‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 241 sur 360 · LES TRAITÉS DE FONTAINEBLEAU ET DE PARIS · texte numérisé non relu

LES TRAITÉS DE FONTAINEBLEAU ET DE PARIS

Du 11 avril au 30 mai 1814, trois actes diplomatiques réglèrent le compte de l’Europe avec Napoléon, avec la Révolution, avec la France.

Le traité de Fontainebleau, signé le 10 avril entre les plénipotentiaires de l’Empereur et ceux des alliés, entre Caulaincourt, Ney, Macdonald d’une part, Metternich, Castelreagli, Hardenberg, Nesselrode de l’autre, déterminaient en échange de l’abdication de Napoléon (art. 1), le sort de la dynastie impériale. Elle perdait les couronnes et les droits que le chef de cette maison s’était donnés ou lui avait créés : elle conservait les titres et qualités. Comme Napoléon abandonnait, outre l’Empire, tous ses domaines (art. 9), on lui laissait à lui et aux siens le moyen de soutenir le rang princier, et le titre impérial qui leur étaient conservés : à lui-même, l’île d’Elbe en toute souveraineté et deux millions de rentes, inscrites au grand-livre de France, réversibles par moitié à l’Impératrice; à celle-ci les duchés de Plaisance, Parme et Guastalla, réversibles sur son fils qui, de roi de Rome, devenait prince de Parme; à Madame Mère, au roi Joseph et à sa femme, au roi Louis, à la reine Hortense et à ses enfants, à Jérôme, à sa femme, aux prin-

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542 LA DÉCHÉANCE DE NAPOLÉON ET SES CONDITIONS, cesses Pauline, Elisa, deux uiillions et demi de renies sur le grand-livre, sans compter celles qu’ils possédaient déjà à titre privé, leurs biens meubles et immeubles. Eugène, par l’apticle 8, av<dt la promesse d’un « établissement convenable hors de France » et obtint peu de temps après, de son beau-père le roi de Bavière, le duché de Leuchtenberg et la principauté d’Eichsledt. Murat, de tous le mieux traité parce qu’il avait trahi la famille, s’était fait garantir depuis le 11 janvier par l’Angleterre et l’Autriche le royaume de Naples. Après la famille, enfin, les serviteurs : un capital de deux millions était mis à la disposition de l’Empereur, pour être employé en gratifications. Les puissances alliées, qui dans leur seul intérêt imposaient à la France cette charge, l’entretien d’une famille princière détrônée, s’engageaient par le dernier article du traité à contraindre les Français, s’il le fallait. C’était le prix de l’abdication impériale et de la Restauration des Bourbons. Deux déclarations, l’une du gouvernement provisoire (11 avril), l’autre de Louis XVIII (30 mai 1814), confirmèrent les engagements pris par l’Europe, les obligations de la France envers Napoléon et sa famille.

Dans l’intervalle, un acte diplomatique, au moins aussi important, réglait les comptes de l’Europe avec la Révolution française. Avant que Louis XVIII ne fût encore débarqué à Calais (24 avril 1814), la veille, une convention passée entre le comte d’Artois, son lieutenant général et les alliés, négociée par Talleyrand, terminait le long conflit de l’Europe et des armées révolutionnaires. Si les troupes alliées occupaient le territoire français, cinquante-trois forteresses européennes, Hambourg, Anvers, Mantoue, Huningue, les places du Piémont, de la Belgique et du Rhin, véritables camps retranchés où tenaient encore des garnisons françaises, boulevards maritimes pourvus d’artillerie et de marine, témoignaient des ressources énormes que la Révolution avait mises pendant vingt ans au service de la conquête française.

Après Napoléon, la Révolution conquérante, dont il

LA PERTE DES CONQUÊTES RÉVOLUTIONNAIRES. 543 avait été riiéritier, dut à son tour abdiquer. La convention du 23 avril enregistra cette abdication; plus défavorable à coup sûr que ne l’était pour la dynastie napoléonienne la renonciation à l’Empire. De tout ce que les Français avaient acquis en Flandre, sur le Rhin, en Italie, il ne leur restait rien : la frontière de la France était ramenée au point où l’avait trouvée la République, aux limites du P"" janvier 1792 (art. I I). Sans coup férir et sans indemnité, les alliés recouvraient l’Allemagne rhénane; en dix jours ritalie; en quinze jours l’Europe au 1®"" juin, et, moyennant la liberté laissée aux garnisons françaises, l’artillerie, les magasins des places qu’elles évacuaient.

La défaite de la Révolution eût été plus complète encore, si l’initiative du Sénat (6 avril) appelant au trône les Rourbons, si l’intervention du tsar n’avaient obligé Louis X VIII à consacrer dans une charte ses conquêtes civiles, à défaut de ses conquêtes extérieures. Dès cette époque, et depuis bien des fois, le reproche fut fait aux Rourbons d’avoir sacrifié à leur intérêt personnel la grandeur de la France révolutionnaire, lorsqu’elle était encore attestée, et peutêtre préservée d’une ruine totale par les forteresses demeurées entre ses mains. La haine du lieutenant général, le comte d’Artois, contre les hommes et l’œuvre de 1792, la proclamation de Saint-Ouen, datée avec intention de l’an XIX du règne de Louis XVIII, les relations de ce prince avec les Anglais, les plus intéressés à l’évacuation de la Belgique et du Rhin, semblaient autant de preuves d’un complot formé entre la Restauration et l’étranger.

Le négociateur principal de la convention du 23 avril, Talleyrand, s’est toujours défendu contre cette accusation. S’il se donnait les apparences, après avoir trahi Napoléon, de trahir la Révolution, il invoquait encore la nécessité. Il revendiquait avec orgueil l’honneur de servir toujours la France dans ses intérêts essentiels, méconnus ou compromis par les défenseurs impénitents des frontières naturelles. La paix, au prix où on pourrait l’obtenir des vainqueurs, lui parut alors le premier besoin de la France. Cette seule

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