PACTE DE CHAUMONT : CAPITULATION DE PARIS
mité, pour régler à la convenance de l’Autriche le partage prochain de l’Europe, ou droit des nationalités utile au règlement que préférait la Russie ; négociations avec Napoléon pour rejeter sur lui la responsabilité des conditions que Metternich allait faire à la France, ou marche rapide sur Paris pour négocier avec les Français directement, voilà le tableau des méthodes contraires, qui se heurtèrent au camp des Alliés dans les trois premiers mois de 1814. Les chocs furent parfois si violents, que l’Angleterre, intéressée à ne pas laisser la coalition se dissoudre, le 1®"" mars 1814, mit aux alliés le marché à la main pour les obliger de rester unis. Ils étaient pauvres : elle était riche. A Chaumont, elle leur offrit 150 millions de subside annuel, contre un engagement formel de rester liés pour vingt ans dans la paix comme dans la guerre, et d’écarter la France de leurs débats quand ils l’auraient vaincue.
Le pacte de Chaumont, véritable conclusion du Congrès de Châtillon qui se traîna encore quelques semaines, en éclaire l’histoire, la portée. La fortune de Napoléon se réglait par les armes, celle de la France et de l’Europe parles négociations. Si l’Angleterre alors crut nécessaire d’exclure les Français du règlement délicat des affaires européennes, ce fut pour mettre fin aux intrigues, aux querelles des rois, ses alliés, à leur désir évident de se disputer le concours de la France. On put déjà constater ce que la ruine de l’Empire désormais inévitable, ce que l’épuisement de la France laissaient encore aux Français, dans le monde divisé par des ambitions contraires, de puissance morale.
On le vit mieux encore aux négociations décisives de Talleyrand avec les alliés. Dans son hôtel de la rue Saint- Florentin (31 mars-l®'* avril), tandis que Napoléon, s’arrêtant à Fontainebleau, envoyait le duc de Vicence à ses vainqueurs, le prince de Bénévent couronnait sa longue carrière d’opposition et de trahison, et négociait seul avec l’ennemi. Napoléon était vaincu, les Bourbons n’étaient pas encore restaurés. L’armée tenait encore pour l’Empire ; les royalistes se remuaient, essayaient de convertir les
538 RUINE DE NAPOLÉON ! GOUVERNEMENT DE TALLEYRAND. Parisiens à la royauté. Le peuple hésitait, heureux seulement de la paix retrouvée, de la sécurité garantie par la capitulation de Paris. Il n’y avait plus de gouvernement. Talleyrand, le premier de tous ces fonctionnaires, de ces hommes qui, depuis 1807, intriguaient avec l’étranger, Dal-berg, de Pradt, le baron Louis, traita réellement au nom de la France. Son autorité ne lui vint alors que de l’irrésolution et des rivalités sourdes des alliés. Le tsar ne voulait pas des Bourbons, qu’il jugeait incapables, faute de popularité, de lui procurer une alliance utile. Les Anglais, s’ils laissaient à Napoléon une régence au profit de son fils, ou la France à Bernadette, redoutaient au contraire un gouvernement trop populaire, condamné fatalement à revendiquer la Belgique. La paix qu’ils exigeaient ne leur paraissait compatible qu’avec une restauration de la royauté légitime : ils la réclamaient, et l’Autriche avec eux.
L’avis que soutint Talleyrand prévalut : les souverains déclarèrent qu’ils ne traiteraient plus avec Napoléon, ni avec aucun membre de sa famille. Le lendemain de cette réunion où princes et ministres étrangers avaient délibéré chez le prince de Bénévent, comme chez le médiateur de la paix entre l’Europe et la France, le 31 mars, les principaux sénateurs, toute la noblesse impériale étaient convoqués rue Saint-Florentin : ils acceptaient la déchéance de Napoléon comme un ordre des vainqueurs, certains de n’etre pas exposés à ses vengeances, satisfaits de garder, avec la paix, leur grande situation. Le 4 avril, les maréchaux Ney, Lefebvre, Oudinot, Macdonald, imitant leur exemple, obligeaient Napoléon à la paix : le 5, la trahison de Marmont l’empêchait de conserver ce que les autres maréchaux lui avaient au moins laissé espérer, une régence en faveur de son fils. Le 6 avril, les souverains, le Sénat, toujours dirigés par Talleyrand, lui présentaient un acte d’abdication, et le même jour proclamaient Louis XVHL
L’Empereur tenta de s’empoisonner : après une longue attente dans son palais désert, il quittait Fontainebleau (20 avril 1814), échangeait la France pour l’île d’Elbe.