LA FRANCE ARBITRE DE LA PAIX ET DE LA GUERRE
de Vienne. « La France n’a rien à demander à personne. Elle n’a besoin d’aucune alliance particulière ni de l’Angleterre, ni de la Russie. En se tenant tranquille chez elle, en ne lésant les droits de personne et continuant d’améliorer ses finances, elle est la seule de toutes les puissances qui puisse regarder l’avenir sans trop d’effroi. Qu’elle garde son indépendance, avec sa prospérité ! La guerre lui serait inutile et dangereuse. »
A l’alliance russe, à la quadruple alliance qui allait faire du royaume le satellite de l’Autriche et de la Russie, détestable par son caractère de combat, Rayneval opposait les intérêts vrais, pacifiques de la Restauration. Ce n’étaient pas seulement les conseils de Vergennes qu’il apportait dans le débat. R invoquait avec une certaine grandeur de vues et de langage « la politique naturelle : l’heureux effet de la protection que la France pourrait offrir aux Etats secondaires, la tradition nationale, la ligne politique de Richelieu. » Si le chef du cabinet lui répondait alors : « Le système était bon autrefois, )) le sous-secrétaire d’Etat pouvait montrer les résultats de ce système au Congrès de Vienne et depuis, la France sauvée d’abord, libérée contre toute espérance, parvenue en deux ans à un tel degré d’influence et de considération que les premières puissances de l’Europe sollicitaient son concours, se le disputaient même. Louis XVIII lui donna raison, meilleur juge après tout de ce débat que Pozzo di Borgo. Si celui-ci s’acharnait en effet à présenter Rayneval et Pasquier « comme de mauvais serviteurs du roi )), par son dépit et ses colères il trahissait, selon le langage même de Rayneval, l’ambition de son maître.
Cette ambition explique, de l’aveu des contemporains, la Sainte-Alliance et les congrès qui se tinrent en son nom de 1815 à 1821, à Aix-la-Chapelle, à Troppau, batailles diplomatiques utiles à préserver l’Europe de l’incendie qu’Alexandre P"' aurait allumé aux quatre coins du monde. L’Angleterre n’aurait pas suffi à faire triompher la cause de la paix. Obligée à des ménagements envers le tsar qui
650 LA SAINTE-ALLIANCE EN 1821 ET LA FRANCE, lui livrait T Allemagne et l’Italie, l’Autriche avait fini par mettre sur pied la première armée qu’on eût vu mobiliser depuis cinq ans. Elle tenait, il est vrai, Carlsbad et Laybacb : Alexandre P"* n’avait encore reçu d’elle que des promesses. Mais si la France, trahissant par deux fois les espérances de la diplomatie russe, n’avait fait contre elle alliance avec l’Autriche à Aix-la-Chapelle, h Troppau avec l’Angleterre, ces congrès eussent été des préfaces de guerre, au lieu d’une digue opposée avec art aux entreprises de la Russie. En ce sens, mais en ce sens seulement, et pour ce motif, ils maintinrent l’œuvre du Congrès de Vienne : pour d’autres motifs, les Français mal instruits maudissaient l’œuvre de 1815 et des Congrès. La paix et ses bienfaits n’offraient pas à leur amour-propre humilié une revanche assez éclatante.
Loin d’être à leurs yeux une ère nouvelle, la situation en 1821 ne leur parut que le retour d’un passé douloureux. C’était pourtant, selon Rayneval, le cas de délibérer : le moment était venu de choisir entre une tradition qui, bien entendue, avait fait ses preuves avec Vergennes, Talleyrand et Louis XVIII, et l’amour de la gloire si chèrement payé avec Napoléon. Comme au temps de la Révolution, les intrigues seules et les passions populaires, une tradition mal entendue de conquête et de croisade allaient pousser la France à une guerre qu’elle appelait de tous ses vœux.
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