TALLEYRAND A-T-IL SERVI OU TRAHI LA FRANCE
considération l’avait, disait-il, alors déterminé aux sacrifices qu’il consentit.
Que la paix fût à ce moment un bienfait pour une nation épuisée, c’est ce dont témoignaient les vœux unanimes du pays. Qu’elle fût une nécessité, voilà ce qui peut et doit être discuté. Napoléon voulait encore la lutte et la croyait possible, le 4 avril, même après la trahison de ses maréchaux. Ses partisans, ses admirateurs, l’armée et les adversaires des Bourbons ont dit lors, et plus d’un historien répété qu’on pouvait attendre et réclamer une paix moins onéreuse. Talleyrand a depuis répondu que l’état de guerre p. olongé exposait la France déjà envahie aux pires désastres. Ce qui l’effrayait, c’était la présence sur le territoire de peuples entiers, animés par l’esprit de haine et de vengeance, par leurs propres victoires, excités par les appels des souverains, heureux de faire payer aux Français la rançon de leurs pays pillés, ravagés. Soustraire la France à ces passions haineuses, les contenir par une négociation immédiate, au lieu de les provoquer par une pins longue résistance, voilà le plan et les arguments de Talleyrand. On peut les discuter, si l’on a du goût à refaire l’histoire; on n’en pourra jamais nier la force et la vraisemblance.
Ce qui est, en tout cas, certain, c’est qu’ayant résolu de conclure une paix immédiate, le gouvernement provisoire et les Bourbons ne pouvaient l’obtenir qu’en sacrifiant les conquêtes de la Révolution, sinon au dedans, du moins au dehors. Sur ce point Talleyrand a victorieusement répondu que Napoléon lui-même, à Châtillon, s’était résigné un instant à ce qui était inévitable. Les temps étaient loin où les politiques de l’Europe considéraient la Révolution comme une cause de faiblesse pour la France. Ils avaient vu, ils avaient senti l’effet des énergies nationales et conquérantes qu’elle suscitait. Dans le langage de Metternich, Révolution était devenu synonyme de conquête. Pour les Anglais, elle signifiait l’occupation hitale de la Belgique; pour les Allemands, un éternel désir d’interven-