‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 261 sur 360 · LA SAINTE-ALLIANCE ET LA QUESTION D’ORIENT · texte numérisé non relu

LA SAINTE-ALLIANCE ET LA QUESTION D’ORIENT

« Eq 1815, l’Europe était assurée, disait Metternicli, par les traités de Vienne autant que possible, d’une paix durable. )) Cet éloge que le ministre autrichien faisait de son œuvre a été généralement accepté. En revanche, l’histoire a depuis reproché à Metternich d’avoir par la Sainte- Alliance déclaré la guerre, dans l’intérieur des Etats pacifiés ou sur leurs frontières, aux libéraux et combattu la Révolution dans des Congrès où les souverains dociles à ses conseils auraient concerté leurs efforts. C’est l’opinion générale que l’on trouve résumée dans cette phrase de Gervinus. « Le début du dix-neuvième siècle est la description d’une période de paix rarement interrompue. Une aveugle réaction contre toutes les tendances qui avaient été le résultat naturel de l’époque révolutionnaire devint le trait caractéristique de l’époque qui commençait alors. » S’il ne s’agissait que de l’histoire de France, alors qu’épuisée par les guerres, et menacée par le retour des émigrés, la nation se reconstitua dans la paix en défendant ses libertés, l’explication pourrait suffire. Mais elle est, comme la formule trop longtemps acceptée pour les rapports de l’Europe avec la Révolution, un cadre trop étroit encore pour cette histoire

590 ALEXANDRE I®"* I ORIGINES DE LA SAINTE-ALLIANCE, après 1815. La Sainte- Alliance ne rend pas compte de tous les événements européens qui ont suivi les traités de Vienne : elle n’est pas l’œuvre de Metternich;, et n’a point toujours eu les effets pacifiques qu’il se plaisait à lui attribuer.

Ce fut, à la fin de 1814, quandles alliés discutèrent entre eux les conditions du partage de l’Europe qu’ Alexandre P"* fit pour la première fois entendre le langage de la Sainte- Alliance^ un langage « amphigourique » selon le mot de Talleyrand. Il rencontrait alors l’opposition des diplomates à son projet^ longuement caressé depuis Kalisch, d’incorporer la Pologne, et de donner la Saxe au roi de Prusse : il invoqua, dans une note célèbre du 31 décembre 1814 les devoirs des souverains envers les peuples. Des diplomates qui le gênaient, il en appela aux rois. Le temps était arrivé, « où faisant taire leurs ministres et laissant parler leur conscience, les souverains européens devaient régler le sort des peuples. ))

Ce langage, nouveau pour les diplomates habitués aux pratiques et aux formules de la raison d’Etat, avait sans doute été inspiré au tsar par les idées et les sentiments de M""'' de Rrudener. Mais, il laissait apercevoir des desseins pratiques et une politique. Les hommes d’Etat refusaient la Pologne tout entière et la Saxe aux alliés de Kalisch ; ils prétendaient, pour écarter la Russie de la Vistule et la Prusse de la Bohême, maintenir les partages de la Pologne, et distraire de la Saxe quelques districts seulement : alors Alexandre P^, alliant le mysticisme religieux de sa nouvelle inspiratrice aux théories libérales et mystiques aussi du lyonnais Bergasse, déclarait que des souverains élus de Dieu pour le bonheur des peuples ne devaient pas partager des nations contre leur gré et leur intérêt, a Dans le temps actuel, disait-il à l’empereur François, nous autres souverains, nous devons nous conformer au vœu des peuples. Le vœu du peuple saxon est de n’être pas partagé. Le partage de la Pologne n’est pas du fait de la Russie : elle le réparera. )) Etrange théorie, en vérité, du bonheur des peuples

LE TEXTE DE LA SAINTE-ALLIANCE (SEPT. 1815). 591 et du devoir des souverains : l’annexion considérée comme un bienfait, et l’antidote des partages; la conquête totale d’une nation, le triomphe de la raison d’Etat assimilées à untriomplie delà justice, présentées aux souverains comme une obligation, une tâche presque divine.

Ce fut pourtant là en 1814 l’origine et déjà le langage delà Sainte- Alliance. Le traité devienne condamna ces doctrines et ces espérances ambitieuses. La restauration et la chute de Napoléon les ranimèrent. Au lendemain de Waterloo, quand Paris eut capitulé devant les alliés le 25 juillet 1815, tandis que les armées étrangères campaient en France, le tsar proclama de nouveau, son épée victorieuse à la main, la formule mystique de son Evangile politique. de Krudener l’avait approuvée. Elle surprit les diplomates. L’auteur leur déclarait d’ailleurs qu’elle n’était point faite pour eux. (( La chose est d’un ordre tel que les ministres ne peuvent m’être d’aucun secours. » La Sainte- Alliance fut, le 18 septembre 1815^ proposée directement aux souverains de l’Autriche, de la Prusse et de l’Angleterre dans une forme qui jurait avec le langage ordinaire des chancelleries. Le préambule célébrait le Dieu des armées qui avait donné la victoire, et invoquait la Providence à l’heure de la paix réparatrice : action de grâce et prière à la fois. Les deux premiers articles formaient les réponses venues d’en haut par la bouche d’Alexandre qui, nouveau Moïse, apportait les tables de la loi. L’un de ces articles invitait les souverains à s’unir, en frères selon les Saintes-Ecritures, en compatriotes selon un verbe plus récent. L’autre déclarait, avec la Révolution, les peuples frères aussi : « trois branches d’une même famille », et confiés, pour leur bonheur, à des souverains désignés par la Providence.

Ce mélange de droit divin et de religion révolutionnaire a frappé, quand ils le connurent, tous les contemporains. (( C’était, disait Stourdza, sous l’égide des princes et des principes chrétiens, la fraternité des peuples. » Castelreagh protesta contre cette déclaration de principes bibliques qui auraient reporté l’Angleterre à l’époque des Saints,

592 MYSTICISME, CALCULS ET AMBITIONS DU TSAR, de Cromwell et des Têtes Rondes. MeUernicli, qui la définissait à merveille, y vit <( des aspirations philanthropiques déguisées sous le manteau de la religion ». Et son confident Gentz s’écria d’abord : « c’est une nullité politique », jugegement auquel les politiques semblent s’être d’abord rangés, en souriant presque, en laissant faire. On a cru depuis à un accès de manie religieuse du prince qui, après avoir vaincu Napoléon, s’était laissé conquérir par une mystique, sincère, à n’en point douter, mais nerveuse, impressionnable et sensible à l’excès.

Cependant, comme la sincérité d’Alexandre a toujours été plus que discutable, que c’était pour lui une habitude de prodiguer les phrases sentimentales à Napoléon, aux Polonais, à toutes les nations, qu’on l’a entendu invoquer la morale publique pour garder la Pologne et s’écrier ensuite : (( J’y ai deux cent mille hommes, qu’on m’en chasse, » il importe de savoir si k S ainte' Alliance ne cachait pas sous sa forme apocalyptique des arrière-pensées précises. N’était-elle pas, avec ses apparences de haute morale, une manœuvre politique? « Derrière l’abandon apparent de rEmpereur,écrivaitun jour la Ferronnays à Chateaubriand, il y a toujours de la ruse et du calcul. » Et Gentz, qui ne s’est jamais payé de formules, devait bientôt, dès 1816, éveiller l’attention de Metternich sur le prétendu mysticisme du tsar. « Ce n’est pas seulement une manifestation morale, c’est un instrument pour Alexandre P"* au service de l’influence que rêve son ambition. Il s’en sert jusqu’au jour où il croira devoir le remplacer par quelque chose de plus efficace. »

Par sa date, en effet, par les circonstances qui la préparent, par le caractère de son auteur, et les faits qui ont accompagné sa naissance^ la Sainte- Alliance se précise : elle fut une œuvre de circonstances et un calcul. Deux ou tmis jours avant de porter à l’approbation de de Rrudener la loi nouvelle qu’il allait offrir aux souverains, Alexandre P% le 11 septembre, « pleurant au pied de la croix, avait demandé à Dieu le salut de la France ».

LA POLITIQUE D’ALEXANDRE 1®"* APRÈS WATERLOO. 593 C’était à la fin d’une journée qu’il avait consacrée, dans la plaine de Vertus, à passer seul la revue de l’arniée russe, pour faire comprendre à ses alliés la force qu’il pouvait mettre au service de cette cause, pour leur faire sentir le poids de son épée.

Ces prières et ces menaces n’étaient point inutiles. Jamais la France ne courut plus de danger qu’au lendemain de Waterloo. Souverains, ministres et généraux se préparaient à la démembrer, soi-disant parce qu’elle avait rappelé Napoléon, en réalité parce que l’occasion était belle. Seul, d’abord, Alexandre V prit sa défense. « Il faut, disait-il, le 28 juibet 1815, avec son ministre Capo d’tstria traiter la France avec justice pour y soutenir l’autorité légitime du roi, éviter le retour des révolutions, assurer la paix et le bonheur des peuples. » Aux appétits déchaînés des vainqueurs, le tsar, pendant le mois d’août, opposa sa volonté et menaça, s’il le fallait, de rompre avec la coalition, de tirer l’épée enfin. Il écarta les diplomates qui ne savaient parler que de conquêtes au nom de la raison d’Etat. Il invita les souverains à traiter Louis XVIII en frère, à lui permettre de faire le bonheur de la nation française, pour que sa puissance restaurée par les décrets de Dieu se soutînt par la gratitude de ses sujets. Au traité du 25 mars, qui avait mis la France en interdit, et auquel Louis XVIII n’avait pas reçu le droit de souscrire, Alexandre P’’ résolut, le 18 septembre, de substituer k Sainte- Alliance^ et d’y admettre la France et les Bourbons.

Les Français n’ont pas vu le calcul que cet acte de générosité et les déclarations morales du tsar recouvraient; plus crûment, Capo d’Istria disait alors à Stein : « La Russie avait intérêt à laisser la France forte, pour que d’autres puissances ne puissent disposer de toutes leurs forces contre elle. » Les politiques anglais, Wellington et Castelreagh, plus prévoyants que les Allemands aveuglés par la perspective d’une belle proie, pénétrèrent les desseins du tsar : « il fallait rivaliser de générosité avec Alexandre. S’il a du penchant à se lier avec la France, c’est pour

594 LES DESSEINS DU TSAR SUR LA POLOGNE, étendre ses conquêtes du côté de l’est et du sud. » Et bientôt la France se trouva défendue par l’Angleterre autant que par la Russie contre les convoitises des Allemands. A travers les formules mystiques du tsar que les Anglais plus tard allaient traiter de fourberies, les politiques de Londres démêlaient déjà en 1815 et démasquaient ses ambitions. Le rapprochement delà Russie et des Bourbons, la Sainte- Alliance leur apparurent comme le prélude d’une politique destinée à servir les desseins d’Alexandre P’' en Orient.

Le Congrès de Vienne avait été pour ce prince une grande déception. En quelques mois, la diplomatie européenne lui fit perdre le fruit de trois années de négociations, de deux années de guerre. A combattre Napoléon, il avait moins gagné qu’à l’alliance de Tilsitt. Il avait abandonné les provinces danubiennes qu’il occupait, avec l’espoir d’acquérir la Pologne sur les puissances allemandes qui en gardaient leur part. En opposant les principes de la légitimité au droit des peuples que le tsar invoquait et espérait exploiter, l’Angleterre, l’Autriche unies aux Bourbons restaurés avaient fixé à Vienne une limite à ses ambitions : elles l’obligaient à rendre sa proie.

Cette proie, il la guettait encore, au lendemain du Congrès, attentif toujours à masquer ses plans de conquête par des apparences de libéralisme réglées sur les aspirations des peuples.

A la Pologne, dont il avait réveillé le patriotisme, Alexandre P"* se présentait le 25 mai 1815, en occupant Varsovie, comme un libérateur. Il rétablissait l’usage de la langue polonaise, constituait une armée et une administration nationales où les Russes n’étaient plus admis. Il promulguait enfin, quand l’année s’acheva, une Constitution qui faisait espérer la prochaine réunion d’une diète (15 novembre 1815). En se voyant d’ailleurs gouverné non par un des leurs comme Czartoriski, mais par le frère du tsar, le grand-duc Constantin , les Polonais gardaient des doutes et des préventions contre la conquête russe : l’aristocratie polonaise

SON OEUVRE EN FINLANDE, surtout, qui ne partageait pas les illusions du prince Adam. Les puissances européennes regardaient avec la même défiance les entreprises d’Alexandre en Pologne. De Paris, le ministre Rayneval écrivait à la Ferronays. « Par des idées et des sentiments que la philosophie approuverait, mais que la politique peut difficilement partager, l’Empereur prépare-t-il l’indépendance réelle de la Pologne ou auraitt-il conçu un plan plus dangereux pour ses voisins? Chercherait-il à donner une apparence passagère d’indépendance nationale à ce qu’il possède de ce pays, pour gagner les esprits des habitants des provinces soumises à l’Autriche et à la Prusse? »

La réponse à cette question délicate se trouvait formulée dans la politique que le tsar pratiquait depuis 1812, et accentua après 1815 en Finlande. Le peuple finlandais, par sa longue association avec la Suède, le nombre des Suédois qui avec le temps s’étaient mêlés à lui, était mal disposé à la conquête russe, et l’avait repoussée de toutes ses forces. S’il s’assimilait à la Russie, il couvrait Saint-Pétersbourg; rebelle ou maltraité, dans une crise, il menacerait gravement la capitale. Gomme la Pologne, la Finlande avait été partagée au dix-huitième siècle. Elle retrouva son unité, quand elle fut tout entière aux Russes : le tsar lui rendit une capitale, Helsingfors (1817), bientôt une université nationale. Elle eut sa langue particulière, ses monnaies. Les éléments finnois de sa population furent groupés, encouragés. Au lieu de rester partagé entre une colonie suédoise et une province russe, ce pays petit, mais vivace, par les bienfaits d’Alexandre « redevint une nation » et parut digne de l’être. Ainsi se trouvèrent réalisées les offres qu’Elisabeth en 1742, Catherine II en 1773 par l’intermédiaire de Sprengporten, avaient faites aux Finlandais pour les détacher de la Suède. En invoquant le droit des peuples, leur successeur achevait cette œuvre d’annexion intelligente et constituait à l’empire un boulevard solide dans la Baltique.

C’est là ce qu’il eût voulu faire aussi en Pologne. C’est

596 ÉTAPES PRÉPARÉES A LA RUSSIE DANS LES BALKANS, ce qu’il préparait dans les Balkans. La paix de Bukarest avait depuis 1812 suspendu son action sur le Danube. Mais sa pensée y demeurait attachée, a Faisons bien, écrivait-il à cette époque au général Tscbitsbagow, nos affaires contre Napoléon. Alors nous pourrons reprendre notre plan contre les Turcs. L’affaire de Constantinople pourra être remise en train. » Le moyen, c’était encore de prendre les intérêts des nations soumises par la force aux Ottomans, impatientes du joug. Son ambassadeur à Constantinople, Strogonow, reçut l’ordre d’appuyer les réclamations des Serbes, entra en relations suivies avec Milosch Obrenovic, et l’aida à réorganiser son pays. Il recueillait les plaintes aussi des Valaques qui protestaient contre l’impôt turc. Diplomatie réservée qui avait le double avantage de fortifier les positions acquises par la Russie, entre la Baltique et la mer Noire, et de préparer le chemin à de nouvelles conquêtes justifiées par des motifs désintéressés, dans ce domaine où l’ambition d’Alexandre et de son peuple ne connaissait pas de limites.

Mais partout, dans cet Orient qu’il convoitait, le tsar rencontrait les résistances de l’Autriche et de l’Angleterre unies, résolues à le lui interdire comme à Napoléon, a La rivalité des cours de Londres et de Pétersbourg, depuis la chute du pouvoir qui accablait l’Europe, est le grand point sur lequel il faut porter l’attention, écrivait un ministre de Louis XVin. L’Autriche a servi longtemps d’auxiliaire aux Russes, elle leur a frayé le chemin de la Pologne et accru leur puissance par une faute irréparable. Devenue craintive, elle se fortifie contre eux par une alliance avec l’Angleterre. )) A cette alliance, en vain Alexandre à Vienne avait opposé celle de la Prusse. Il avait pu remarquer et retenir la cause principale de sa défaite : c’étaient les Bourbons à peine restaurés qui, en se portant vers l’Autriche, avaient fait pencher la balance du côté opposé à ses projets. Ils y avaient jeté le poids d’un principe qui soutenait leur faiblesse et qui avait triomphé de sa force, la légitimité.

Après la seconde campagne de France, dans la détresse

AVAN€Iî:S aux bourbons : menaces aux turcs. 597 plus profonde des Bourbons et des Français, Alexandre vit une occasion de réparer son échec. S’offrir aux vaincus comme un libérateur, restaurer les souverains légitimes, épargner à un peuple les tristesses d’un démembrement, se mériter enfin leur reconnaissance, et les gouverner au besoin, pour retirer aux alliés de Vienne le concours de cette alliance et se le procurer, telles furent les raisons qui déterminèrent le tsar à proclamer la Sainte- Alliance, Le 26 septembre, il plaçait à la tête du ministère français un émigré qui lui devait beaucoup, en état de faire partager sa propre gratitude à ses concitoyens, le duc de Richelieu. La Révolution était définitivement vaincue, la France restituée aux Bourbons, ramenée à ses anciennes limites. C’était le moment de reprendre avec le successeur de Louis XVI les plans de conquête en Orient que Louis XVI avait rejetés : la France de Richelieu serait peut-être plus docile que celle de Vergennes.

Par l’esprit comme par la lettre, la Sainte-Alliance s’adaptait si bien à cette évolution de la politique russe qu’on n’en peut ailleurs chercher l’origine et l’inspiration. L’entente fraternelle des souverains ne permettrait plus à des ministres comme Metternich d’invoquer la légitimité contre les desseins d’Alexandre Et la fraternité des peuples proclamée à la fois lui permettrait encore de poursuivre avec l’appui de la nation française son programme en Pologne, dans les Balkans surtout, où le langage mystique et libéral du tsar semblait annoncer une croisade prochaine. La Turquie s’émut de ces déclarations menaçantes, quand elle les connut au début de 1816 et demanda presque avec colère des explications que l’Autriche inquiète l’engagea à réclamer plus doucement. N’était-ce pas la preuve qu’en s’attachant la France, en la sauvant « au pied de la croix », Alexandre P'’ se préparait simplement une revanche sur les diplomates de Vienne et sur les Turcs?

L’Europe railla ce projet mystique de pacification générale, et prit fort au sérieux le programme de conquête qu’il dissimulait mal. Lorsque, pour débuter, Alexandre P"" pro-

598 OPPOSITION DES ANGLAIS A LA SAINTE-ALLIANCE, posa de faire une croisade contre les Barbaresques (avril 181 6)

(( nécessaire à la grande famille chrétienne », il essuya un refus. « La Russie, dit Gentz, cachait ses intentions secrètes. Les autres qui les devinaient se tinrent sur la défensive. » Puis, à son tour, l’Angleterre prit l’initiative d’un projet de croisade maritime concerté entre les nations chrétiennes, exécutée par elles sous la direction d’un amiral anglais. Elle eut même l’art de lier ce projet à la question de la traite des noirs qui n’était pas réglée (septembre 1816).

(( Cette puissance insulaire, disait avec dépit le tsar à notre envoyé, n’exprime des sentiments philanthropiques que pour mieux masquer sa profonde personnalité. » Il s’irritait de se voir payé de la monnaie qu’il avait servie à ses rivaux. C’était un premier échec.

Le second, plus décisif, fut la situation intérieure de la France au lendemain du traité de Paris qui ne répondit guère aux calculs d’Alexandre PL Pour que Louis XVIII lui devînt un instrument utile, il fallait une réconciliation complète des Bourbons et des Français.

Il se trouva, au contraire, que l’entourage de la royauté, le comte d’Artois et ses amis les Ultras, revenus d’exil sans avoir rien appris, reprirent auprès de Louis XVIII les intrigues avec lesquelles ils avaient perdu Louis XVI. « Si le roi, écrivait Richelieu au tsar (janvier 1816), veut montrer de la fermeté, s’il veut être le maître surtout dans sa famille, il n’y a pas de doutes qu’on peut encore sauver la France. » Les provocations de la Chambre Introuvable (1815) n’étaient rien auprès des efforts de ce parti occulte que les ministres se sentaient incapables de contenir dans les formes constitutionnelles, a Ce sont les véritables ministres, » disait Gentz.

Et, d’autre part, toute une partie de la nation, peut-être la majorité, composée en tout cas d’hommes aigris, actifs, qui n’était point représentée au Parlement par les monarchistes libéraux, demeurait résolument hostile aux Bourbons. « La plus grande partie de la nation, élevée, dit Gentz, sous les auspices de la Révolution, a la haine des

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