueur.
Il s’y résolut avec la même décision qu’il avait apportée depuis un an à la défense de la coalition. Successivement, mais en très peu de jours, il autorisa Bennigsen à conclure un armistice le 22 juin 1807 avec l’armée victorieuse, revint en arrière au-devant de Napoléon, traînant à sa suite la cour de Prusse éperdue. Son ministre Lobanoff, son frère le grand-duc Constantin l’avaient précédé au quartier général de Tilsitt. Assaillis de prévenances par l’Empereur et ses lieutenants, ils préviennent le tsar que le vainqueur est animé des meilleurs sentiments pour la Russie, sinon pour