‹ Manuel historique de politique étrangère. [Texte imprimé]Chapitre 286 sur 360 · LE RÉVEIL DE LA NATION FRANÇAISE EN · texte numérisé non relu

LE RÉVEIL DE LA NATION FRANÇAISE EN

« Malgré la chute de Napoléon, écrivait au mois d’août 1821, le sous-secrétaire d’Etat aux affaires étrangères^ Rayneval, la France par sa position et l’ardeur militaire de son peuple, l’accroissement de son industrie, sa prospérité financière a une force réelle qui n’attend qu’une occasion pour se développer. » Ainsi, tandis que Napoléon mourait à Sainte-Hélène (5 mai 1821), les Français, guéris du mal qu’il leur avait fait, se reprenaient à regretter la gloire qu’il leur avait donnée. Les débats des Chambres, où les libéraux défendaient avec éloquence contre une majorité enragée de royalisme les principes de la Constituante, ne traduisaient qu’à demi les sentiments, les vœux d’une nation avide de revanche plus que de liberté. Travaillé par les vieux soldats de l’Empire, et les nombreux officiers que la Restauration avait dû mettre en congé, le peuple oubliait vite les bienfaits de la paix, s’indignait de ce qu’il en appelait les hontes, la perte de ces frontières naturelles acquises un instant par la République, fixées par l’Empire, sacrifiées en 1815.

Dans ce courant de haine qui se forma contre les Bourbons et leur politique, il est àfficile, au premier abord, de

PASSIONS ET CALCULS DE LA NATION FFTANÇAISE. 653 démêler la nature et la puissance des instincts qui agitaient et poussaient les Français en général. La presse n’était point libre, et les électeurs en nombre restreint ne représentaient pas la nation. L’histoire, mal renseignée, a pu croire qu’elle était surtout préoccupée de défendre ses libertés. En réalité, si les Français invoquèrent, à partir de 1820, les souvenirs de la Révolution, en revendiquèrent l’héritage, ce fut par regret surtout des frontières qu’elle leur avait données en Europe. Ils avaient hâte de reprendre une politique étrangère d’action, de combat et de gloire dont la Révolution était à leurs yeux le symbole et la condition. Des politiques comme Rayneval, des poètes comme Chateaubriand signalaient ce réveil et cette fièvre, a La France, écrivait Metternich, se place dans la direction des conquêtes. Les mobiles qui ont lancé la République et l’Empire dans une aussi dangereuse carrière viennent de nouveau se réunir dans le sentiment prédominant. )) La conquête autrichienne, autorisée par le Congrès de Laybach, ne justifiait-elle pas d’ailleurs, aux yeux de la France et à son profit, une conquête analogue? Metternich avait cependant raison : la Révolution pour la guerre, et la guerre indistinctement par la Révolution ou par l’Empire, voilà les grandes lignes du programme que, depuis 1820 et pour de longues années, les Français se sont donné. — L’intérêt, le calcul n’y ont qu’une faible part : c’est affaire de sentiment et de tradition.

Et comme au dix-huitième siècle, comme sous la Révolution et sous l’Empire, l’intrigue s’en mêla. Elle détermina les entreprises que les passions et la tradition préparaient. S’il y eut jamais une intrigue, ce fut celle qui plaça auprès du vieux roi Louis XYIJI une jeune femme, fort belle, ancienne maîtresse de Savary et séparée de son mari, du Chayla. Il fallait aux royalistes ultras qui rêvaient d’un retour à l’ancien régime, masqué par leur zèle pour la religion, une influence capable d’arracher Louis XVJIt à son indifférence, et aux conseils du duc Decazes. Groupés autour du duc d’Artois, excités par les discours de Chateau-

L’INfRIGUE BELLIQUEUSE DES ULTRAS.

briand et de la Rochefoucauld, les ultras étaient impatients de procurer à la nation la guerre qu’elle souhaitait, <( de lui donner la gloire en échange de leurs privilèges restaurés )>. Si le roi obligeait Richelieu h une politique pacifique, Yillèle et Corbière quittaient bruyamment le ministère où il les avait appelés. Il s’agissait donc de conquérir le roi luimême. Du pavillon de Marsan aux Tuileries l’intrigue, en 1821, fut incessante, appuyée par la Russie, servie par du Chayla. Transfuge de l’Empire, le maréchal Victor, s’en préparait le bénéfice et l’honneur. Placer un serviteur de Napoléon à la tête des armées royalistes et les conduire à la gloire semblait aux royalistes un coup de parti; atteindre et effacer l’œuvre de la Révolution, en la dépouillant du prestige exclusif que les victoires des armées républicaines lui conservaient aux yeux d’une nation militaire : tel était le calcul que l’ancien parti des émigrés, décidément incorrigibles, faisait dans les antichambres et le cabinet où Louis XVIII s’enfermait avec sa confidente. L’inspirateur du parti. Chateaubriand, en décembre 1820 obtenait une ambassade à Berlin, présage d’un prochain ministère. Et Monsieur recevait de Saint- Pétersbourg cette lettre flatteuse du tsar lui-même : « Il est aisé de voir la place que V. A. R. occupe en France et celle qui l’attend. Les affaires de France sont dans une direction salutaire. On verra des miracles. »

Jusque-là, l’empereur Alexandre, enchaîné par les promesses de l’Autriche, gêné par les défiances de l’Angleterre, avait poursuivi seul, sans aboutir, son rêve de guerre européenne et d’agrandissement oriental. Le réveil d’une grande nation militaire comme la France, les intrigues formées autour du roi pour le ramener à une politique d’action qui répugnait à sa prudente vieillesse, c’étaient là pour les desseins ambitieux de la Russie de belles promesses. La nation française, tout ce qu’elle compte d’intrigants, royalistes ou républicains, a mis l’action et la gloire à son ordre du jour pour longtemps.

Justement, la guerre, à peine commencée par l’Autriche

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