CONCLUSION
premier ministre de Louis-Philippe. Conseils secrets à Louis-Philippe, lettres politiques et intimes à 1VP“® Adélaïde, adressées à la cour en dehors des ministres, négociations avec les envoyés de l’Europe groupés à Londres autour du prince comme à Vienne autrefois, tels furent les moyens principaux par lesquels le nouveau régime s’affermit en 1830. En France ou en Europe, le parti « du mouvement » qui jusqu’en 1831 eut ses représentants dans le ministère même de Louis-Philippe fut enchaîné par l’autorité de Talleyrand.
La conférence de Londres fit aux traités de Vienne les retouches que le réveil de la Grèce et de la Belgique avaient rendues nécessaires. Mais loin de détruire ces traités, elle adopta les principes que Talleyrand avait fait triompher au Congrès de 1814 : le respect, la défense des Etats ou des nations secondaires contre les ambitions de leurs voisins. Ce fut un nouveau bail de paix entre la France et l’Europe ; entre Louis-Philippe et les Français un accord imparfait qui reposa sur l’intrigue du roi et de son principal conseiller. La France songeait toujours à Navarin; Louis-Philippe lui donna l’Algérie, une colonie au lieu d’une action glorieuse en Orient, en Europe.
La monarchie de juillet vécut péniblement de ce malentendu dissimulé avec soin par le gouvernement, de cette paix avec l’Europe qui avait manqué à la Révolution, qui fut pendant dix ans la ressource principale de Louis- Philippe et parut en 1840 à la nation irritée une faiblesse coupaMe.
A travers toute l’histoire, telle qu’elle s’est faite pour la France révolutionnaire de 1789 à 1830, à travers les grandeurs et les épreuves, c’est toujours la meme opposition entre les sentiments et les calculs, entre les apôtres de la propagande et Mirabeau ; entreles serviteurs de la gloire française tels que le Directoire et Napoléon, et Carnot avec les partisans des anciennes limites ou Talleyrand; entre Chateaubriand et Villèle, entre les auteurs et les adversaires des traités de Vienne. Etendre la frontière de la nation jusqu’au
786 INTÉRÊTS D’ÉTAT ET SENTIMENTS NATIONAUX EN 1830. Rhin, dicter aux souverains et aux peuples des lois, à la façon de Louis XIV et de Napoléon, voilà pour les Français la tradition, la gloire et l’avenir, l’intérêt national par conséquent. Les politiques l’entendent autrement. Ils calculent comment depuis un siècle les cadres de la vieille Europe ont été élargis, combien de mondes et d’intérêts différents, de puissances et d’habitudes nouvelles sont intervenus dans le règlement des affaires européennes et en modifient l’orientation. Ils s’efforcent de faire accepter aux Français une politique conforme à cette évolution décisive.
Intérêts d’Etat et sentiments nationaux se heurtent en France, ou ne s’accordent que dans le silence et l’intrigue. Les gouvernements s’écroulent tour à tour : la nation poursuit, sans les fixer jamais, des rêves qui l’épuisent. Elle ne s’aperçoit pas que des traditions condamnées, l’orgueil de l’énergie révolutionnaire, le souvenir des gloires impériales lui procurent ces rêves : elle ferme toujours les yeux au temps présent. Elle croit avoir une politique étrangère; elle n’en a pas : elle souffre de ce mal profondément, mais elle ne cherche point le remède. L’Empire la séduit; la Révolution « armée » l’aveugle.
BIBLIOGRAPHIE
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SoREL. Essais de critique et d'histoire. Paris, 1883 [V Alliance russe et la Restauration).
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Debidour. L'expédition de Chio et le général Fabvier (Revue Bleue, mars 1897j.
Debidour. Le général Fabvier, sa vie, ses écrits.
Saint-Marc Girardin. Etudes sur la question, d' Orient {Revue des Deux-Mondes, mai 1864-1869).
Gervinus. Histoire du dix-neuvième siècle, tomes XV et XX.
DE Moltke. Lettres sur la Turquie (camp, des Russes, 1828-1829).
Bulgaris. Etude sur Capo d'Istria (trad. fr.). Paris, 1832.
Driault. La question d'Orient. Paris, 1898. (Ce volume important nous est parvenu au moment où nous mettions sous presse ce dernier
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cliapitre. Nous aurions voulu pouvoir l'employer et nous y renvoyons le lecteur pour tous les cliapilres précédents.)
Documents. — Metternich, Mémoires, tomes IV et V. — Chateaü- BRi.AND, Mémoires, tomes IX et X. — Villèle, Mémoires, tome V. — PoLiGNAC, Etudes, tome II. — Capo d’Istrfa, Correspondance (édit. Betant). Genève, 1839. — Wellington, Civil and political correspondance. — Lesur, historique, 1827-1830. — Prokesch-osten,
ouvrage cité, tomes V et VI. Correspondance manuscrite aux affaires étrangères de Rigng, Mortemart, etc.
France. — ïhureau-Dangin, Le parti libéral sous la Lestauration . Paris, 1888. — Thureau-Dangin. Histoire de la monarchie de juillet, tome I®^. Paris, 1884. — Nouvion, Histoire de Louis-Philippe , tome
— Vjelcastel, tome XX. — Vaulabelle, Histoire des deux Restaurations, tomes VU et VIII. Paris, 1858, 4e édit. — Düvergier de IIauranne, Histoire du gouvernement parlementaire, tomes IX et X.
Documents. — Outre les mémoires cités [irécédemment, consulter D’Argout, Extraits des Mémoires, par G. Monod {Débats, avril 1894).
— d'Haüssez, Mémoires. — Béranger, Ma biographie, — Sainte- Beuve, Portraits contemporains, tome II.
TABLE DES MATIÈBES
INTRODUCTIOiN Etats et nations.
La Révolution française n’a point modifié les mœurs et les rapports politiques des Etats et des souverains de l’Europe, p. 5 et 6. — Prétendues guerres de principes, monarchiques ou populaires, de 1789 à 1815 et violences contre la Pologne, Venise, l’Allemagne et les Etats secondaires. — La Sainte-Alliance et les Congrès, les partages européens après 1815, p. 8. — Nouveaux principes proclamés, enthousiasme provoqué en Europe par la Révolution française : malentendu entre la France et les nations à partir de 1798, p. 9" et 10. — Les guerres de la Révolution, effets de la tradition et de l’intrigue : l’esprit de conquête et de gloire, la politique des partages dans la France républicaine,* défiance des nations, résistance des États, p. 11. — Que de nouvelles nations sont nées en ce siècle plutôt de leur lutte que de leur contact avec la Révolution, p. 12. — Intérêt pour les Etats qui sont sortis agrandis de ces bouleversements d’en éviter le retour pour n’en pas perdre le profit, p. 13. — Extension de la politique européenne, au début de ce siècle : les mondes nouveaux, p. 14. — Le Congrès devienne, la Sainte- Alliance et la politique de non-intervention, effets d’un équilibre nécessaire entre les Etats, avantageux aux nations, p. 15. — L’Europe en 1830, et le réveil militaire de la nation française, p. 16. — Le fait et le droit, la paix ou la guerre, p. 16.