‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 264 sur 360 · LA QUESTION AMÉRICAINE EN · texte numérisé non relu

LA QUESTION AMÉRICAINE EN

des grandes questions, la plus grande peut-être qui s’impose à l’attention des hommes d’Etat. Par la révolte des colonies espagnoles de l’Amérique du Sud, l’extension de l’Empire anglais et la constitution, les développements des Etats-Unis, l’Amérique, à son tour, devient décidément un facteur essentiel de la politique européenne.

Lorsque la paix de Paris est définitivement réglée, Alexandre P*" médite des conquêtes en Orient, l’Amérique est en feu.

Depuis longtemps les hommes d’Etat européens prévoyaient que la révolte heureuse des colonies anglaises du Nord serait un exem.ple et une leçon pour les colonies espagnoles du Sud. La première de ces colonies, en effet, qui secoua le joug, fut la plus voisine des Etats-Unis, le Mexique, insurgé depuis le mois de septembre 1810 à la voix d’un curé indigène. Hidalgo. Mais, dès le début, l’insurrection s’annonçait très différente dans le continent méridional, de ce qu’elle avait été à Boston et à New-York. Et cela tint surtout à la différence des régimes et des populations.

Au premier temps de la conquête espagnole, l’Amérique du Sud était très peuplée : les rigueurs de l’invasion, l’exploitation h outrance des indigènes et même les procédés plus doux de l’Eglise espagnole qui, en modifiant leur genre de vie, les exposa à des épidémies de variole, fréquentes et meurtrières, avaient fait d’énormes trouées dans les peuples vaincus. Ils ne disparurent pas cependant. Les conquérants vinrent en petit nombre, rarement avec leurs familles, demeurèrent en général sur les côtes. Ils se mêlèrent peu à peu à la race indigène, dont les femmes en s’unissant à eux firent prévaloir le type. Si bien qu’en trois siècles une population mélangée s’était formée ou reconstituée, plus blanche sur les côtes de l’Atlantique, beaucoup moins sur celles du Pacifique, au Chili, moins encore au Pérou et en Bolivie, presque entièrement noire à l’Equateur et dans les grandes et hautes vallées des Andes.

Le gouvernement de la conquête, comme les conquérants, avait subi cette pression des races indigènes.

602 LES INDIGÈNES, LEUR PASSÉ, LEURS RÉSISTANCES. L’empire espagnol, avec son siège unique à Lima, au dixhuitième siècle s’était scindé en vice-royautés ou capitaineries générales, qui se trouvèrent correspondre aux grandes divisions des peuples et des empires vaincus. La Nouvelle-Grenade, créée en 1718, était ce grand plateau de Colombie, où les Espagnols avaient trouvé les Muysca, constitués et assez civilisés pour connaître le travail de l’or, la construction en pierre, entre Bogota et Socorre. La vice-royauté de Buenos-Ayres (1778) représentait une autre région, aussi délimitée. Le Yénézuéla (1797), c’était le domaine de la race caraïbe, moins les terres des Guyanes qui en font partie, mais avec les races refoulées et vaincues par les Caraïbes, les Guarannos aux embouchures de l’Orénoque, et les Arawak. Le Chili enfin (1797) se séparait de l’empire des Incas, du Pérou, pays des Quichua établis entre Guzco et Quito, parce que étranger à sa civilisation il avait été seulement une conquête de cet empire, le domaine des Araucans ou rebelles.

Ce morcellement administratif do la conquête espagnole était un signe de l’action lente, mais puissante, que les vieilles races, en s’assimilant leurs vainqueurs, produisaient sur leurs mœurs, leur nature, leurs institutions même. Les premières révoltes coïncidèrent avec ces transformations et en accentuèrent la portée. En 1770, un créole, descendant à la fois du marquis d’Oropesa et des Incas, Tupac Amaric, inquiéta l’Espagne, en appelant aux armes sur une étendue de trois cents lieues les Indiens et les gens de couleur. L’insurrection évoqua le souvenir des Incas et dura dix ans. Elle eut son équivalent^ au même moment, dans la Nouvelle-Grenade. Quinze ans après, la révolte d’Hidalgo au Mexique, violente, sauvage comme le peuple à demi civilisé dont elle était l’éveil, fut la secousse décisive. Elle n’avait rien de commun avec la résistance légale des Anglais aux Anglais dans l’Amérique du Nord. Mais bientôt également elle devait entraîner à leur exemple les colons espagnols sur qui le gouvernement des Bourbons aurait eu intérêt à s’appuyer.

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