‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 282 sur 360 · LAYBACH · texte numérisé non relu

LAYBACH

Ce congrès ne fut d’abord en principe que la suite et la conclusion de celui de Troppau. De la vallée de l’Oder, l’empereur d’Autriche se transporta rapidement le 4 janvier dans celle de la Save pour recevoir le 7 Alexandre P**; le 8, le vieux roi de Naples. Les sujets de Ferdinand invité à Laybach comme médiateur entre les Deux-Siciles et l’Europe, croyant à cette médiation qu’il avait solennellement promise, l’avaient laissé partir, pour faire preuve de leurs intentions conciliantes. Dès qu’il avait été hors de leurs prises, Ferdinand, débarqué à Livourne le 16 décembre, s’était hâté de désavouer ses promesses. Il comptait sur le Congrès qui écarta en effet et relégua à Gôrz le représentant des pouvoirs constitutionnels, le comte de Gallo. (( Tristes protestations, triste allié, » disait le confident de Metternich, Gentz. Mais ses mensonges servaient l’Autriche, décidée à ne pas traiter avec les libéraux. Peu lui importait que le roi les trahît : Metternich était résolu « à leur marcher sur les pieds exprès ». Il avait hâte d’en finir : la France et l’Angleterre blâmaient son intervention. Qu’arriverait-il si le tsar lui manquait?

Un instant, l’Autriche put craindre cette défaillance de son allié. Alexandre P% peut-être à l’instigation de la France qui ne suivait plus Metternich^ eut l’idée de confier au pape une médiation entre le roi de Naples et ses sujets.

644 L’AUTRICHE ET LES PRINCES ITALIENS A LAYBACH. La diplomatie autrichienne para le coup : un de ses agents, M. de Lebzeltern, partit en hâte pour Rome, fît part au pape de sa résolution et le décida à refuser sa protection aux libéraux. Si le Saint-Siège n’avait été docile, les calculs de Metternich étaient déjoués. Il n’en fut que plus pressé de les réaliser. La première conférence de Laybach (12 janvier 1821) lui permit d’agir: la constitution nouvelle de Naples fut annulée, une armée autrichienne chargée, le 3 février, par la Sainte-Alliance de l’exécution, aux frais des Napolitains soumis pour trois ans à une occupation étrangère. Le lendemain même (4 février), le général de Frémont commença sa campagne contre les insurgés de Naples, vaincus aussitôt à Rieti. La facilité de cette victoire, préparée de longue main, consolidait l’autorité et le prestige de l’Autriche en Italie. La diplomatie de Metternich fit le reste.

« A Laybach, nous n’avons fait que continuer ce que nous avions fait à Carlsbad, » a-t-il dit lui-même, en ajoutant que c’était un plan formé entre lui et son maître depuis 1819. (( C’est à Pérouse qu’a été décidé le grand œuvre dont nous suivons l’exécution. Une lettre que je reçus en juin dans cette ville me montra que le moment d’agir était venu. 1) Vaincre le particularisme, en Italie, en Allemagne, pour établir définitivement l’unité de la conquête autrichienne; et le vaincre par la ruine des institutions libres, tel était le programme que Metternich avait appliqué, en deçà des Alpes, après Aix-la-Chapelle, qu’il voulut à Troppau et à Laybach réaliser en Italie. C’était à ses yeux le complément et le profit de son intervention à Naples.

Le 20 décembre 1820, les gouvernements italiens étaient invités à envoyer des représentants à Laybach. « Cela va devenir un congrès italien, l’amorce d’une confédération italienne sur le modèle de la Germanique sous la direction de l’Autriche, » disaient avec inquiétude nos diplomates, et ils s’efforcèrent à Turin ou à Rome d’avertir les princes menacés. Plus effrayés par la Révolution que par les desseins de l’Autriche ou alliés par le sang à l’Empereur, les

LES RÉVOLTES DE NAPLES ET DU PIÉMONT RÉPRIMÉES. 64o petits souverains, Victor Emmanuel P"" de Sardaigne, les ducs de Modène et de Toscane, négligèrent nos conseils, envoyèrent leurs agents, le 26 janvier, au Congrès. La France assistait impuissante à ce spectacle. Elle demanda du moins, pour n’être pas engagée dans cette politique, à ne pas signer de protocole. Elle protesta contre la circulaire du 12 février 1821, oii, sous prétexte de châtier les rebelles de Naples, le Congrès annonçait son intention de délivrer les souverains dTtalie des institutions libres qui leur déplaisaient. Sa protestation du 20 février, note verbale analogue à celle de l’Angleterre, était applaudie dans l’Allemagne du Sud. Elle ne lit aucune impression sur les princes italiens. Ils se livraient chaque jour davantage à Metternich.

La fin du Congrès coïncida avec le triomphe complet de l’Autriche, assuré par les événements du Piémont. Le 12 mars 1821, les patriotes italiens, officiers surtout et carbonari, arboraient à Alexandrie le drapeau italien, proclamaient la liberté et l’unité nationale. Abdiquant en faveur de son frère Charles-Félix, et déshéritant son fils le prince de Carignan, Victor-Emmanuel réclama une intervention que l’Autriche exécuta surtout à la prière de Charles- Félix. Ce fut l’affaire de quelques jours, d’une escarmouche à Novare (8 avril). « L’Autriche, écrivait tristement le ministre Rayneval, se fait largement payer le concours qu’elle prête à la cause royale. Elle occupe militairement les plus fortes positions de l’Italie, le Piémont, Rome et Naples. » A Milan, à Modène, des commissions extraordinaires brisaient toutes les résistances des patriotes. Les souverains, avant de se quitter, à Laybach, le 12 mai 1821, proclamèrent que (( le salut de l’Italie avait été réalisé par la confiance réciproque établie entre eux et les gouvernements de la Péninsule. » Ils laissaient en somme les Italiens, princes et peuples, à la discrétion des généraux et des diplomates autrichiens. Mais c’était de « l’aveu de ces princes ». Metternich pouvait dire fièrement : « La bataille diplomatique est gagnée. Le bon sens a vaincu. »

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