INCERTITUDES DE LA POLITIQUE FRANÇAISE EN
Bourbons, ))Et Richelieu ajoute : « Par sa force numérique et intellectuelle elle est en possession du présent. »
Ni Louis XYllI, ni les Chambres entre lesquelles les ministres préparaient pour la paix un accord constitutionnel ne se trouvaient en mesure d’établir l’harmonie entre le peuple lui-même et la monarchie. Il aurait fallu, suivant le mot de B. Constant qui caractérise bien cette époque, <( nationaliser la royauté et royaliser la nation ».
Dans ces conditions, ce n’était qu’avec la plus grande prudence que Richelieu pouvait travailler aux desseins d’Alexandre P'’ sur la France. « En ayant l’air de me faire appuyer du dehors, je risque de perdre tout crédit au dedans. )) (Richelieu à Alexandre.) Sa politique, secrètement du moins, était docile aux ordres que Pozzo di Borgo lui transmettait de Saint-Pétersbourg. Nesselrode lui prescrivait de renvoyer la Chambre Introuvable et d’en composer une dans un meilleur esprit. Richelieu et Louis XVIII s’y appliquaient : ils prièrent Alexandre de ramener le comte d’Artois à plus de modération, sinon par la raison à laquelle il n’était pas accessible, du moins par la crainte. « C’est unservice que vous nous rendrez après tant d’autres.» Après avoir sauvé la France, le tsar était invité à la gouverner. Le malheur, à son point de vue, c’est que le roi, les ministres, les Chambres même ne lui fournissaient pas les moyens d’en être maître.
Dès le début de 1817, Alexandre P'* manifesta son regret de n’avoir pas mieux réussi, de trouver les Bourbons si peu solides, si mal unis à leurs sujets. Il se croyait obligé de ne pas donner à la Sainte-Alliance le caractère et les suites qu’il s’était proposés. « L’union avec la France, écrit alors Richelieu, c’est le grand but. Mais tant qu’il n’en sera pas autrement à Paris, l’Empereur sera tenu de garder ce rêve secret. » « L’opinion qu’il s’est formée de Monsieur met une sorte d’obstacle au développement de ses sentiments bienveillants sur notre pays, » écrit un mois après notre ambassadeur de Noailles. L’intransigeance des Ultras, les haines populaires contre les Bourbons divisaient profondément
600 LES BOURBONS ET LE TSAR IMPUISSANTS (1817). la France, et ces divisions réduisaient Louis XVIII à l’impuissance, Alexandre V à l’immobilité. Bornée à ses préambules mystiques, privée des effets pratiques que la monarchie des Bourbons restaurée et forte eût aidé le tsar à lui faire produire, la Sainte- Alliance paraissait destinée en 1817 à n’être qu’ « une nullité politique », comme l’avait prédit Gentz. Elle confident de Metternich se réjouissait de voir la paix assurée en Orient par l’impuissance de la Russie : « Le parti qui pousse à la guerre à Pétersbourg travaillera longtemps sans fruit. Je n’ai jamais douté qu’une expédition contre la Porte ne fût du goût d’une grande partie de l’armée russe et des entours de l’Empereur. Mais tant que le système politique restera ce qu’il a été jusqu’à présent, je regarde cette guerre comme impossible. »
La vigilance de l’Angleterre, mise en éveil par les projets du tsar, la résistance de l’Autriche qui avait réussi à détourner de lui la Prusse, la perspicacité des diplomates qui avaient deviné dans la Sainte-Alliance la menace d’une nouvelle guerre, l’impuissance enfin de Louis XVIII formaient une barrière infranchissable pour la diplomatie désintéressée en apparence, agressive d’Alexandre PL Ce fut alors que le tsar saisit, dans des événements qui se développaient à l’autre bout du monde, l’occasion de tourner l’obstacle que lui opposaient les diplomates.